Samedi 23 février 2013

0 km

Tan Tan

N 28°26.032' W 11°06.282'

12 m

Jour 147 – Tan Tan

Fanch : On met en ligne le checkpoint 003. 13h00, par un étrange mystère, cela fonctionne du premier coup, une bonne chose de faite. Le RDV est pris en début de soirée avec Linux Quimper pour une petite visio-conférence en direct de Tan Tan. Tout cela me laisse un peu de temps pour me balader (toujours à la recherche de materiel que je ne trouve pas) et j’en profite pour cogiter sur mes pensées du moment.

Alors pardonnez moi mais je continue sur ma lancée d’hier…

Je remarque différentes catégories de sons. Spontanément, j’en compte quatre. C’est d’ailleurs ces 150 premiers kilomètres de désert qui m’ont fait réaliser à quel point elles sont distinctes les unes des autres. (Entre nous, je n’ai pas l’habitude de mettre les choses dans de petites boites mais le fait de classifier m’aide dans ce cas précis à y voir un peu plus clair).

1. Les sons en provenance des éléments naturels. Le vent dans les branches de palmiers, l’océan et ses caprices, l’eau du ruisseau, l’orage, la pluie tombant sur un plan d’eau, les secousses sismiques, le grincement de la banquise, le silence de la neige… Il y en à encore d’autres mais j’ai presque envie de dire que cette catégorie est pauvre en variations, elle comporte généralement des événements sonores simples à identifier et nos oreilles s’y sont habituées. Mais de temps en temps, l’air, la terre, l’eau ou le feu se rencontrent et par un heureux hasard il se produit un phénomène acoustique extraordinaire, c’est là bien sûr que les choses deviennent intéressantes.

2. Les voix, chants, sifflements, râles, stridulations… D’origines animale ou humaine qui permettent principalement aux espèces de communiquer. C’est un autre monde, que je ne connais que très peu mais qui semble immensément riche. Non seulement il y a autant de natures de sons différentes que d’espèces vivantes mais il y a une quantité infinie de modulations en fonction du message à transmettre.

3. Les sons issus de l’ère industrielle. En créant la machine, l’énergie thermique et électrique et l’automatisme, l’homme a aussi créé une nouvelle catégorie de son. Le métal rigide, froid et silencieux est aujourd’hui capable de hurler. L’air sous pression explose, le marteau-piqueur génère des infra-basses qui résonnent à des kilomètres à la ronde, les moteurs ronronnent et le son de la fraise du dentiste en fait pâlir plus d’un. Nous y pensons rarement, mais l’homme en se créant des outils a complètement modifié le paysage sonore. Effets secondaires de la modernité, les rythmiques mécaniques sont la plupart du temps décrites comme pollution sonore, comme si l’homme fantasmant le calme du jardin d’Éden, n’arrivait plus à assumer ses propres inventions.

4. Les sons de synthèse. Ils ont commencé à voir le jour avec la maîtrise de l’électricité (l’électronique) puis très vite, ils se sont développés grâce à l’informatique. C’est une nouvelle catégorie, à la fois abstraite et réelle. Ces sons naissent de calculs, de suites complexes de nombres. À la différence des trois autres catégories, ils sont issus d’une intention qui se traduit par un concept mathématique. C’est une révolution ! Ici, la nature du son elle même est agencée par l’humain et cela permet non seulement de générer des timbres nouveaux mais aussi de reproduire, de copier et d’augmenter la réalité. Quand on y pense, c’est fou !

Ce qui est fou surtout, et qui me rend fou, c’est qu’aujourd’hui les quatre catégories se mélangent et engendrent un nouveau genre sonore. Une jungle composée de plusieurs calques superposés. L’écouter peut s’avérer passionnant, l’entendre fatiguant. Alors j’ajoute qu’il faut être disponible, concentré pour pouvoir discerner la magie des interactions entre ces différentes catégories. Je pense même que l’on est mentalement capable de sélectionner les événements sonores qui nous intéressent et de les ramener au premier plan, aussi, de faire abstraction des bruits qui ne nous intéressent pas. On se créé de cette façon une musique intime liée à notre propre sensibilité.
Cette subjectivité est impossible à retransmettre puisque c’est un moment vécu dans une unité de lieu et de temps. L’enregistrement, même s’il est techniquement irréprochable, n’est qu’un aperçu de ce qui fut une réalité et se transforme souvent en souvenir à partager. Alors, pour qu’une captation sonore aie un sens, une profondeur, il faut lui apporter autre chose.

Tout ça pour dire que je pense beaucoup en faisant du vélo, ou pas…

La liaison Gouesnac’h – Tan Tan s’est bien déroulée, il y avait des problèmes techniques mais nous étions ravis de participer à cet événement à 4000 bornes de notre position géographique. Merci à Linux Quimper d’avoir organisé ce petit RDV.

Barth : Dur de se lever tôt après avoir bossé jusque trois heures du matin pour boucler le montage… Et il faut encore réussir à mettre en ligne les 500 Mo pour que je puisse enfin souffler. Le cyber de la veille est fermé, il faut donc en trouver un autre. Une fois connecté l’ordinateur, il faut nous relayer à son chevet pendant quelques heures en touchant du bois pour que la connexion ne saute pas ou que le cyber ne ferme pas… J’en profite pour passer quelques coups de fil en France et prendre un peu le soleil qui se cache derrières les nombreux nuages balayés par le vent.

Finalement le chargement est bien passé, dans les temps, ce qui nous a permis de déjeuner tranquilles et pour ma part d’écraser en début d’après-midi pour une bonne sieste. Ça c’est fait ! Reste a ne pas louper le rendez-vous de ce soir avec « Linux Quimper » et donc à venir avant pour quelques tests de connexion. En fin d’après-midi, nous voici donc de nouveau connectés dans l’attente que les choses s’installent à Gouesnac’h. Un des routeurs a cramé chez eux, ça nous laisse le temps d’avaler un bissara…

La connexion est établie vers 21h. Notre image est vidéo-projetée à Gouesnac’h mais nous n’avons pas de retour image. Nous parlons un peu de Geocyclab au petit public rassemblé, avant la projection des haïkus et du dernier CheckPoint. Malgré la connexion un peu faible et ma fatigue un peu prononcée ce soir, l’expérience était chouette et on remettra ça avec plaisir ! De retour à l’hôtel, un film vient marquer la fin du boulot. Demain on prend le temps de voir Tan Tan un peu plus en profondeur avant de reprendre la route lundi sûrement…