Samedi 9 mars 2013

20 km

Foum El Oued

N 27°09,247' W 13°20,643'

38 m

Jour 161 – Foum El Oued

Fanch : Le réveil sonne trois fois, dur dur. Après avoir plié bagage et attelé nos montures, un petit dèj à la française s’improvise en compagnie d’Hamid avec qui nous avions rapidement discuté la veille. Puis on décampe, un peu navré de mettre terme à une discussion déjà bien engagée. Mais il ne faut pas traîner, nous avons près de 600 bornes à avaler aujourd’hui et nous ne savons pas exactement de quelle manière y parvenir.
On décampe donc pour 20 bornes de pédalage jusqu’au carrefour stratégique ou se trouve deux stations services, point évident de RDV de tout les routiers de la nationale 1. On se pose juste après la deuxième station. Et c’est parti pour une, deux, trois heures de stop. « Ça mord pas (injure) vraiment pas!!! Allez Barth, viens, on vas manger un bout à la station, on recommencera plus tard »

Alors on se rend rapidement compte que notre technique n’était pas vraiment adaptée aux coutumes locales. Le stop, c’est au bistrot que ça fonctionne! Bla bla bla, bla bla bla et encore un petit bla bla et me voilà négociant le prix d’un convoyage vers Dakhla avec un conducteur de poids-lourd. De 600 drh on passe à 200 drh en 5 min et j’avoue que là, je suis plutôt satisfait de mon coup (je suis convaincu que le chauffeur l’est aussi)! Enfin, toujours est il que le stop se monnaye au Maroc, mais en plus d’être moins cher que le bus, c’est bien plus funky!
17h, les bécanes sont chargées sur les sacs de ciments qui constituent la marchandise de Lhoucin le chauffeur. Juste avant que la cloche ne sonne, je recroise le gendarme d’avant hier, le « Loukoum » comme l’a baptisé Barth. Je m’approche de lui avec la simple intention de lui serrer la main, mais il me prend dans ses bras et me claque deux bise chaleureuse. J’exprime ma légère gêne par un sourire pincé, mais malgré son uniforme, il est vraiment sympa ce type… Bon trêve de plaisanterie on a de le route nous… Yalha!

En parlant d’uniforme, on est sans conteste sous surveillance rapproché. A chaque barrages de gendarmerie (une dizaine entre Laayoun et Daklha) Lhoucin fait halte, et nous devons descendre pour officialiser notre déplacement. Nous avions pourtant prévu fiches de renseignements et photocopies de passeports à distribuer pour gagner du temps, mais que nenni! Il faut répondre sans fléchir à leur questions redondantes. D’autant que le téléphone arabe de la gendarmerie royal semble plutôt bien rodé, l’un d’entre eux (qui a omit de lever les yeux) vient d’ailleurs de se trahir en nous demandant ce que l’on a fait de nos bicyclettes. Il sont pourtant fort aimables ces gendarmes, « Bienvenu au Maroc, vous êtes ici chez vous, c’est pour votre sécurités » (je reste curieux d’écouter ce qu’ils diront lorsque notre autorisation de séjour sera périmée). Mais ce que je vois, c’est le même amalgame entre sécurité et flicage que partout ailleurs et cela a tendance à m’énerver profondément. Ah oui, je suis officiellement architecte, ce n’est pas un fantasme mais ici, mieux vaut-il éviter de dire que l’on est artiste, photographe ou autre chose du genre. Et ça, c’est vraiment pour notre sécurité.

La nuit tombante avale le paysage et il ne reste plus que cette dangereuse ligne d’asphalte déformée qui fait parfois froid dans le dos tant elle est étroite. Alors, j’ai le sentiment de zapper une étape, je resterai frustré de ce « raccourci » même si j’ai conscience du niveau de difficulté que représentait cette portion de route. C’est comme ça, on a pas mal traîner nos pneus au Maroc, je me console en pensant que du sable, nous n’avons pas fini d’en manger. De tout façon le problème n’est pas là, nous devons nous rendre au plus vite à Dakhla pour notre prolongation de séjour et cela l’espoir d’atteindre la frontière sans précipitation et en toute légalité.

Hamid

Barth : Le réveil sonne à six heures, dans le vide… Deux heures plus tard, nous emmergeons enfin et chargeons directement les vélos. Hamid, que nous avions croisé la veille nous propose un petit dej dans une pâtisserie. Après tout, nous ne sommes plus vraiment pressés, et c’est l’occasion de faire un peu plus connaissance avec ce sympathique bonhomme qui me fait vraiment penser à Nagui ( celui qui charme nos grand-mères à la TV…)

Bref, il est temps de sortir de Laayoune pour tendre le pouce. Pas si simple, à l’occasion de la journée mondiale de la femme, un marathon est organisé et nous bloque le passage. Le spectacle en vaut l’attente ! Quelques centaines de femmes pour la plupart emmaillotées de la tête aux pieds dans de grands tissus colorés dont je ne connaît pas le nom, dossard numéroté dans le dos, emplissent l’avenue plus ou moins en courant. Nous créons un petit contre-événement avec nos montures, mais ne traînons pas pour autant…

À une quinzaine de kilomètre de Laayoune se trouve un barrage de gendarmerie et deux stations essences, lieu idéal pour trouver un camion en direction de Dakhla. Mais ce n’est pas la bonne heure. La première vague est passée tôt ce matin, d’où cette idée de réveil à six heures sur les conseils du gérant de l’hôtel, mais nous devrions avoir plus de chance en fin d’après-midi.

Effectivement, vers 15h30, plusieurs camions sortent chargés de la cimenterie voisine et font étape à la station pour faire le plein et finir de bâcher leurs cargaisons. L’un d’eux accepte de nous embarquer pour deux fois moins cher que le bus..! Yallah !!

C’est parti pour 500 kms de route droite et plate rythmée par les nombreux barrages de police et de gendarmerie et l’arrivée d’autres passagers qui se succèdent dans la cabine. Le soleil vient de disparaître derrière l’horizon quand Boujdour sort de la poussière. Les lumières de la ville forment une sorte de guirlande qui semble flotter au-dessus du sol, dominée par un phare. Au travers de l’immense pare-brise, Boujdour paraît être une ville importante et moderne…. Tandis que Lhoucin, notre chauffeur fait quelques courses pour le dîner, nous avons une petite pensée pour Camille (Cyberconte) qui doit se trouver dans les parages… On finira bien par se recroiser à force de se doubler !

La route reprend… La nuit est complètement tombée au moment de faire une pause pour la prière et pour lancer la cuisson du repas dans une des soutes de la remorque. Il reste 300 kms jusque Dakhla. De nuit, la route paraît encore plus étroite et je regarde avec un brin d’admiration notre chauffeur serrer les fesses à chaque fois que nous croisons un autre poid-lourd et tenir tout en souplesse les quarante tonnes de son engin qui mord le bas-côté. Le métier de routier n’est pas le même dans le nord et dans le sud du pays…

Après quelques arrêts éclairs pour vérifier la cuisson du tajine sous la remorque, nous mangeons enfin en compagnie d’un jeune pêcheur marocain monté à Boujdour et qui travaille à Dakhla le lendemain matin. Puis les kilomètres enchaînent moins vite que les heures et nous somnolons à l’arrière de la cabine. Lhoucin finit par faire une pause pour dormir un peu. Deux ou trois heures de vrai sommeil à quatre dans la cabine d’un quarante tonnes sous le splendide et silencieux ciel du désert !