Jeudi 14 mars 2013

0 km

Plage de Boutalha

N 23°49,899' W 15°51,937'

2 m

Jour 166 – Plage de Boutalha

Barth : Les chiens ont un peu aboyé cette nuit, mais à part ça nous nous sommes bien reposé. Je sors le premier de la tente, vers 10h. La marée est basse et une armée de crabes violonistes retourne le banc de sable, disparaissant chacun dans son terrier au moindre de mes gestes. Un rapace survolant la lagune affole quelques courlis qui fendent l’air en criant. Le soleil cogne, le vent du Nord se lève et l’eau turquoise va bientôt commencer à remplir de nouveau la lagune, jusqu’au bord de la tente…

Nous reprendrons la route demain pour profiter encore un peu du petit paradis d’Ahmed et prendre le temps de tourner un nouveau checkpoint. Un pêcheur, ami d’Ahmed, ramène quelques poissons pour le déjeuner, et malgré toutes nos tentatives pour l’aider à la préparation du repas, nous laissons Ahmed opérer et en profitons pour faire quelques tests en vue du tournage.

Une fois avalé le succulent tajine de poissons frais, il faut attendre un peu de digérer avant d’aller affronter le soleil pour le tournage du checkpoint. Quand nous rentrons, Ahmed est en train de faire sa tournée des campings-cars, récoltant les fiches de renseignements qu’il transmet ensuite à la police. Un peu malgré lui, il se retrouve gérant du camping sauvage de la lagune…

La nuit tombe déjà, et avec elle la fraîcheur du soir. Impossible encore une fois de filer un coup de main pour la préparation du dîner, mais je parviens tout de même à passer un coup de balais dans la tente. Ahmed nous a prévenu, pas question de lui donner un peu d’argent en partant. C’est l’hospitalité saharaouie dans toute sa splendeur et son authenticité ! Ni une, ni deux, mais toutes les étoiles du ciel pour le petit hôtel d’Ahmed ! Ce soir, Ahmed nous a même sorti une canette de bière chacun du fond de sa tente ! De nouveau, soirée télévision grâce au petit groupe électrogène qui nous aura donné du fil à retorde pour arriver à charger notre ordinateur en même temps. Le groupe étant à 50 mètres de la tente, c’était l’occasion pour Ahmed de sortir ses talkies-walkies. Au-delà de la magie du petit écran, il lit des romans et écrit un journal de bord quotidien. À 34 ans, Ahmed est un grand enfant qui a choisi de vivre en vacances toute sa vie, mais des vacances raisonnables et pleines de bon sens…

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Fanch : Le paradis d’Ahmed nous retient, la petite crique de Boutalha nous pousse à la paresse. Ahmed prend soin de nous et malgré notre insistance il refuse toute participation de notre part aux taches quotidiennes. Nous nous étions décidé à tourner le checkpoint 004 mais la flânerie envahit nos esprits. À 17H nous parvenons enfin à nous secouer pour sortir le matos afin de se mettre au boulot.

Ce soir, nous discutons longuement et devant l’ouverture d’esprit de notre ami, nous ne pouvons faire autrement que de l’interroger sur sa vision du monde et sur son choix de vie :

 » – Pourquoi tu as choisi cette vie Ahmed, une tente à la place d’une maison c’est étrange non?
(J’adapte et simplifie un peu la réponse car sa syntaxe très particulière fait qu’il met du temps à nous faire comprendre ce qu’il veut exprimer)

– Je vis ici pour être tranquille, pour être libre. Je mange quand j’ai faim, je dors quand je suis fatigué, je vais nager quand je veux, je reçois des amis(…), je n’ai de compte à rendre à personne. Je ne travaille pas, je n’ai pas besoin d’argent ici. »

On abordera un peu plus tard le sujet tabou du conflit latent du Sahara occidental, c’est une de nos première rencontre qui acceptera d’en parler ouvertement.
Et puis comme la veille, c’est une soiré télé. Ah, il aime le petit écran Ahmed. Alors nous nous laissons aller au jeu du « scotchage », affalés, dans la fumée sucré de son narguilé, une atmosphère au senteur de bonbon à la pomme.
Demain nous aimerions partir de bonheur… mais nous savons (tous les trois) que ce ne sera pas le cas.

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