Vendredi 25 janvier 2013

45 km

Du coté de Tamri

N 30°42.797' W 9°40.421'

98 m

Jour 118 – Du coté de Tamri

Barth : Le premier petit déjeuner nous est servi par le chef du village qui est aussi le père de notre interprète de la veille. Une soupe au riz, suivie de pain avec de l’huile d’argan et du miel avec bien sûr le thé à la menthe ! La formule se répète avec l’arrivée de Younes, le plus jeune qui débarque avec un plateau garni. Puis nous partons visiter le village, guidés par notre interprète. L’école, le bassin de rétention d’eau de pluie, seule source d’eau pour tout le village et les cultures, la minuscule boutique… Et pour finir une visite chez lala Aïcha, une vieille qui nous offre un troisième petit déjeuner et une démonstration de son moulin à huile d’argan. Nous avons vraiment été reçus comme des rois, et comme toujours la question de rester quelques jours ici se pose… Mais il faut reprendre la route, après avoir échangé nos adresses bien sûr !

Le vent souffle fort et nous pousse dans les collines d’arganiers et les kilomètres s’enchaînent sans trop d’effort. Juste une longue côte contre le vent pour franchir la falaise qui nous sépare de Tamri, où nous pourrons manger et peut-être passer la nuit. Nous sommes plus près de l’océan et le vent est déchaîné, soulevant des nuages de poussière dans la ville tandis que de gros nuages s’accumulent sur le sommet de la montagne voisine. La nuit se fait sentir, la fatigue aussi.. Pas d’hôtel dans nos prix, impossible de trouver le responsable de la ville… Il faut un miracle ! Et le voici. Il s’appelle Rachid, est responsable touristique de la région, parle impeccablement français pour avoir vécu trois ans à Brest comme marin pêcheur, et nous invite à passer la nuit chez lui ! Seul hic, il habite à 15kms dans les montagnes… Pas de problème, une camionnette nous y emmène avec nos vélos. Une fois sur place, dans ce petit village caché au fond d’une vallée luxuriante, nous sommes abasourdis par la douceur de la température et l’absence de vent. En seulement quelques kilomètres nous avons totalement changé de climat.

Le temps de déballer un peu nos affaires et de faire un brin de toilette et nous voilà attablé devant un magnifique couscous à l’huile d’argan préparé par Aïcha, la femme de Rachid. Nous avons le plaisir de la manger avec elle d’ailleurs, bien qu’elle ne se soit pas éternisée… La soirée se termine sur le pas de la porte au clair de lune, entre discussions sur la religion, chants de Rachid et bataille de proverbes. Puis nous nous couchons, en compagnie de Rachid et de Maya, la petite chienne de compagnie qu’une Bordelaise lui a offert et à laquelle il est fort attaché. Comme chez Hassan il y a quelques semaines, c’est la télévision qui sert de berceuse… Sa femme dort chez son frère avec les enfants dans la maison voisine, ça se passe comme ça chez les berbères !


Lahcen

Younes

Anaïs : Cher Cyber,

Comme c’était dur ce matin de quitter ce village, j’y serais bien rester quelques jours, et les autres aussi d’ailleurs, mais nous nous étions fixés pour objectif d’atteindre Agadir à la fin de la semaine nous nous devions de repartir. On s’est rendus compte bien plus tard à quel point cet objectif était stupide! Tant pis, nous resterons en contact avec les plus jeunes, connectés à toi, noble monde virtuel, et peut-être aurons nous l’occasion de retourner dans ce village un jour, inch’allah!

J’ai quand même réussi à trouver quelques femmes grâce à l’aide précieuse du jeune Younès qui m’a présentée à sa famille. Etant seule, elles sont à peine plus à l’aise qu’en présence des hommes, mais le dialogue est impossible, elles ne parlent que berbère et sont vraiment farouches! Je suis un peu comme un mec à leurs yeux… Je réussis à faire quelques photos volées mais je réalise que pour aller plus loin et faire de vrais portraits, je devrais plutôt rester un mois pour que la confiance s’installe. D’autant plus que quand les rare plus jeunes acceptent de se faire prendre en photo, un des hommes vient m’interdire de le faire. La femme est un trésor bien protégé ici…

Bizarre et géniale sensation d’avoir passé quelques heures avec des gens et de les quitter comme si on les connaissait depuis des années.

Nous reprenons la route gorgés d’une nouvelle énergie, (et de thé, et tartines à l’huile d’argan et préparation à base de cacahuètes, miel et argan à se damner…) et les 47 km et le col de de montagne passent comme une lettre à la poste, (alors que je ne suis toujours pas cycliste!)

Notre nouveau bienfaiteur de la journée, en la personne de Rachid, après la soirée de la veille, m’enchante, mais ne me surprend déjà presque plus, on s’habitue diablement vite aux bonnes choses! Encore une soirée riche et belle. On découvre le bonhomme et j’apprécie beaucoup de trouver sous un masque un peu froid un esprit vif et rieur. le prénom qu il a choisi pour son fils et sa fille en est une bonne illustration: Numberone (le premier donc…) et Lamienne (la sienne donc…)

Je crois que je me laisse un peu trop envahir par ce que je vis ici, les journées passent tellement vite et les femmes sont tellement cachées qu’il m’est impossible de faire la moindre avancée dans mon projet perso. Demain… Yallah!

A demain, dans l’espace.


Lala Aïcha et son mari

A droite, le chef du village

Fanch : On toc à la porte de la mosquée. Un homme en djellaba blanche, le responsable de la mosquée, nous apporte une soupe en guise de petit déjeuner. Le chef du village se charge de la préparation du thé. Nous sommes leurs invités et ils nous le font sentir. La conversation reprend, nos quelques mots d’arabes suffisent à faire rire nos hôtes. Considérant notre bonne volonté dans l’apprentissage des langues (ça n’a pas toujours été le cas en ce qui me concerne) ils s’évertuent à nous apprendre quelques expression berbère. Puis le jeune Younes arrive avec un second petit déjeuner, du pain, de l’huile d’argan, des gâteaux et encore du thé. C’est au tour de Lahcen, le fils du chef, de nous rejoindre et une visite du village s’improvise en sa compagnie. Il en découle une série de poignées de mains chaleureuse ainsi qu’un troisième petit dèj chez Lala Aisha. Quel accueil! Nous échangeons nos adresses, l’heure des adieux à sonnée. Je me retournerai plusieurs fois avant mon premier coup de pédale. J’espère simplement ne jamais oublier ces instants précieux ou l’homme ne se pose pas de question et raisonne avec son cœur… à méditer…

Il fait beau, chaud, le soleil cogne sans réserve. Le vent est lui aussi présent et se présente comme allié. Anaïs s’adapte à notre rythme, nous avançons à vive allure en direction de Tamri. Le paysage est grandiose, les collines rouges, oranges et jaunes sont piquées d’arganiers. De plus en plus, la végétation se montre sur la défensive et sort ses épines acérées. La route slalome entre terre et mer, le décore change à chaque virage, un régale.

Et nous arrivons à Tamri, affamés et rincés par tant d’émotions. Le vent s’est accentué soulevant des tourbillons de poussières et refroidissant l’ambiance. Chacun de notre coté, nous entamons une petite enquête pour nous dégoter de quoi dormir.

Je rencontre Rachid un homme d’une bonne quarantaine d’année, responsable touristique dans la région. Il me demande d’où je viens, il attend ma réponse avec un sourire pincé puis me lance un « Kenavo ». Bonne entrée en matière, très rapidement il nous invite chez lui. Barth et Anais semblent d’accord même si il nous faut nous enfoncer 15 kilomètres (en camionnette) dans la montagne et que cela nous éloigne d’Agadir. Rachid, ce soir, tu es notre porte de secoure.

Le vent ne s’engouffre pas jusqu’ici, il y fait bon vivre. Au creux de ce paysage aride, à deux pas de la petite maison de Rachid et d’Aisha coulait autrefois une rivière. Le courant a laissé place aux bananiers, palmiers dattiers, orangers… une véritable oasis.

Le décor est planté, c’est l’heure du couscous que nous le dégustons ensemble. Pour la première fois, la maîtresse de maison participe au festin, c’est un honneur.

Pour conclure la soiré, Rachid nous chante quelques versets du Coran. Un trésor mystérieux dont je ne détiens pas les clés mais qui sonne à mon oreille comme une berceuse venu du ciel.