Mercedi 23 janvier 2013

25 km

Smimou

N 31°11.480' W 9°42.560

292 m

Jour 116 – Smimou

Anaïs : Cher monde cyber,

La nuit chez Momo s’est très bien passée, même si la ristourne qu’il nous a gentiment fait sur la nuit a été bien compensée par le prix du petit dèj… mais ne soyons pas si près de nos sous, c’était bon et calorique, c’est le principal quand on pédale, comme dirait l’autre…

Sur la route, j’ai l’impression de rouler entre Lady Gaga et Madonna (bien que je n’ai jamais vu ni l’une ni l’autre enfourcher une bicyclette, même de manière suggestive…) Chaque personne croisée lance systématiquement un salut, un sourire, un rire, une marque d’encouragement à nos deux geocyclistes, qui répondent d’un geste souple, gracieux et ample de la main, dont la reine d’Angleterre elle-même pourrait rougir d’envie… mais sans vouloir minimiser leur énormes qualités humaines, je crois que cette drôle de bestiole de vélo couché y est pour beaucoup… mon désespérément banal VTT, même maculé de taches de peinture, ce qui lui confère un vague air Pollockien (poil aux mains), fait bien pâle figure à côté, et j’attire les miettes de paillettes lancées aux deux autres, quelque chose plutôt de l’ordre de « oh, elle est mignonne à les suivre sur son petit vélo! » Fichtre!

Au diable les paillettes, je suis époustouflée par les paysages traversés et me sens plongée dans un film aux allures de ceux de Kusturica, je peux même en entendre la musique dans ma tête… je suis le personnage principal de mon propre film!

Le repas du midi change la référence cinématographique… on est + dans Lucky Luke, en mode cow-boy, à bouffer nos haricots froids…

On reprend la route pour se trouver un petit coin de paradis déguisé en terrain vague pour passer la nuit, le temps de faire un feu, planter la tente, manger, et croire en un pur moment de poésie grâce au demandeur de dirham qui avait bien amené sa requête… bien joué, la méthode n’est pas banale, mais le retour à la réalité au moment où la main se tend après une heure de presque silence en paix autour du feu fait l’effet d’une bonne claque.

Bonne nuit virtuelle, bien à toi, à demain.

Barth : Après un copieux petit déjeuner chez Momo, nous reprenons la route un peu tard. Le soleil cogne dur et le vent souffle en rafales, heureusement dans le sens de la marche ! Nous arrivons un peu tard à Smimou, il ne reste que des haricots froids dans le petit restaurant que nos choisissons… Le temps de faire des courses pour le dîner et de sortir de la ville et il est déjà l’heure de se poser.

À quelques dizaines de mètres de la route, un peu caché par les arganiers, nous tombons sur un terrain de football en terre battue, protégé du vent par une falaise. Le coin idéal ! Le campement s’installe petit à petit entrecoupé du passage de dromadaires, chèvres, camions, mobylettes ou piétons empruntant la piste qui longe le terrain. Au moment d’allumer le feu, un jeune homme ne parlant pas un mot de français s’évertue à nous faire la conversation pendant une bonne heure. Au moment de lui proposer de dîner avec nous, l’homme nous réclame un dirahm… Quelle dommage ce rapport quasi omniprésent à l’argent dans les rencontres.

Encore une journée qui a filé, seulement remplie par les nécessités quotidiennes : avancer, trouver à manger, avancer, trouver où dormir, s’installer, … et dormir.

Fanch : L’air nous poussait pourtant de toute sa force, maintenant que nous avons changé notre cap, il nous empêche d’avancer. Notre progression sur ces 10 kilomètres est lente, presque démoralisante… Ce vent, il souffle jusqu’en Mauritanie. il naît du nord pour mourir au sud et sur les longues lignes droites du désert, ce devrait être un plaisir. J’imagine une voile simple à mettre en oeuvre pour profiter au maximum de cette avantage. Enfin, pour l’instant..le vent est contre nous.
Le paysage s’assèche, la terre rougit, jaunit, devient de plus en plus sableuse, elle vole en tourbions de poussière. Les oliviers du nord cèdent leurs places aux arganiers, les chèvres s’y perchent. Changement de style. Quelques flaque dans un lit de rivière tente en vain de se rapprocher les unes des autres. Bientôt l’été sans fin.