Lundi 25 février 2013

65 km

El Ouatia

N 28°29,639' W 11°19,636'

40 m

Jour 149 – El Ouatia

Fanch : Nous venons de joindre l’océan et roulons à présent sur une presque route plate, direction Ouest-Sud-Ouest. Le vent de Nord souffle modérément, l’air est sec, il fait chaud mais pas trop. Belles conditions. L’Atlantique est sur notre droite, à gauche défile un paysage aride où la rare et téméraire végétation qui pousse ne dépasse guère trente centimètres de hauteur. Mais grâce à la dernière pluie, quelques fleurs de bas coté exhibent leurs couleurs et tentent de séduire les routiers. On aperçoit au loin l’Anti-Atlas qui s’efface progressivement dans un nuage de poussière rougeâtre.

Nous sommes à 65 bornes de notre point de départ, sur L’Oued Chbeika, un petit coin de paradis. Allez! Une petit photo pour… Merde l’appareil il est… Merde (là j’enchaîne avec beaucoup d’autres gros-mots)! Je l’ai oublié au bord de la route lors de notre dernière pause, à 30 bornes d’ici…(encore des gros mots)! Il y a des moments vraiment où je m’insupporte!

Ok, on gare les vélos un peu plus loin, dans un troupeau de campings-cars, c’est pas grave, ça ne nous empêchera pas de dormir. J’enfile un pantalon, abandonne Barth pour tendre mon pouce au bord de la route. Je ne pense pas le retrouver mais si je ne tente rien je vais vraiment m’en vouloir. Un camion s’arrête, hop, je grimpe dans la cabine, le chauffeur a l’air sympa mais je ne comprend rien à ce qu’il me raconte, je n’arrive pas à me concentrer. Enfin bref, on rembobine en accéléré et j’arrive à quelques pas de l’oubli. Je remercie sincèrement mon chauffeur qui n’a pas du me trouver très causant et marche d’un pas désespéré vers le lieu de cette fameuse pause. Ouf, il est encore là… Vraiment je n’y croyais plus. Alors, après m’être assuré d’être seul je pousse un franc cri d’allégresse puis fait demi-tour pour tendre mon pouce à nouveau. Une heure trente plus tard, le soleil s’est noyé dans l’océan, il fait presque nuit et personne ne daigne s’intéresser à mon sort. « Quand on a pas de tête on a des jambes ». Je déteste ce dicton surtout quand il faut marcher trente bornes, de nuit dans le désert, pour rejoindre le campement. Mes hurlements de joie se transforment en râles d’inquiétude. J’ai marché 8 bornes environ et je me retrouve au milieu de nul part. (Gros-mots).

Finalement un semi-remorque s’arrête enfin. Je n’ai qu’une chose à dire, « vivement demain ».


Barth : Après trois jours de boulot aux soirées prolongées, difficile d’être très matinal. Nous décollons de Tan Tan en milieu de matinée sous un ciel bleu avec peu de vent. Juste avant de partir Fanch contact Boujemaa, le cousin d’Aziz que nous avons rencontré à Guelmim, pour lui dire que nous serons vers chez lui le lendemain soir normalement. nous sommes donc attendus pour une visite de la lagune de Foum Agoutir !

Une fois que nous nous sommes hissés sur le plateau surplombant le lit de l’oued, la route se perd dans la poussière de l’horizon. Enfin du plat ! À l’infini..!

Malgré le vent qui ne nous aide pas encore tant que nous allons vers l’Ouest, nous ne tardons pas à rejoindre Tan Tan Plage, autrement appelé El Ouatia. Sorte de station balnéaire un peu à l’abandon où nous prendrons juste le temps d’avaler un tajine avant de poursuivre notre route… Pédaler me fait du bien après ces jours de pause devant l’ordinateur. Mon corps le réclamait et cette route plate, où il est possible de maintenir une cadence régulière entre 20 et 25 km/h, me ravit. Pour fêter ça je sors les écouteurs et enchaîne trente kilomètres avec du Pink Floyd dans les oreilles… Le pied !

Nous atteignons l’objectif de la journée avec une soixantaine de kilomètres dans les pattes. Il s’agit de l’embouchure d’un oued où les dunes de sables retiennent l’eau en plusieurs étangs. Paysage somptueux mais habité par une tribu de camping-carristes pour changer !

Fanch vient de se rendre compte qu’il a oublié le petit appareil photo à la sortie Tan Tan Plage. Le voilà reparti, en stop, pour un aller-retour de trente kilomètres… Je reste seul avec les affaires et j’ai le temps de bien m’installer e de préparer le repas avant de voir revenir mon comparse à la tombée du jour, appareil photo à la main, alors que la pleine lune se lève à l’horizon. Il fait un peu frais ce soir et la fatigue de la reprise du pédalage se fait sentir, harira en sachet, pain, thé, et au lit sans cérémonie.