Vendredi 22 février 2013

0 km

Tan Tan, rue marchande

N 28°25.990' W 11°06.325'

35 m

Jour 146 – Tan Tan, rue marchande

Barth : On est plutôt bien installé à l’hôtel Sahara. Le quartier regorge de crèmeries, d’épiceries, de snacks avec au choix bissaras, yahourts frais, pain et hamlou (délicieuse pâte à base d’huile, de sucre et de cacahuète, le nutella marocain en gros), jus d’oranges… Bref de quoi faire en sorte que la pause boulot nous permette de faire le plein d’énergie et de vitamines pour la suite !

Le nombre de bistrots dans ce quartier est également impressionnant, et le nombre de personnages imbibés d’alcool ou shooté à la colle l’est aussi. Nous sommes au coeur de la ville, au carrefour des routes du désert, où tous les trafics qui lient le Nord à l’Afrique sont en jeu, et la faune y est haute en couleurs…

La connexion du cyber à côté de l’hôtel est parfaite, j’ai pu mettre en ligne les derniers haïkus et on devrait pouvoir être au rendez-vous sur skype demain soir avec Linux Quimper. C’est Fanch qui orchestre ça, moi je suis dans le montage du troisième check-point jusqu’au cou aujourd’hui.

La méthode s’affine un peu, mais on peut encore perfectionner le protocole, particulièrement en ajoutant une caméra au tournage pour pouvoir faire plus de coupes au montage. Plus ça va et plus les processus de travail se précisent et deviennent efficaces ce qui devrait nous faire gagner du temps bientôt. C’est long de mettre en place un atelier de création mobile et les deux années de préparation n’ont pas pu remplacer l’expérience de la situation réelle et toutes les nouvelles questions que ça pose… Geocyclab c’est vraiment pas trois ans de vacances, mais je préfères travailler en changeant de paysage et de bureau chaque jour !

Fanch : Quatre raisons me poussent à écrire l’article suivant.
Premièrement, j’ai un peu de temps. Deuxièmement, plus nous avançons en terre inconnue plus je prends conscience de la variété des sons qui composent notre environnement. Troisièmement, j’ai entamé la lecture d’un petit essai écrit par Luigi Russolo en 1913, « L’art des bruits ». Et enfin, avec Barth, nous échangeons souvent nos idées au sujet de l’image, de l’audio et des différentes passerelles qui relient ces deux univers. Tout cela combiné réveille quelques réflexions sur lesquelles je ne m’étais pas penché depuis longtemps.

Tan Tan, début d’après midi. Je marche dans la rue à la recherche de matos (que je ne trouve pas) mais j’écoute aussi ce flux continu de sons qui s’agencent dans le temps et l’espace et qui échappe à la maîtrise humaine. La ville est un instrument de musique joué par une multitude de femmes et d’hommes qui n’en n’ont certainement pas conscience.
D’un certain point de vue (point d’écoute serait mieux approprié) c’est une composition parfaite qui raconte un quotidien collectif tout en intégrant l’individu, de ce fait, mille histoires coexistent à l’intérieur d’une même unité d’écoute. Chacun joue un rôle bien précis, chacun a son chorus, son petit moment de gloire et quand on y fait attention tout s’enchaîne presque parfaitement.

Vendredi, c’est la grande prière, l’imam psalmodie les versets du texte sacré, un taxi démarre lors d’une respiration, puis trois coups de klaxon retentissent, trois aboiements y répondent. A ce moment, je passe devant une boutique dont la radio se synchronise harmoniquement avec le chant du minaret. Une parabole de démonstration tombe de son présentoir sonnant comme un gong déformé. Tout d’un coup, le temps d’une seconde un silence se fige comme pour signaler la fin d’un mouvement. Mais une voiture aux fenêtres grandes ouvertes s’approche et de l’habitacle sort une mélodie pop-berbère qui s’efface progressivement laissant traîner derrière elle quelques boum-boum sourds qui ne perturbent en rien le chant enjoué des piafs… Etc…

Alors voilà, quelle est la différence ente le bruit et la musique. Ah ! Grande question ! Un ami m’avait donné sa propre définition de la musique: « elle est un agencement de sons et de bruits désirés, contrôlés et agencés par une conscience humaine ». Aujourd’hui (on verra demain si je suis toujours du même avis) je rajoute que peu importe le timbre et la qualité de ce qui parvient à nos oreilles, le bruit c’est ce que l’on entend, la musique ce que l’on écoute et l’agencement des sons se fait par l’auditeur, la musique se créé en sélectionnant mentalement les ondes qui racontent une histoire.

Je ne sais pas si ce carnet est le lieu idéal pour poser ce genre de réflexion. C’est une pensée propre que j’expose là, comme ça. Mais peut-être que ces lignes résonneront pour certain d’entre vous, j’imagine aussi que d’autres se demanderont quel est le sens de tout cela… Pfff,  tu parles d’un carnet de bord… mais peu importe, je me dis juste que c’est ainsi que je voyage… en écoutant. Alors, demain viendra la suite…