Jeudi 7 mars 2013

50 km

Laayoune

N 27°09,729' W 13°12,064'

38 m

Jour 159 – Laayoune

Fanch : Merde, le vent souffle toujours dans la mauvaise direction. Mais il faut quitter cette ville ou trop de temps s’est écoulé. Notre forme physique n’est pas au top, surtout concernant mon cher comparse qui manque explicitement de sommeil. Ce n’est pas évident mais il faut faire avec.

Avec ce vent de face, on roule à 12km heure environ, sachant que nous devons parcourir 120 bornes d’ici demain, fin d’après-midi, le moral en prend une claque. Notre lente progression se fait dans un paysage qui malgré son charme, semble infiniment statique. L’océan est à notre droite toujours, à gauche c’est un désert de roches explosée et de minuscules acacias dont les racinent sucent difficilement l’humidité du sable trop sec. Les dunes font leur apparitions au loin, elles seules courbent l’horizon (heureusement qu’elle sont là).  En trente bornes (2h30 de route) la monotonie s’est presque installée. Je fixe les bas cotés ensablé espèrent y croiser un bout de vie, un étrange insecte, scorpion, reptile, quelque chose qui pourrai faire office d’événement. Mon regard suis la queue d’un lézard fuyant, rien de plus. Je me rends compte alors que mes yeux s’accroche au sol car c’est la seul chose qui bouge, qui change. J’imagine être ce lézard peureux que je viens d’apercevoir pour qui le buisson ressemble à au baobab. Je me dis qu’en collant ma tête contre le sol et avançant à plat ventre, L’uniformité du paysage disparaîtrait certainement.

Nous rempruntons un axe secondaire. Seul le son du vent et celui d’une mer lointaine trouble le vide sonore de ce lieu. Le trafic à quasiment nul aujourd’hui, pas un camion ne nous provoque de petites montées d’adrénaline, seul les cadavres de pneus témoignent de leurs passages.

Une voiture de la gendarmerie royal s’arrête au loin. Je sens qu’un petit contrôle de papier s’annonce inconsciemment sous peu. Barth est quelques centaines de mètres en arrière alors je prépare mentalement mes argument pour être le plus efficace possible et ne pas perdre de temps. Mais pas de contrôle, il n’en est rien, les deux hommes sortent tranquillement de leurs véhicule grillagé pour me demander si tout va bien. Je leur réponds que oui, mais que nous sommes un peu fatigués.

Alors ils réagissent au quart de tour! Qu’est ce que je n’ai pas dis là!

« On ne va pas vous laisser là, mettez les vélos à l’arrière de la voiture, on vas vous aider »
Je suis pris au dépourvu « euh c’est gentil mais les vélos ne rentre pas là ».
Et aussitôt il arrête une camionnette de passage. J’hallucine, je crois que Barth qui vient de nous rejoindre aussi!

Il me semble que nous n’avons guère le choix mais j’avoue que ce coup ci, ça nous arrange pas mal.
Les vélos sont chargé dans la caisse du petit camion frigorifique, les bagages dans la voiture des flics. C’est partit, nous échangeons quelques mots avant de sombrer  tout les deux dans un demi sommeil.
Ils nous déposent 90 bornes plus loin, il en reste 20 à parcourir pour joindre Laayoun, avec le vent dans le dos. Il seront vite avalés.

Barth : Pas bien… Pas bien dormi, pas bien réveillé, pas bien digérer le repas de la veille… La journée s’annonce très difficile. Nous voilà donc embarqués sur la route côtière qui relie Tarfaya à Laayoune, très peu fréquentée, avec un vent de face qui m’empêche de dépasser les dix kilomètres-heure…

Quoi qu’il en soit il faut avancer aujourd’hui. Pas le temps de batifoler, pas même pour admirer l’épave d’un ferry échoué sur l’estran à quelques dizaines de mètres de la route. Vision surréaliste que je n’ai pas même eu le courage d’immortaliser… Pas de photo aujourd’hui d’ailleurs, heureusement que Fanch a relevé le niveau !

Au bout de trente kilomètres parcourus en presque trois heures, nous envisageons une pause casse-croûte mais sommes arrêtés par une voiture de gendarmerie qui « ratisse » la route… Deux gendarmes à bord qui insistent pour nous sauver la vie et ne pas nous abandonner en plein désert dans le vent, en proposant de nous embarquer sur 90 kms. L’occasion est inespérée, plus nous arrivons tôt à Laayoune, plus nous aurons de chances d’obtenir notre prolongation de séjour.

Yalah ! Nos deux gendarmes arrêtent un camion qui se charge du transport de nos bécanes tandis que nous embarquons avec nos sacoches dans la voiture de gendarmerie… Là, pour moi c’est le trou noir. Je me souviens juste que le chauffeur aux allures de loukoum et originaire d’Essaouira nous parle avec passion de gastronomie marocaine, je crois avoir vu quelques dunes traverser la route devant nos roues… Pour moi, l’histoire reprend au moment de décharger tout notre barda. Je me suis endormi…

Nous sommes à une quinzaine de bornes de Laayoune. Avec le vent dans le dos, l’affaire est pliée en une heure ! Nous allons directement à la préfecture de police pour nous renseigner. Le responsable n’est plus là, nous devrons revenir le lendemain matin. Le temps de trouver un petit hôtel, de faire des photos d’identité et d’avaler une harrira et la journée est enfin terminée. Je vais pouvoir dormir, inch’Allah !