Mercredi 27 mars 2013

0 km

Auberge Ménata, Nouakchott

N 18°05,589' W 15°58,643'

9 m

Jour 179 – Auberge Ménata, Nouakchott

Fanch : Je bouine ce matin, essaie des trucs graphiques sans prétentions mais surtout sans réelles covictions. Mais bon, après coup et en causant de cela avec Barth, j’arrive à rebondir sur d’autres idées. Le bilan de la matinée n’est pas extraordinaire mais tend plutôt vers le positif. De son coté Barth patiente devant l’ordinateur, la connexion est plus que capricieuse et la synchronisation du site est lente, très lente… très très lente, et ça continu de ramer. La cause? Une panne. Des travaux sont en cours sur la fibre optique qui joint Nouakchott, ça arrive… c’est juste que cela m’étonne moins ici qu’ailleurs. Mais devant cette déprimante attente et laissant Barth à cette tache ingrate, je décide d’aller faire le curieux et de rencontrer la population de Nouakchott au marché du bidouillage de portables. Ici on l’appel Le « Point chaud » car d’après ce que l’on dit, mieux vaut il faire attention à ses poches, la rumeur stipule que c’est un repère de mafieux…

Pas de mafia qui ne me dépouille, je découvre en outre un joyeux labyrinthe de minuscules échoppes. Ambiance assuré, ça braille dans tout les sens, des enceintes crachent à toute berzing les tubes pops d’ici et d’ailleurs. J’observe attentivement ce qui s’y passe et me laisse guidé par un flux tourbillonnant de rencontre et de poignées de mains. Je m’arrête en premier lieu dans une boutique de réparation de téléphones portables ou deux hommes attendent le client. Il a ici des téléphones en pagaille, rien de neuf, uniquement de la récupe de deuxième, troisième, quatrième main. On discute une bonne heure. Les mecs m’expliquent qu’ils n’ont pas de diplômes d’ingénieur en électronique ou quelque chose du genre, mais ils connaissent mieux que n’importe qui le fonctionnement de ces petite machine à l’électronique relativement obscure. Un client arrive, un démontage, une soudure par ici par là, on remplace un composant et hop en 5min l’affaire est réglé, le client repart le sourire aux lèvres. La démonstration m’a largement convaincu et je ris devant cette étonnante simplicité… Comment fait-on en Europe quand un téléphone ne fonctionne plus?

Outres les génies de la réparation d’appareils mobiles, on trouve ici une flopée de Geeks qui téléchargent tout ce qui bouge et qui fait du bruit depuis leurs domiciles, blindent leur disques dur et viennent ici échanger de l’octets en pagaille contre quelques ouguiyas. Dans son échoppe Mohamed, alias Johnny a installé deux chaises et un veille ordinateur connecté à une chaîne-hifi qui crache du décibel en espérant accrocher le client, le fichier mp3 téléchargé la veille servant d’appât. Je m’assoie sur l’une des chaises pour discuter et en savoir un peu plus sur ce qu’il « magouille » ici. Le Point Chaud c’est un réseau parallèle ou des dizaines de personnes échangent pour de modiques sommes des milliers de mega octets. HADOPI aurait fait un malaise mais apparemment, les autorités locales les laissent faire. La question: Pour combien de temps encore? Nous regardons ensemble si quelque chose est susceptible m’intéresser, je ne trouverai pas ici la perle rare. Mais qu’importe! L’ambiance du lieu m’a convaincu, je reviendrais plus tard.

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Barth : Toujours pas en grande forme physique, je suis resté à l’auberge toute la journée pour travailler en dépit d’une connexion internet capricieuse. Il semble que des travaux sur la fibre-optique sous-marine qui relie l’Afrique occidentale au Web sont en cours, ce qui expliquerait les coupures régulières du réseau. La synchronisation du site ne sera donc pas faite dans les temps…

Malgré ça, la journée a été marquée par des rencontres instructives sur la réalité mauritanienne, particulièrement de Nouakchott… En milieu d’après-midi, alors que Fanch est parti explorer le marché des téléphones portables, je lance la préparation d’un thé qui fait apparaître Camille, suivie de près par Ziza (Aziz de son vrai nom), un musicien que nous avions rapidement croisé la veille. Je délaisse donc l’ordinateur pour papoter avec ces deux visiteurs autour du thé. Ziza est chanteur de reggae et il s’apprête à sortir son premier album dans lequel il dénonce différents problèmes qui font le quotidien de la Mauritanie. Il nous explique ainsi à quel point la discrimination est active dans ce pays formé de différentes ethnies. Les maures, au pouvoir depuis longtemps entretiennent un sentiment de supériorité sur les autres ethnies à la peau noire, souvent reléguées aux travaux les plus contraignants. A cela s’ajoute la prédominance des cultures nomades qui ne permet pas une véritable pensée politique, handicap important pour une république… En tant qu’artiste black, Ziza souhaite parler et dénoncer tout ceci, conscient des problèmes que ça peut lui attirer. Une fois son album en diffusion, il s’attend à devoir quitter le pays, à défaut de se retrouver mis à l’ombre par les autorités…

En allant dîner, nous sommes démarchés par Papiss, un de ces nombreux jeunes sénégalais qui arpentent les rues de Nouakchott dans l’espoir de vendre quelques marchandises, montres, tongues, maroquineries, à la sauvette. Nous lui expliquons comme à chaque fois que voyageant en vélo nous n’avons besoin de rien, et s’ensuit une discussion sur sa vie. Papiss n’a qu’une idée en tête, rejoindre l’Europe pour y gagner de l’argent pendant quelques années et rentrer construire une famille au Sénégal. il a réussi une fois à atteindre l’Espagne mais s’est fait attrapé et reconduire par les autorités marocaines en plein désert aux abords de la frontière algérienne… Qu’à cela ne tienne, un rêve aussi fort ne se laisse pas perturber par si peu. Son petit business à Nouakchott devrait lui permettre de rassembler assez d’argent pour remonter jusqu’au nord du Maroc, et après avoir de nouveau économisé de quoi passer la méditerranée, il retentera sa chance… Pour lui, il n’y a aucun espoir au Sénégal, toute son énergie est consacrée à la réalisation de son rêve, du rêve d’une grande part de l’Afrique, aller cueillir les fruits de l’abondance en Europe…

Dans la soirée, pendant que l’ordinateur mouline à quelques centaines d’octets par secondes dans l’envoi de fichiers sur le serveur du site, une conversation s’engage avec Jeff, un français à la cinquantaine bien tassée qui séjourne à l’auberge depuis quelques jours. Bon ami d’Olivia, la fondatrice de notre auberge, il a lui-même tenu une auberge dans le désert mauritanien il y a une dizaine d’année, à l’époque où le tourisme était plus florissant. Son point de vue d’occidental et le recul sur l’évolution du pays de ces dernières années est fort intéressant. Selon lui, la situation se dégrade.. Moins de liberté, moins de tourisme, plus de tensions entre les différentes ethnies, nous comprenons un peu mieux l’état de l’auberge Menata qui semble un peu à l’abandon.. Nous arrivons après cet âge d’or où Menata était le rendez-vous festif et bouillonnant de tous les occidentaux de Nouakchott ! Tant mieux pour notre tranquillité, mais quel dommage pour les micros-économies qui s’étaient construites il y a dix ans autour de ces concentrations touristiques. Dans le désert, ce sont des villages entiers qui bénéficiaient de cette activité, aujourd’hui éparpillés, abandonnés, fantômes…

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