Mardi 12 février 2013

20 km

Mesti

N 29°15.955' W10°06.781'

285 m

Jour 136 – Mesti

Barth : Nous quittons le village de camping-cars de Sidi-Ifni sans regret après une nuit un peu agitée entre le vent, le boucan de l’océan à quelques mètres des tentes et une chaleur étouffante… C’est par une longue ascension dans la montagne que nous entamons la journée. Vingt kilomètres de grimpette face au soleil entrecoupés d’une pause haïku…

Juste avant d’arriver à Mesti, le village où nous pourrons trouver des provisions, nous sommes invités par Hussein, gardien de nuit du collège de Mesti, pour prendre le thé et manger un oeuf. L’homme est plein d’attention mais beaucoup trop speed pour notre coup de barre post-pédalage. Son comparse, un vieux berbère aussi hilare qu’édenté nous amuse beaucoup, mais nous ne traînons pas pour pouvoir enchaîner après le ravitaillement en ville.

Arrivés à Mesti, nous tombons sur Anass, un marocain de 25 ans, sac à dos posé près de sa table où il en train d’écrire sur son ipad. La discussion s’engage vite et nous apprenons qu’il est parti de Dakhla pour un voyage à pied à travers tout le Maroc pendant un an. C’est une première dans ce pays et nous avons beaucoup de chance de le rencontrer ! Pas de défi sportif, pas d’idée politique, juste l’envie de vivre son rêve sur les traces de son mentor Théodore Monod. C’est déjà bien assez incroyable pour la plupart des marocains!.. Pour en savoir plus su son projet : Le tour du Maroc à pied

Anass nous dégote une piaule dans une maison plus ou moins abandonnée. Il s’agit en fait d’un logement pour les marchands de passage à l’occasion du souk. Le temps de poser nos affaires et nous sommes invités à manger un couscous dans la chambre d’à côté squattée par un marchand d’olives…

Notre cuisinier est un ancien de l’armée marocaine qui a vécu seize ans en détention dans le Sahara occidental. Nous assistons pour la première fois à la préparation du couscous, et chose rare, par un homme ! Le repas qui s’en suit n’en est pas moins succulent. Merci Anass pour ton service d’interprète ! Le ventre plein, nous regagnons notre chambre et alignés tous trois en rang d’oignons nous nous endormons après avoir mis à jour nos écrits sur nos tablettes respectives.

Fanch : Les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas. Nous sommes à Mesti, Sidi Ifni est à 20 kilomètres derrière nous, de l’autre coté des ces hautes collines qui se sont jouées de nous aujourd’hui. Nous prenons le temps de marquer une pause, aussi de faire quelques courses pour le dîner de ce soir. Alors nous nous dirigeons vers une épicerie marocaine avec en tête l’intention de boire un petit verre de thé tout en reposant nos guibolles endolories.

Un jeune homme est assi là, face à son sac à dos de routard. C’est l’étonnant Anass, un marocain de 25 ans, le premier à parcourir son pays de long en large… à pied. Son objectif principal est « d’arriver à l’heure, non pas en un lieu mais en un point de maturité et d’aboutissement d’un rêve ». Un rêve relativement accessible pour nous, les européens, mais lui se confronte à sa propre culture qui a semble-t-il quelques difficultés à comprendre et à accepter le voyage comme simple aventure humaine (surtout quand l’aventurier est marocain). Les médias et le gouvernement lui mettent  à proprement dit, des bâtons dans les roues, la société le prend pour un fou, mais ce type est loin d’être imbécile et son discours colle parfaitement avec ses actes. Et oui, ici la route est empruntée pour aller de village en village, de ville en ville, pour traverser le pays mais plus souvent pour le business que pour un enrichissement, une quête de soi. Un chouette personnage qui veut changer les choses et qui mérite d’être soutenu dans cette lutte contre l’endormissement des consciences.

Anass nous déniche une petite chambre où nous dormirons tout les trois. Seule une vieille paillasse et une bouteille couronnée d’une chandelle meublent l’étroite pièce… la sobriété poussée à son paroxysme, c’est parfait. À peine installés et alors que je me préparais psychologiquement à entamer la popote, le propriétaire des lieux nous invite à partager un couscous aux tripes de chèvre dans une chambre voisine. L’homme nous raconte son passé comme soldat de l’armée royale du Maroc, une histoire incroyable. Il faut dire que nous nous approchons d’une ligne invisible séparant le nord du pays du désert et plus nous descendons vers le Sahara Occidental plus les conversations s’orientent vers ce sujet géopolitique délicat.

Anass

L’homme au couscous

 

Haiku 025 – Interférence

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