Lundi 07 janvier 2013

0 km

Côte de Rabat

N 34°01,617' W 6°50,992'

3 m

Jour 100 – Côte de Rabat

Barth : La sinusite, c’est particulièrement dur au réveil j’ai remarqué… Mais après un bon mlawi au miel et à la vache-qui-rie arrosé de thé et d’un jus d’orange, je parviens à reprendre un peu forme humaine ! C’est le centième jour de voyage aujourd’hui, déjà ! La journée détente n’ayant pas été respectée la veille, il faut se rattraper… Pour commencer, assez tard il est vrai, une promenade jusqu’au bout de la medina au bord de l’océan. Il fait beau, le vent n’est pas trop froid et le paysage est singulier. Une côte de rochers déchiquetés, plutôt de nature volcanique, sur laquelle vient se briser la houle de l’Atlantique… Nous sommes à la sortie de la ville côté océan, il y a là un marché de mobylettes, quelques pêcheurs à la ligne et des promeneurs assis dans les rochers au beau milieu de cette véritable usine à embruns. Le cadre idéal pour un nouveau haïku !

L’air du large, ça creuse ! Nous prenons le temps de digérer nos désormais quotidiens bissaras avant de nous aventurer pour un premier hammam. C’est celui du quartier que nous avons trouvé, plutôt populaire, et bondé à l’heure où nous arrivons. C’est la première fois que je mets les pieds dans un hammam. En entrant dans l’étuve, je sens sans bien le comprendre qu’il y a un rituel à suivre. Muni de deux seaux et d’un gant de toilette grattoir, je prends d’abord le temps d’observer en m’accoutumant à la chaleur. Le hammam est divisé en trois pièces, celle du fond est la plus chaude, c’est là qu’on sue en se grattant les peaux mortes avec un sceau d’eau presque bouillante. Certains se font masser, allongés à même le sol, d’autres se grattent mutuellement… D’une manière générale, la pudeur et l’intimité qui existent chez nous n’ont pas vraiment leur place ici. C’est assez étrange de se retrouver au milieu de ces hommes de tous âges, au coeur de ce rituel où les corps sont dévoilés, lavés, soignés dans une expérience partagée. Sans être mal à l’aise, je suis trop attentif à ce spectacle, à ce qu’il me raconte de la société que nous côtoyons maintenant depuis presque un mois, pour arriver à me détendre totalement. Après avoir bien sué, il ne reste qu’à se laver dans une des autres pièces, avec de l’eau plus fraîche. Puis retour au vestiaire pour se sécher. En me rhabillant, je vois un vieux monsieur se faire porter sur une chaise en plastique par deux hommes en direction de l’étuve. Il est arrivé en fauteuil roulant. Je comprends d’un coup à quel point cette relation décomplexée au corps et particulièrement au corps de l’autre, fonde une culture de l’entraide où chacun est à sa place, ensemble… Difficile d’imaginer une telle scène dans l’individualisme occidental.

Au-delà ces fumeuses considérations, le hammam ça fait vraiment du bien, je n’hésiterais pas à remettre ça !



Fanch : Événement d’aujourd’hui: Cela fait 100 jours que nous sommes en route, 1 dixième du voyage, j’adore les comptes ronds.

Et pour fêter ça, on se paye une journée repos. Enfin presque puisque nous levons l’ancre pour se balader avec le matos audio-visuel. A 7 minutes de l’auberge, c’est notre cher atlantique que nous n’avions plus vu depuis Lekeitio (pays basque) il y a 54 jours de cela. Et nous le retrouvons, comme nous le connaissons, comme nous l’aimons. Les embruns naissent de la rencontre brutale entre le liquide iodé et la roche escarpée… L’océan. On sort nos enregistreurs respectifs, action.

De retour à l’auberge, je ne peux pas m’empêcher de ressortir le fer à souder avec l’intention d’avancer dans mon travail. Mais ce fer que j’ai acheté avant-hier (et qui fonctionnait très bien !) se sépare en deux au moment de le saisir. J’ai bien essayé de le réparer mais en vain. Autant dire qu’il tombe en miettes. Bon, il faut savoir interpréter les signes. Le centième jour sera celui du repos, c’est sûrement écrit quelque part. L’heure est à la détente, nous refaisons peau neuve au hammam du quartier. Excepté la chaleur excessive et humidité ambiante, tout ce passe pour le mieux (à prendre au second degré).

 

Haiku 014 – Entre deux eaux

Pour ne rien manquer, nous vous conseillons l’usage d’un casque audio pour le visionnage de cette vidéo.