Jeudi 24 janvier 2013

40 km

Route de Tamri

N 31°04.438' W 9°39.644'

268 m

Jour 117 – Route de Tamri

Fanch : Les joies du bivouac reprennent. Il est 18h, nous avons roulés à vitesse modérée une bonne partie de la journée sur les dernières montagnes de l’Atlas, celles qui plongent dans l’Atlantique. Et nous sommes là, pommés aux abords d’un village, assis le long d’une piste, n’ayant trouvé guère mieux qu’un parterre caillouteux comme chambre à coucher. Aucun espace ici n’est destiné à accueillir nos tentes, la nuit s’annonce à la belle étoile sous une lune bientôt pleine. Pas de bois pour le feu, nous mangeons, dépités, notre pain avec une préparation d’huile-miel-ail et un peu de fromage industriel dont je ne citerais pas le nom. Le soleil a récemment disparut laissant derrière lui un dégradé éphémère, le vent du nord s’accentue, on se prépare pour une nuit vraisemblablement difficile.

5, peut être 6 personnes arrivent. Ils se demandent vraiment ce que font 3 blancs-becs ici, alors qu’il y a un hôtel quelques kilomètre plus loin. Alors on leur explique toute l’histoire depuis le début (ou presque) en finissant par leur avouer que l’on a rien trouver de mieux que cet endroit pour dormir. Ils ne semblent pas d’accord… il fait bien trop froid pour eux. Le chef du village arrive, il nous propose la mosquée comme dortoir. Honorés et heureux de migrer à l’abri des courants d’air, nous acceptons et remballons notre bivouac pour les 200 mètres à parcourir.

La lumière de la mosquée dévoile un bonne douzaine de visages, jeunes et moins jeunes. Ils affichent tous un large sourire de bienvenu. La situation est touchante, c’est le cœur qui parle. On nous amène des couvertures, le couscous, des fruit, des petits gâteaux et du thé… pour 15! La cérémonie commence et nous rions franchement la bouche pleine de semoule. Vraiment, ces gens sont adorables… profitons-en.

Barth : Le vent est tombé et le soleil chauffe dès le petit matin. C’est la première fois qu’on démonte les tentes torses nus ! Je n’ai pas très bien dormi cette nuit, préoccupé par tout ce que nous n’arrivons pas à prendre le temps de faire (création artistique, recherches, mise en oeuvre du projet d’Anaïs…)… L’atelier de Geocyclab n’a jamais été aussi prêt matériellement, reste à régler le fonctionnement en fonction des contraintes quotidiennes. C’est sans doute la partie la plus subtile de l’exercice !

Nous roulons une quarantaine de kilomètres aujourd’hui, dans un paysage de plus en plus montagneux et en ayant perdu de vue l’océan. Nous faisons halte à Tamanar pour manger un tajine dans une sorte d’aire de repos, et pour faire des courses. C’est jour de fête et les boulangers ne travaillent pas… Nous finirons par trouver quelques pains de la veille grâce à un homme étrange qui passe son temps à nous serrer dans ses bras et à nous embrasser.

Quelques kilomètres plus loin nous décidons de chercher un endroit où dormir dans un village paysan qui s’étend sur plusieurs kilomètres dans les champs. On nous indique une baraque abandonnée mais fermée derrière laquelle nous pourrons nous abriter du vent, mais pas moyen de trouver du bois pour faire du feu. Nous installons donc un bivouac le plus à l’abri du vent possible et avalons un délicieux pain/vache-qui-rie/huile/ail/miel avant de nous coucher. C’est à ce moment là que débarque une délégation des hommes du village avec l’un deux qui parle bien français. Je me doutais bien qu’on ne nous laisserait pas dormir dehors comme ça, mais trompé par la nuit qui tombe tôt, je m’étais résigné… Après discussion, nous acceptons l’offre qui nous est faite de passer la nuit dans la salle commune de la mosquée.

Le temps de faire nos sacs et de déménager et nous voici assis devant un couscous, du thé, des gâteaux, des fruits, du gros lait, entourés d’une dizaine d’hommes. Fanch prend un cours de langue amazire (berbère) tandis qu’Anaïs tente de savoir où sont les femmes… Déjà couchées semble t’il…

Cette formidable démonstration de l’hospitalité berbère ne se prolonge heureusement pas trop tard, je lutte vraiment contre le sommeil. Rendez-vous est pris le lendemain matin pour un petit déjeuner dans la famille du plus jeune de nos hôtes, et Ali, le plus comique de la bande, nous dit que non, il ne pourra pas venir à dos d’âne avec nous jusque Dakar… J’y avais presque cru !

Anaïs : Cher Cyber-world,

On the route encore, sous un soleil de plomb, j’ai du mal à me souvenir que chez moi c’est l’hiver, et mon nez écarlate en mode mue de serpent a du mal aussi…

Je commence à me demander quand je vais pouvoir bosser sur mon projet perso et quand on va mettre en place les installations avec les garçons… je me rend compte à quel point leur projet est ambitieux, la réalité du quotidien nous impose sa loi. Il faut rouler, avancer, manger, trouver un lieu pour dormir, ne pas tomber de son vélo parce que les jambes se transforment en plomb, etc… je sais que ces problèmes ont déjà été évoqués par Barth et Fanch dans ce carnet de bord, mais m’y voilà plongée moi aussi, alors j’en remets une couche!

A Tamanar, le joyeux fou que nous croisons et grâce à qui nous aurons notre pain quotidien (merci tu-sais-qui) nous innonde de son sourire et de ses chaleureuses accolades. Je le trouve vraiment beau et je suis heureuse de voir qu’il a l’air apprécié par les habitants qui le regardent en souriant avec bienveillance, je ne peux m’empecher de faire le lien avec mon pays en me disant qu’en France, on changerait de trottoir vite fait en rencontrant cette même personne.

Enfin posés après une énorme étape roulée… 38 km (oui, bon… je suis pas cycliste…), nous nous retrouvons devant une maison fermée à clé, à nous réjouir de notre première nuit à la belle étoile (positive attitude, tout va toujours bien!) lorsque l’armée des vieux du village vient nous voir et nous amène à la mosquée pour dormir au chaud. Nous partageons un thé (et un couscous et moultes délicieusetés) avec nos hôtes, je suis enchantée de voir qu’ils ne font aucune distinction dans le dialogue entre moi et les deux garcons, ça n’était pas franchement le cas jusqu’à présent. Une sacrée bande de potes, où chacun a son rôle à jouer… le chef du village, le chef du quartier, le maitre du thé, l’interprète, le prof de berbère, etc… mais toujours aucune femme… je vais bien finir par les trouver!

J’espère que tu vas bien et que les nuits ne sont pas trop fraiches dans la silicon valley.