Mardi 29 janvier 2013

0 km

Pharmacie berbère

N 30°24,733' W 9°35,053'

35 m

Jour 122 – Pharmacie berbere

Barth : Nous avons préféré les ruines de l’ancienne salle des fêtes du camping à l’emplacement scandaleux qu’on nous a proposé. Au réveil, une seule idée en tête, « partir » !!! Direction le bistrot muni de wifi que nous avions repéré la veille, pour un petit déjeuner réconfortant avant la sacro-sainte synchronisation de notre site !

Pendant ce temps, Fanch dégote un petit hôtel pas cher pour la nuit prochaine. Nous y posons nos affaires avant d’aller déjeuner et de repasser voir Hassan.

Agadir est vraiment une ville sans aucun charme, mais dans le petit marché caché derrière la mosquée Sénégal où nous le retrouvons, on sent un peu d’authenticité tout de même. Nous lui achetons quelques épices et du thé berbère avant de faire nos adieux. Il part demain pour une marche de cinq jours en montagne à la recherche de plantes et de pierres pour compléter son stock…

Anaïs et moi, retournons à Essaouira le lendemain pour une nuit afin de rendre le vélo loué. Dernière soirée avec Fanch, on marque le coup avec une petite bouteille de vin rouge au restaurant de l’hôtel. Une seule, car demain il faut décoller tôt pour la gare routière…

Anaïs : Chère planète virtu’elle

Voilà, mon dernier jour en cycliste nomade s’achève. Une semaine intense, fatigante, émouvante, éprouvante, enrichissante, exaltante, marrante, absolument géniale! (Pour casser un peu le suffixe redondant!)

Notre dernière journée ensemble s’est bien mieux passée que l’avant-dernière. Nous n’avons pas traîné à quitter notre vilain camping, que même la jolie session matinale de flûte de Fanch n’a pas réussi à rendre plus sympathique, interrompue par un vieil homme grincheux et peu réceptif à la musique, qui apparemment préfère dormir le matin que la nuit… « tu dors pas le mating toi? (Oui, il avait l’accent chantant du sud mais ça ne le rendait pas plus sympa…) tu dors la nuit? Et ben moi je dors pas la nuit je dors le mating, alors….  » fin de citation. Tu remarqueras la volonté de créer une tension dramatique par le choix très affirmé de ne pas finir sa phrase, laissant présager du pire si Fanch ne s’interrompait pas immédiatement…

Nous oublions bien vite ce bonhomme qui n’avait pas encore bu sa Ricoré, autour d’un bon petit dèj en terrasse, où nous passons une bonne partie de la matinée, Barth bidouillant ses trucs compliqués sur l’ordi, pour que toi, monde virtuel, restes au courant de toutes ces palpitantes aventures!

Grâce à notre bon génie Fanch, notre hôtel pour ce soir nous coûte une bouchée de pain, et après les deux nuits précédentes, il m’apparaît comme un véritable palais des mille et une nuits…

Débarrassés de notre lourd barda, nous retournons voir Hassan plus légers, à tout point de vue! J’ai l’impression de l’avoir mieux rencontré aujourd’hui, il était plus disponible, nous sommes restés plus longtemps, j’ai donc mieux reconnu le personnage dont j’avais entendu parler. Et c’en est un sacré, de personnage! Une bille de clown avec toujours le bon mot prêt à sortir, le bonnet savamment posé de travers, et la petite lueur de malice dans l’oeil! Avant que nous ne repartions il prend la peine de demander à Barth « combien de chameaux pour ta gazelle?! » Il connaît les clichés véhiculés en Occident sur son pays, et il en joue avec beaucoup d’ironie! Rendez-vous est pris dans 3 ans pour qu’on se revoie tous ensemble: les deux Hassan, Barth et Fanch et les gazelles, of course, de tout ce petit monde!

Ces rencontres fugaces me laissent toujours un peu essoufflée comme après une grosse côte en vélo, comme si on voulait tout se dire dans ce petit temps donné, comme si on voulait se faire marquer au fer rouge par cet Autre, se l’approprier. On veut vivre une petite vie avec l’Autre, l’espace d’un instant, pour ne pas se faire oublier, pour ne pas oublier. Et au moment de l’au-revoir, toujours ce léger pincement, non, on a pas réussi à tout se dire, mais tout ce qu’on ressent de l’Autre sans avoir besoin de le dire, c’est suffisant.

Pour notre dernière soirée à trois, nous mangeons au resto de l’hôtel et faisons péter le cham… euh, le vin rouge! Le choix est limité niveau boisson au Maroc! Mais c’est toujours mieux que de trinquer au Sidi-ali (la volvic locale!) Une discussion fort constructive se poursuit assez tard, des éléments de compréhension et des débuts de solution apparaissent pour gérer la difficulté quotidienne à laisser plus de place à la création. J’ai hâte de voir les applications concrètes de cette discussion, pour les gars, dans quelques jours. J’ai la sensation que quelque chose s’est débloqué durant cette conversation, pour eux deux, comme s’ils avaient enlevé un gros caillou de leur chaussure qu’ils traînaient depuis le départ sans s’en être rendu compte. Pour ma part, le vélo c’est fini (pour cette fois!), demain matin, lever très tôt pour prendre un bus avec un retour en deux étapes: d’abord Essaouira où je rendrai ma fière monture Pollockienne, Puis Marrakech le lendemain, d’où je décollerai à bord d’un coucou low-cost le surlendemain.

Vraiment ravie de cette expérience! 18 jours, c’est à la fois très court et très long pour découvrir un pays… désolée, cette phrase est un lieu commun d’une platitude absolue, mais c’est sincère et je ne sais comment le tourner autrement. J’ai eu l’impression sur le coup que le temps se distendait, que chaque moment précieux s’étirait, s’étirait, que durant tous les beaux moments, chaque seconde durait des heures mais par-dessus ce temps, modifié, étiré, il y avait comme une deuxième couche de temps qui recouvrait la première telle une coupole en verre, et cette deuxième couche faisait accélérer les choses. Au bout de 15 jours, j’ai l’impression d’être ici depuis la veille, mais quand je pense à tout ce que j’ai vécu, je ne sais plus si c’était 7 jours, 8 jours ou 10 ans avant…

Je ne repars pas frustrée de ne pas avoir accompli les objectifs que je m’étais donné pour mon projet personnel, je me suis confrontée à la réalité du terrain, je comprend mieux comment je dois aiguiller mon propos. Je suis riche d’une nouvelle matière, de celle qui nécessite de laisser mûrir avant de s’en servir. Je reviens avec des kilos d’idées dans mes bagages et des tonnes d’envies, que je concrétiserai le plus vite possible. J’ai hâte de refaire un bout de route avec les artistes-voyageurs pour que cette première étape trouve un écho. J’ai hâte de suivre leurs prochaines aventures!

Nous nous retrouverons dans quelques milliers de kilomètres, pour toi, monde virtuel, une poussière d’étoile…

نراكم قريبا

Fanch : Ce serai bien trop aisé d’écrire: « Agadir, rien à dire », j’avoue que ça m’arrangerai bien mais je vais faire un petit effort.

8h00, on semble tout les trois d’accord pour décamper rapidement de cette onéreux squat, l’objectif premier étant de se remplir le bide puis de choper une connexion pour exécuter la synchronisation du site. Cette étape n’est pas très funky en soi mais elle s’impose tout les 10 jours pour que vous puissiez lire ceci. En règle générale cela prend un peu de temps (nettoyer le site, envoyer les vidéos en ligne), il faut compter environs deux heures pour que cette tache ingrate dont Barth se délecte régulièrement ne soit plus qu’un mauvais souvenir… Jusqu’à la prochaine fois!
Alors pendant ce temps, je fais quoi moi? Et bien je navigue aussi dans ce monde virtuel afin de trouver des réponses à nos questions:

  • On dort ou ce soir?
  • Comment les choses évoluent elles en Mauritanie?
  • Si on ne passe pas en Mauritanie, par quel moyen parvenir au Sénégal?
  • Zut, je ne sais plus, un visa est il nécessaire pour l’entrée au Sénégal?
  • Ou se trouvent les dunes qui chante? Et pourquoi elles chantent d’ailleurs?
  • Ça fait quoi si on branche un panneau solaire directement sur une enceinte?
  • Peut on trouver un transducteur audio de ce genre là à Agadir? Si non, comment en fabriquer un? 

Seul la dernière question n’a pas été résolue alors si vous avez des plans, ils sont les bienvenus

La journée bien entamée, nous filons voir Hassan pour un petit thé d’adieu (concernant Barth et Anaïs), une petite photo souvenir et quelques accolades fraternelles puis nous voilà déjà reparti. Mes amis s’en vont demain pour Marrakech d’où Anaïs prendra son avion de retour vendredi. Quant à Barth qui l’accompagne, il est prévu qu’il revienne (j’espère!) dans trois jours, ici à Agadir. Je vais donc l’attendre en tentant de répondre à ma dernière question !