Mardi 19 février 2013

50 km

Route de Tan Tan

N 28°49,144' W 10°23,118'

179 m

Jour 143 – Route de Tan Tan

Fanch : Nous comptions prendre la route à 9h ce matin, il est midi quand nous saluons une dernière fois notre hôte. Aziz, ce fut un réel honneur de passer ces cinq derniers jours en ta compagnie, merci pour tes conseils, pour tes services, pour ta patience, pour le tour en mobylette, pour la laborieuse réparation de ma chaîne de vélo, pour la rencontre d’Aboubaker, etc… A partir de maintenant, ces instants sont classés dans le dossier « Beaux souvenirs » et comme je te l’ai dis, avec ou sans photo ton visage restera gravé dans ma mémoire.

Et nous voilà repartis sous un ciel chargé et menaçant. Le vent, ce cher vent nous bouscule par la droite quand il n’est pas de face. Il devrait tourner nord demain. Nous essuyons même une franche averse qui fait rejaillir les quelques souvenirs humides de notre premier mois d’échappée. Il fait frais, presque froid alors que nous pénétrons le désert.

Un autre monde, plus hostile, plus sauvage, enfin. L’espace. Quelques restes de l’Anti-Atlas s’élèvent à droite comme à gauche. Des montagnes aux pentes douces, nues, sèches, brunes courbent l’horizon. Le sol fume, le sable rouge danse follement vers l’Est. Il n’y a rien au creux des hautes collines excepté une étroite bande de goudron où foncent à tout barzing des dizaines de poids lourds. Pas de dunes, non, ce n’est que la lisière du Sahara, plus tard certainement, juste de l’espace où se perdent mes pensées. Des bâtiments en vue, c’est peut être un point de chute (j’espère), notre repas aussi. Oui !

Une omelette chacun, le temps de faire connaissance avec Ali, le gardien de nuit du petit resto. Il nous propose le gîte pour la nuit, j’avais repéré un petit porche juste là dehors mais bien sûr, nous acceptons son invitation. Ali n’est pas du genre causant mais sa bonhomie naturelle en dit long…

Nous ne tardons pas à enfiler nos sacs de couchages et entamons respectivement notre rédaction quotidienne. Quelques dizaines de minutes plus tard, Ali nous apporte le thé, suivi d’un un tajine poulet! Au lit!!! C’est juste incroyable… Même au Maroc !

Barth : Impossible de se lever ce matin, sans doute l’orage de la veille qui nous a détendu mais je soupçonne une envie inconsciente de prolonger encore un peu notre séjour chez Aziz. Ça tombe bien, une grosse averse retarde un peu notre départ… En fin de matinée donc, Aziz nous accompagne jusqu’à la sortie de la ville et nous prenons un dernier thé ensemble à la station service. Le temps de voir Aziz disparaître sur sa mobylette et nous nous élançons sur la route de Tan-Tan.

Le ciel est toujours chargé, il fait frais et le vent de nord-ouest ne nous aide pas vraiment. Nous essuyons une bonne averse, un grain qui me rappelle la Bretagne, avant de trouver un coin abrité du vent pour pique-niquer.

La circulation est dense sur cette petite route reliant le maghreb à l’Afrique, et si deux camions se croisent à notre hauteur il faut s’agripper à la barre pour ne pas verser sur le bas-côté. Une voiture nous double à pleine vitesse et une fille nous fait de grands signes à la fenêtre… Nous pensons tous deux que c’était Camille que nous avions rencontré à Rabat. Nous en saurons plus à notre prochaine connexion…

Cinquante kilomètres dans les pattes, le soleil se couchant et le froid nous surprenant, nous arrivons au premier café routier croisé depuis Guelmim. Nous y trouvons Ali, 57 ans, gardien de nuit dans l’établissement. Il nous sert une omelette et du thé et quand nous lui demandons si nous pouvons planter les tentes pas loin, il nous dit que non, nous dormons ici, chez lui, dans un recoin de la salle de restaurant muni d’un tapis. Nous nous installons donc en assistant au défilé des routiers qui passent boire un thé en quelques minutes ou faire leur prière sur le petit tapis prévu à cet effet. Ali a déjà hébergé un français en vélo couché il y a plus d’un an. Nous voyons peut-être de qui il s’agit. Que de choses à vérifier sur la toile ! En attendant il faut dormir car la route va être physique demain, entre les derniers kilomètres de grimpette et le vent qui nous pousse vers le sud quand nous filons plein ouest…

Ah bah non, en fait l’omelette n’était pas le dîner, Ali vient de nous apporter un tajine de poulet auquel il va falloir faire honneur ! Nous sommes ses invités maintenant, plus ses clients comme tout à l’heure…