Mercredi 27 février 2013

0 km

Dune rouge

N 28°01,820' W 12°10,906'

58 m

Jour 151 – Dune rouge

Fanch : Nous partons avec Boujemaa à la rencontre d’une dune un peu particulière.
Ici on l’appelle la dune rouge car le sable dont elle se compose est saturé en oxyde de fer ce qui lui confère une couleur orangée. À l’inverse de beaucoup de ses semblables, elle ne se déplace pas (taux d’hydrométrie élevé). Mais ce qui m’intéresse par dessus tout, c’est que son sable chante. Un phénomène relativement rare que nous allons pouvoir capter, enfin si les conditions le permettent.

Les dunes se trouvent à 12 kms à l’Ouest de Sidi Akhfenir, nous nous y rendons en stop. Hop, on saute à l’arrière d’une vieille Jeep américaine, une Land Rover déglinguée. Allongé sur des sacs de pain sec, une bouteille de gaz entre les jambes, rien que le trajet en vaut le détour.

La friction des grains sable glissant sur la surface d’avalanche génère des grincements sourds. Je mets un peu de temps à comprendre comment les provoquer. Je pousse, tire, déplace des brassées de ce sable fin, j’en ai partout… D’après Boujemaa, les conditions ne sont pas idéales, mais avec un peu de persévérance, finalement les premiers couinements se font entendre, alors je deviens fou. Je tente d’enregistrer mais le vent souffle fort, fort, trop fort. Et il faut faire vite, le soleil est en fin de course et le stop de nuit c’est pas génial. Je décide donc de sortir mon hydrophone pour l’ensabler et tenter de prendre le son de l’intérieur. Ok, cool, ça fonctionne à peu près. Il n’y a pas de vent mais les frottement du sable contre la capsule génère un bruit indésirable, un pshhhhhh. Dommage. Les conditions de captation s’avèrent délicates, il faudrait rester trois jours au moins pour obtenir un semblant de ce que je cherche (même pas sûr) et je ne voudrais certainement pas imposer cela à Barth !

Enfin, je reste bien heureux d’avoir une fois dans vie, écouté un live du chant des dunes…


Barth : Boujemaa a une longueur d’avance sur nous ce matin. Direction le Café de France pour le petit déjeuner gratuit que nous a promis le patron à condition qu’on arrive avant 10h. Boujemaa nous y retrouve et nous allons ensuite tous trois dans le café d’un hôtel d’affaires disposant d’une connexion wifi. Sur le retour, courses pour le tajine de midi que nous mangeons à 15h ( ce qui ne va pas sans rappeler le double tajine de l’oasis de Tighmert lors de notre rencontre avec Boujemaa ), mais l’attente en vaut la peine ! Notre hôte maîtrise aussi bien le tajine de dromadaire que celui de poulet !

En fin d’après-midi donc, nous partons en stop pour les dunes rouges à dix kilomètres de là… Le soleil est déjà bas, une brise souffle, le décor est planté pour une séquence de cinéma. L’esprit du haïku est avec nous ! Tandis que je me régale de lumières mouvantes et dorées sur le sable, Fanch est tout à son affaire, à faire chanter les dunes, armé de son hydrophone. Au retour à la nuit tombante, nous sommes pris par un routier, ce qui nous donne l’occasion d’imaginer l’effet que ça fait de tomber sur deux vélos roulant à 20km/h quand on est perché à trois mètres de haut en frisant les 100km/h avec quelques tonnes de chargement… Ça fait froid dans le dos, d’autant que la route est vraiment moins large ici…

De retour au village, je passe un peu de temps sur internet avant de dîner le reste de tajine. Boujemaa est un étrange personnage… La cinquantaine entamée, il vit avec son frère, son oncle et son père, et la pièce qu’il occupe est un véritable capharnaüm de livres de naturalisme, d’appareils techno-optiques, lunette infra-rouge, assainisseur d’eau à UV, boussoles de l’armée allemande, talkies-walkies, nunchaku… Il est très cultivé, curieux de tout et semble être connu de tous ici. Sans être particulièrement bavard, il nous parle beaucoup de la nature d’ici et particulièrement de la lagune que nous irons visiter demain, et pour laquelle il passe beaucoup de temps à travailler pour l’association chargé de sa protection…



 

Haiku 029 – Dune rouge

Pour ne rien manquer, nous vous conseillons l’usage d’un casque audio pour le visionnage de cette vidéo.