Mardi 16 octobre 2012

50 km

Aytré, zone noire

N 46°06,916' W 1°07,362'

m

Jour 17 – Aytré, zone noire

Fanchic : Arrêt sur image sur ce squatte improbable. A 50 mètres de la mer, enclavée au centre d’une station balnéaire et d’une zone résidentielle, il dénote. Et c’est peu de le dire! Ils sont une trentaine, dont une dizaine de gamins. Je présume qu’un certain nombre d’assistants sociaux en pénétrant les lieux resteraient mortifiés devant le spectacle, de ces gamins courant entres les punks, les camions tagués, la ferraille, au milieu d’une meute de chiens hurlante. Mais l’essentiel n’est pas là pour le bien-être de ces gosses. Je présume que ce bordel ambiant est riche d’humanité et d’expérience, pourvu qu’il y ai de l’attention.

Le squatte c’est aussi une orgie de bricole. Bricole matérielle, on répare les camions, les caravanes, on créé les pièces avec du matos de fortune. Bricole des relations humaines aussi. On organise les tâches communes, on créé des normes, on les  met en œuvre de façon plus ou moins délicate…

Les chiens sont partout, toute le temps. Ils investissent les parties communes (on ne s’assoit sur les canapés qu’en ayant préalablement déplacé le canidé endormi), s’invitent à la table, s’immiscent dans les conversations. Un des squatteurs m’explique que le chien révèle le caractère de son propriétaire. Quand les chiens se bastonnent, les humains vont suivre. Le déroulement de la soirée appuiera ses dires…

Si la majorité y voit une zone de déclassement, les squatteurs eux l’opposent à la zone (les SDF, nos clodos quoi). Le squatte est pour certains une bouée, voire un tremplin. Il créé des dynamiques, restaure des liens humains. Un des gars qui vient de passer un an à la rue insiste sur le fait que ce mode de vie lui ouvre des perspectives. Qu’à la différence de la « zone » la vie ne s’y résume pas à une spirale d’autodestruction.

C’est avec un sentiment de décalage (je pense partagé) que nous quittons ce lieu. La traversée des zones pavillonnaires nous ramènent dans le monde que nous connaissons, les rues sont silencieuses, les portes fermées…

Au bout quelques kilomètres nous rencontrons… trois bretons qui descendent à Gijón. Ils viennent de l’île de Groix et filent bien plus vite que nous,  montés sur des vélos basiques, un sac à dos sur le porte bagage. On parait suréquipé à coté d’eux! On roule sur quelques kilomètre ensemble, en peloton, guidé par un charentais qui s’est joint à nous. Une bien belle balade. Bon vent les gars!

 

Fanch : Un bâtiment au fenêtres brisées, une piscine mi-pleine d’eau de pluie ou flottent quelques bouts de bois, trois bouteilles plastiques et une botte vert-chasseur, je fais le tour du propriétaire. Sur ma droite se trouve une demi douzaine de « camtars », camions aménagés en lieux de vie, posés ici, attendant sagement les quelques longs mois d’hivers avant de reprendre la route du Maroc ou des pays de l’est. C’est gens là vivent pour le voyage. Récupération alimentaire, bidouillage, bricolage, ils se contentent de peu pourvu que le voyage recommence. Au fond du terrain, une dizaine de caravanes plus ou moins bariolées se partagent les anciens emplacements du camping. Mon regard se heurte régulièrement sur l’un des nombreux mobiles-homes éclatés ou sur un tas de débris, brassés, poussés jusqu’ici lors de la grosse tempête, et puis tombés dans l’oubli. Mais les squatters et leur chiens apposent leurs couleurs et réaniment finalement ce lieu abandonné dont plus personne ne veut, à la fois dévasté et plein d’espoir… Merci Yorik et les autres, merci pour votre accueil !

4 km plus tard…
Ah ! 3 cyclistes, A oui ! Des bretons qui filent vers l’Espagne… Nous serons 6 cette après-midi à
pédaler sur une trentaine de bornes, en direction de Royan. Bonne route les gars et merci pour votre agréable compagnie !

Ce soir c’est dans une grange que nous nous sommes installé, nous sommes au sec, Fanchic et moi dormons sur une remorque au plateau rouillé.

Barth : Apparemment il a plu cette nuit, et fort ! Ça ne m’a pas empêché de dormir sur mes deux oreilles. Nous repartons vers midi du squat après avoir revu quelques figures de la veille, plus ou moins réveillés. Notre projet de tour du monde fait briller le regard de cette bande de nomades en camions et nous aurons même quelques contacts au Maroc de la part de Yoric. Nous ne trouvons pas le temps et l’interlocuteur disponible pour faire une petite présentation vidéo de ce lieu où le système D est à l’honneur. Quelques photos permettront de garder une trace tout de même…

Cinq kilomètres plus loin, nous nous faisons rattraper par trois gars qui viennent de Groix, en virée à vélo jusque l’Espagne. Les deux trios bretons se mixent jusqu’au viaduc de Rochefort et au moment de se séparer, rendez-vous est pris vers bayonne ou en Espagne. Sympathique et symétrique rencontre !

Toujours pas de pluie malgré les prévisions du journal mais le ciel est chargé, nous optons donc pour une grange afin de passer la nuit au sec.