Jeudi 4 avril 2013

0 km

Rue des écoles

N 18°05,579' W 15°58,732'

13 m

Jour 187 – Rue des écoles

Fanch : Barth enchaîne. Une, deux, trois, quatre vidéos de montée! Et moi je m’occupe comme je peux à coup de lessive et de ballades dans le quartier à la chasse au son.

J’en profite pour observer, écouter ceux qui m’entourent. Et oui, La pluralité des langues font du français une passerelle pour une compréhension collective. C’est une aubaine considérable qui simplifie notre appréhension de notre environnement mais aussi qui me pousse vers une analyse, aussi sommaire et spontanée soit-elle, des comportements sociaux inter-culturels.

Nouakchott est le trait d’union qui sépare l’Afrique arabophone de l’Afrique francophone, c’est le centre d’une marmite bouillonnante dans laquelle une bonne dizaine de cultures sont tombées lorsque les frontières les ont poussé à vivre ensemble. Mais clairement, le mélange ne prend pas. Une certaine résignation de la communauté noir (bien que beaucoup d’entre eux soient nés sous les couleurs mauritaniennes) fait face à la fierté et au mépris flagrant des Maures.

J’observe, constate et alors je me sens piégé entre, d’un coté, mon refus de généraliser et de l’autre, une récolte de témoignages qui pointe du doigt une réelle ségrégation raciale. J’essaie de garder ma position d’observateur qui ne connais que trop peu l’histoire et les us et coutumes des ces peuples mais, j’ai certaines valeurs profondément ancrées qui m’empêchent d’être neutre et indifférent vis à vis de ce que je vois actuellement. Valeurs qui sont en partie communes à celles du coran et qui prônent le respect et l’acceptation d’autrui. Mais, non… Vous avez raison de penser qu’ici il ne s’agit plus de religion. L’homme se complaît parfois dans l’intolérance, ça ne date pas d’hier et ce n’est pas un problème endémique à cette région du globe, allez savoir pourquoi… Enfin bref, je pourrais très bien éviter ce sujet fâcheux mais je n’y parviens pas, l’ambiance générale est pesante, je ne m’y sens pas à l’aise. Puisse l’éducation grandissante au sein ce pays faire évoluer les mœurs.

Ces mots posés ici m’aideront peut être à projeter mon regard au delà de cette pénible réalité, je ne reviendrai pas sur ce sujet et tenter de passer à autre chose.

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Barth : Les choses avancent bien mais il y a encore à faire ! Le temps à changer depuis hier, un vent de sable et de poussière balaye la ville, recouvrant tout d’une fine pellicule beige… Je fais partie du décor dans le jardin de l’auberge. Assez confortablement installé sur une des tables basses avec à mon côté le camping-gaz et la théière. Un français vivant au Maroc, un américain de Las Vegas et un japonais sont arrivés aujourd’hui à l’auberge. Mon activité asociale ne me permet pas d’en savoir beaucoup plus sur eux pour le moment… Mais nous allons dîner avec l’américain, rapidement car j’ai toujours un calcul ou un transfert sur le feu, mais assez longtemps pour faire quelques progrès en anglais !

Tard dans la nuit, alors que j’entame le dernier montage, Abdoulaye, le jeune gardien guinéen vient discuter avec moi. Comme la première fois, je suis épaté par sa lucidité, sa connaissance des réalités géopolitiques en Afrique et dans le monde et son désir que les choses bougent ! À seulement dix-huit ans, son regard sur le monde n’est ni irrationnel, ni exalté, ni fataliste, ni je-m’en-foutiste… Juste lucide et sagement révolté. Quand il me dit que s’il était président, les choses iraient beaucoup mieux dans son pays, je le crois sur parole. Le monde entier, et en priorité le continent africain, a besoin d’hommes et de femmes riches d’autres valeurs que le pouvoir et l’argent… Tu es de ceux-la Abdoulaye.

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