Vendredi 22 mars 2013

125 km

Route de Nouakchott

N 19°34.104' W 15°59.734'

18 m

Jour 174 – Route de Nouakchott

Barth : La nuit était infernale. Orages, pluie, passage des camions à quelques mètres, et surtout le vent en rafale qui n’a pas cessé de secouer la caravane… Nous émergeons sous un centimètre de sable et le vent souffle toujours, dans le bon sens heureusement ! Après avoir joué aux « French doctors » en refilant quelques cachetons à un des gendarmes qui n’a pas bien digéré le repas de la veille, nous reprenons la route, propulsés par le vent…

Lancé à pleine vitesse, j’évite de peu un dromadaire en panique qui traverse la route au dernier moment juste devant moi. Avec les dunes, quelques arbres isolés et les carcasses de véhicules, ces fantastiques bestioles font complètement partie du paysage. La route que nous suivons relie Nouadibou à Nouakchott et semble avoir été regoudronnée il y a peu de temps. Quelques villages aux charmants noms de « kilomètres 145 » ou « virage untel » la jalonne. Par village, il faut comprendre une boutique, parfois une minuscule mosquée reconnaissable au haut-parleur qui la coiffe, et quelques tentes et baraques en terre ou en bois. Ce sont sans doute là les embryons de futures villes qui s’épanouirons avec le développement du pays dans les décennies à venir…

J’ai quelques difficulté à me souvenir de nos appréhensions au sujet de la traversée de la Mauritanie il y a quelques mois. La situation au Mali, les mises en garde depuis la France, la possibilité de contourner le pays par la mer, tout ceci me paraît loin et absurde. Bien sûr, tout peut arriver, mais les nombreux gendarmes que nous croisons, toujours très sympathiques et attentionnés, ne laissent pas beaucoup de chances à d’éventuels ravisseurs de nous atteindre… Le territoire semble bien contrôlé, particulièrement sur l’axe principal que nous empruntons et nous avons plus à craindre du vent de sable qui balaye systématiquement le nord du pays au couchant…

Après soixante-dix kilomètres parcourus en un peu plus de deux heures, nous faisons halte dans une station service très moderne, la seule digne de ce nom sur cette route. De nombreux bus ou minibus y font halte avec à leur bord toutes les nationalités voisines de la Mauritanie. Nous soufflons un peu en contemplant ce spectacle et en discutant avec pas mal de monde… Et c’est reparti, soixante kilomètres avant le poste de gendarmerie où nous passerons la nuit. Avec le vent il nous faut deux heures pour y arriver… Cette fois, la caravane bleu-marine n’est pas disponible et nous optons pour la location d’une petite baraque pour nous assurer une nuit de vrai sommeil à l’abri du vent et du sable. 125 kilomètres au compteur aujourd’hui, c’est un record pour nous deux, mais grâce au vent qui nous a aidé toute la journée, nous sommes fatigués mais pas épuisés. Mais le manque de sommeil de la nuit passée se fait sentir une fois le dîner avalé…

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Fanch : La question de l’atelier ne se pose plus, en tout cas pour un moment car il faut avancer. C’est dur à dire mais les conditions difficiles dans lesquelles nous évoluons ne nous rendent pas disponible pour le reste. Notre énergie passe dans le coup de pédale uniquement. Oui, c’est frustrant mais je me console en remarquant les kilomètres défiler, le paysage évoluer rapidement. En une semaine nous avons parcouru plus de 600 bornes et pas des plus évidentes, voilà une bonne raison de ne pas se lamenter sur notre manque de production. Et l’Afrique se fait sentir, les peaux se fonces, les regards changent ainsi que les rapports humains. Le désert lui aussi se métamorphose. A mon grand étonnement, le vert joue avec le jaune, il va vient, disparaît puis réparait un peu plus dense à chaque fois, un peu plus fière de résister aux rude soleil de midi. Les arbres poussent entre les dunes, plus nombreux et de plus en plus haut et confère à ce paysage une allure de petite savane. Je ne sais pas du vraiment ce qui nous attend à ce sujet, mais j’ai bien l’impression que le Sahara s’efface timidement.

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