Vendredi 19 octobre 2012

55 km

Lamarque

N 45°03,290' W 0°42,325'

m

Jour 20 – Lamarque

Fanch : Notre cabane se situe à l’entrée d’un petit bourg du médoc bordant la rive sud de l’estuaire girondin. Elle est posée sur un parterre de gazon détrempé, entourée de quelques tables de pique-nique en pin faisant mine d’être sur pilotis. Devant, un immense terrain de pétanque prend les allures d’une piscine olympique. Un panneau “BUVETTE” indique qu’à cette endroit précis et en temps normal, quelques retraités lèvent le coude paisiblement pendant que l’équipe adverse tire ou pointe le cochonnet. Sur le toit de taule résonnent les gouttelettes achevant leurs chutes sans fin. La surface du sol est équivalant à celle de deux arrêts de bus et un comptoir la divise en deux moitiés équivalentes. La première partie, ouverte et boueuse joue le rôle du garage à vélo. L’autre, dont le sol est cimenté, est relativement abritée des intempéries et juste assez large pour y entreposer nos carcasses humides. C’est parfait, c’est tout simplement parfait. Deux voitures immatriculées en Espagne servent de dortoir de fortune à Ricardo et son ami andalous qui, au vue des circonstances économiques de leur pays natal, sont venus grappiller quelques euros en coupant les grappes rouges de raisin mûre.

Fanchic : Un voisin vient aux nouvelles dans la matinée. Il est jovial, un fort accent du sud ouest. Il s’amuse du comportement des autres voisins qui l’ont appelé dans la soirée pour lui dire que des gens picolaient de la bière dans le hangar. Ah bon ? Du coup on lui propose un thé que l’on buvait la veille. C’est étonnant ce que l’esprit associé aux fantasmes permet de créer comme illusion auditive. Nous repartons sous la pluie, elle nous suivra toute la journée, sans discontinuer… Le passage du bac est apprécié pour l’abri qu’il constitue, pas pour la vue. C’est à peine si nous distinguons l’autre rive.

Nous finissons rincés dans le village de Soussans. Nous partagerons , pour la nuit, une buvette de terrain de pétanque, avec deux espagnols qui dorment a coté, dans leur voiture. Ricardo nous explique qu’il vit comme ça depuis deux mois. Il est venu pour les vendanges (on est dans les Pauillac, Margaux et consort). Ils sont beaucoup à faire de la sorte, douche chez l ’employeur et nuit dans la voiture.

Barth : Pluie. C’est le thème de la journée et il s’impose dès le réveil. Nous mettons un peu de temps à décoller pour faire sécher les affaires, espérant une accalmie.. En vain. La visite d’un voisin en rapport avec la venue des gendarmes de la veille nous permet d’expliquer notre présence sauvage en ces lieux. Je ne sais pas s’il aura bien compris qu’on partait faire le tour du monde tant il était déjà chamboulé de réaliser que nous venions de Bretagne… On vient de franchir les 900 km – Je commence moi aussi à relativiser mes repères d’espace et de temps.

Les marais qui s’étendent sur la rive nord de la Garonne sont plats à perte de vue, peuplés de moustiques, de quelques renards et hérons… Avec la pluie en continu, le moral baisse un peu, le froid et la fatigue s’entremélent, la faim surgit, si bien que les 45 kms qui nous séparent de Blaye finissent par nous jeter affamés dans le bar le « Betty boop ». On s’y fait offrir un verre de Pineau par un client, et après des sandwiches St Nectaire saucisson et un grand chocolat chaud il est l’heure du bac ! Dur de renfiler le T-shirt mouillé et glacé, mais il faut garder du sec pour ce soir.

Il est 17h00 passées quand nous mettons pieds à terre sur l’autre rive de la Garonne. Ici nous croisons quelques espagnols qui loge dans leurs voitures pour travailler aux vendanges la journée. Nous trouvons refuge près de l’un d’eux, Ricardo, dans une minuscule cabane buvette près du terrain de pétanque de Soussans.

L’occasion de baragouiner quelques mots en espagnol… Et de se rappeler qu’on y sera dans pas longtemps !