Lundi 15 octobre 2012

30 km

Canal près de Maraine

N 46°13,160' W 1°02,864'

m

Jour 16 – Canal près de Maraine

Fanchic: Réveil au bulldozer, le sol tremble, un bruit de succion envahit l’espace sonore. Je sors timidement ma tête de la tente. L’ouvrier hilare nous fais remarquer qu’il fait froid, ah bon? Ça faisait déjà quelques heures que j’en étais arrivé à la même conclusion.  Dépassé La Rochelle nous arrivons dans une zone dévastée par la tempête Xinthia. Les stigmates sont flagrants, maisons rasées, campings abandonnés. Dans ce no man’s land,  quelques irréductibles vivent (ou survivent..) un petit vieux dans sa maison, seule rescapée des destructions, et des squatteurs. La bonne aubaine, nous allons les voir, quémander une place pour la nuit.  Une fois passé le rideau de chiens (j’ai flipouillé, j’avoue), l’attroupement se forme, nous expliquons l’affaire. Yorik, une sorte de patriarche, prend les choses en main.Il nous guide dans un bâtiment (vue sur mer) et nous propose une pièce laissée vacante. La soirée sera animée, et la sommeil trouvé au rythme d’un dejeridoo, d’une guitare et de la flûte traversière de Fanch.

Barth : J’ai eu froid toute la nuit. Le vent du nord qui s’est levé hier soir a nettoyé le ciel. A 8H je suis le premier debout, juste a temps pour assister a un lever de soleil automnal que j’immortalise d’une série de clichés. Mes comparses emmergent un peu plus tard, secoués par l’improbable passage d’un bulldozer fendant la brume au galop…!

Plus d’alcool pour faire chauffer le café, on file donc sur la piste herbue jusqu’au petit Quinquin pour deux allongés réconfortants. La suite de la journée se passe dans la zone commerciale de la Rochelle pour 3H de courses techniques –  decathlon, leroy-merlin, foirefouille… Que du bonheur ! S’en suit une traversée bucolique du port de La Rochelle sous un beau soleil – « Eh m’sieur! Il est trop classe votre vélo ! Vive la bretagne ! » – Bel accueil.

Nous finissons par trouver refuge dans un ancien camping dévasté par l’ouragan Xinthia, aujourd’hui squatté par une trentaine de personnes et quelques chiens. On nous met royalement à disposition une chambre sans fenêtre et un local pour abriter les vélos. Les tentes ont juste le temps de secher avant le coucher du soleil. Diner et repos avec quelques visites des habitants du lieu dont certains viennent de l’Elaboratoire de Rennes. Un petit tour à la capsule ( le QG du squat ) pour discuter un coup et au lit!

Fanch: La terre tremble, vibre sous mon corps à demi endormit. Dans un moment de panique je sors la tête de ma tente et regarde un bulldozer passer à quelque dizaine de centimètre de celle de Fanchic.

Bonjour – Action – Direction La Rochelle ou nous ferons quelques achats pour améliorer notre confort relativement primaire. Quelques borne plus loin, nous logeons la cote de la commune d’Aytre, à droite les dunes de sable nous coupe de l’horizon, sur notre gauche pourrissent les restes de caravanes, de mobilhomes meurtris et de cabanes ravagées par Xinthia en 2010. Nous sommes au cœur d’une zone noir, de la Louisiane français.

Sur cette triste route, nous découvrons une vie bourgeonnante post-catastrophe, et c’est aux alentours d’une de ces battisses en ruine que les les squatteur du Camping de la Plage nous accueillent pour la nuit. Sur l’un des murs oranges de la petite pièce à la fenêtre sans carreaux qui nous  servira de chambre, on peut lire:

« Je suis chez moi, je suis arrivé.

Il n’y a qu’ici et maintenant

Bien solide, vraiment libre,

Dans l’ultime je m’établis. »