Lundi 1 avril 2013

0 km

Port de Nouakchott

N 18°02,177' W 16°01,380'

2 m

Jour 184 – Port de Nouakchott

Barth : La tendance ne change pas, quelques degrés supplémentaires encore aujourd’hui… Je me lève de bonne heure pour publier le dernier checkpoint tant attendu et j’enchaîne sur un peu de courrier en retard… La matinée passe vite et Fanch qui est sorti se balader, revient sur les talons de Camille qui vient chercher un peu d’ombre dans son excursion quotidienne. Déjeuner, thé, dans une chaleur étouffante dont même Mafou, le gérant de l’auberge, se plaint…

En fin d’après-midi, le vent se lève un peu, permettant d’envisager une sortie. Direction le port de Nouakchott à une quinzaine de minutes en taxi… Débarqués sur la place principale, située à l’arrière de l’immense criée d’où s’écoule un flot ininterrompu de personnes, nous avons le sentiment d’avoir changé de pays, ou du moins d’être à la frontière d’un autre monde. En effet, une barrière filtre l’accès des véhicules à la zone portuaire et d’un coup nous sommes plongés en Afrique noire, la pêche semble être une activité délaissée par les hassanis… Après avoir traversé la criée afin d’accéder à l’océan, la surprise est de taille ! Je m’attendais à trouver là un port, une digue, des quais, mais au lieu de ça s’étend à perte de vue une vaste plage de sable blanc, noire de monde. C’est l’heure du retour des bateaux qui par dizaines surfent pour franchir la barre et venir s’échouer sur le rivage. Un attroupement se forme alors, constitué de charrettes tirées par des mules, de brouettes équipées de caisses, d’acheteurs et autres curieux, et l’embarcation se déleste de son poisson en quelques minutes. Reste à hisser la coque jusqu’au sommet de la plage où elle rejoindra ses semblables jusqu’à la prochaine sortie. C’est l’équipage qui s’y emploie, une dizaine d’hommes, armés de longues bombonnes de gaz en guise de rondins et qui à la force des bras tractent la grande barque sur le sable mou, au rythme d’un chant entraînant !

Au coeur de cette activité aussi joyeuse qu’intense on ne semble pas prêter spécialement attention à nous. Tant mieux car nous avons prévu de nous isoler pour réaliser une petite installation que Fanch traîne dans ses bagages depuis le Maroc. Cela nous prend une bonne demie-heure, un peu à l’écart de la fourmilière, le temps pour le soleil de se rapprocher de l’horizon marin et pour la température de chuter. Nous ne tardons donc pas trop, juste le temps de retraverser la plage, de croiser un hassani qui nous tient de tristes propos au sujet de l’invasion du nord de l’Afrique et bientôt de l’Europe par les populations noires, et de serrer la pince à quelques pêcheurs heureux de nous faire admirer le produit de leur pêche. Puis, après avoir trouvé un taxi parmi les incroyables antiquités automobiles qui assurent la liaison entre le port et les différents quartiers de Nouakchott, retour à l’auberge pour une soirée studieuse comme toujours.

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Fanch : J’aime ce type de journée où ce mêlent travail, recherches et découvertes.
Je reste un bonne partie de la matinée assis devant mes bidouillage virtuels et sonores tout en continuant à chercher une méthodologie convaincante pour jouer mes samples et enregistrement. Cela demande beaucoup de temps et de rigueur mais quand cet instrument à base de samplers, granulateur et synthétiseur, sera sortie de l’atelier de lutherie numérique, je vais pouvoir donner libre court à mon imagination et peut être même aller au delà. Pure Data est un logiciel Open Source conçu par Miller Puckette destiné en premiers lieu à la synthèse et au traitement du signal audio. Mais conscients de son énorme potentiel une communauté d’utilisateur lui a rapidement apporté d’autres fonctionnalités comme la gestion de l’interactivité ou le traitement vidéo en temps réel. Autre Avantage non négligeable, on trouve sur le net une documentation de plus en plus riche à propos de l’utilisation du logiciel mais aussi des patchs (programmes) la plupart du temps sous licence libre que l’on peut donc utiliser, modifier, personnaliser puis repartager (sans oublier de citer le nom du ou des concepteurs initiales).

Alors je fouille dans de vieux dossiers ainsi que sur le web pour y déceler de « bons patchs » puis je les teste avant de leur apporter les modifications nécessaires et de les assembler pour créer mon instrument idéal. Une fois que cela sera achever, la seconde tache va consister à sélectionner les enregistrements de ce voyage, les « nettoyer », les couper pour en faire des échantillons prêts à êtres joués. Ça va demander un peu de temps mais je pense que cela en vaut largement la peine.
J’ai plusieurs idées en tête, aussi bien en ce qui concerne l’habillage sonore des Checkpoints qu’en live ou sous forme d’installations autonomes et interactives.

Et puis, à l’heure ou le soleil entame son irrémédiable chute vers l’Ouest et que la chaleur s’estompe doucement, nous sautons dans un taxi en direction du port de Nouakchott. Une surprise se dévoile ici. Je m’attendait à un port en béton, avec digues et chaluts mais passés la tumultueuse criée, nous arrivons sur la plage…
Heureux hasard? Nous sommes pile à l’heure pour observer les pirogues rentrer de leur campagnes quotidiennes, rapportant le précieux poisson par centaines de kilos. Cet événement draine, dans une ambiance générale plutôt décontractée et haute en couleur, une foule d’hommes et de femmes qui lui confère une allure de fête. Ça grouille, ça chante dans l’effort, ça gueule dans tout les sens.

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