Mercredi 24 avril 2013

25 km

Mioum

N 15°51,958' W 16°30,208'

11 m

Jour 207 – Mioum

Fanch : Nous quittons avec regret Saint Louis, la Venise Noire. Regret qui naît de cette évidente incapacité à réaliser l’ensemble de ce que nous avions projeté lors de notre arrivée en ce lieu magique. Mais la journée d’hier fut productive et c’est avec un moral solide que je m’assois dans le siège de mon engin à propulsion humaine flambant neuf, ou presque (le dérailleur est ok mais Bobo à exploser mon rétroviseur). Barth en revanche semble ne pas avoir particulièrement récupéré, on ne forcera donc pas pour aujourd’hui. Au kilomètre 20 nous bifurquons sur la droite en direction de Potou pour récupérer une piste traversant une zone de nature abondante.

Nous faisons rapidement une pause déjeuner au camping de Zebrabar dont nous avions entendu parlé à plusieurs reprises. Je propose à Barth qu’il aille siester pour reprendre des force, pendant que je bouquine à l’ombre fraîche de quelques palmiers. L’heure tourne mais je préfère ne pas perturber le sommeil de mon ami qui non loin du fleuve, tangue dans un hamac tendu entre deux cocotiers. L’image peut paraître paradisiaque, elle pourrait l’être si nous étions en vacance, mais ce n’est pas le cas et la fatigue s’accumule plus rapidement qu’elle ne disparaît. Parfois le repos est d’or, ne l’oublions pas.

18h00, nous décidons de ne plus rouler aujourd’hui mais les tarifs du camping nous poussent à rejoindre le village voisin pour y dégoter un logement moins onéreux si ce n’est pas gratuit. Nous partons donc à la rencontre du chef du village, entreprise que nous testons pour la première fois. Mais avant cela, il nous faut faire face à un attroupement d’un trentaine, peut être un quarantaine de petits regards curieux. Tout les mômes du village semble s’être donné rendez vous pour nous faire la fête. Je ne peux m’empêcher d’afficher un large sourire même s’il faut user de vigilance vis à vis cette grouillante agitation car beaucoup d’entre eux attendent un moment d’étourderie de notre part pour sauter sur nos monture et se prendre pour des apprentis aventuriers!

Enfin, nous voilà devant la maison du chef du village. Il n’est pas présent mais trois jeunes gens nous prient de patienter un instant en nous soufflant qu’a son retour, au moment des présentations, il nous faudra le regarder droit dans les yeux. Un étrange sentiment se situant entre la sérénité et l’appréhension s’empare de mes pensées comme si le chef village était une personne d’une importance capitale dans ce voyage qu’il va falloir réussir à amadouer pour qu’il nous accepte nous et nos étranges montures. Le voilà qui arrive, j’ai presque le trac, mais en deux minute et sans futilités, l’affaire est réglée. Nous logerons dans une chambre prêt de sa bâtisse.

Nous passerons le début de soirée avec les trois jeunes, assis au pied de l’arbre central de la cour ensablée. Ils se disent bayfalls ce qui voudrait dire (d’après ce que je comprends) qu’il serait en pèlerinage pour diffuser la parole d’ Allah. Et pour diffuser, ils diffusent! Habituellement ce discours -qui après 4 mois en terre musulmane, à tendance à m’agacer très rapidement mais ceux ci parlent avec sensibilité et nous les écoutons sans broncher.

IMG_0124IMG_0127

Barth : Quitter Saint-Louis n’est pas chose aisée. La douceur de cette cité et les rencontres qui n’arrêtent pas un instant nous retiennent de toutes leurs forces, et mon état de fatigue n’aide pas vraiment. Bon grès, mal grès, nous voilà tout de même repartis, en formation binomique originelle puisque Camille prolonge son séjour à Saint-Louis.

Le vent n’est pas vraiment avec nous sur la petite route qui serpente au milieu des marais jusque’au Zebrabar, un immense camping au milieu du parc naturel, tenu par des suisses, et qu’on nous avait recommandé plusieurs fois. Effectivement l’endroit est paradisiaque et aménagé de façon très pragmatique ! Cependant après avoir cassé la croûte et pour ma part profité d’un des hamacs pour rattraper un peu mon retard de sommeil, le prix à payer pour pouvoir y passer la nuit ne nous aura pas convaincu. Nous filons donc jusqu’au village voisin et demandons à rencontrer le chef pour savoir si nous pouvons passer la nuit au calme quelque part. Une cinquantaine de gamins nous escorte jusqu’à la maison du chef où nous rencontrons Abdou et deux de ses amis dont une fille, de jeunes Bayefall qui vont de village en village pour proclamer la grandeur d’Alleluhia. Nous discutons longuement avec eux en attendant le retour du chef et en buvant quelques cafés touba (une boisson chaude à base de plusieurs plantes et épices qui rappelle vaguement le gout d’un café ricoré). Missionnés par un marabout, ces trois jeunes nous expliquent que leur seul objectif est de purifier leur coeur tout au long de leur vie pour augmenter les chances d’accéder au paradis dans l’au-delà. Les citations de philosophes ou de scientifiques se mêlent à quelques référence chrétiennes, dans un discours plutôt orienté sur l’islam, difficile de bien situer cette spiritualité, mais une chose est sûre, tous trois sont fort sympathiques !

Finalement, le chef nous offre l’hospitalité pour la nuit dans une des chambres qui borde la grande cour de sa maison. Nous voici donc au coeur de la vie rurale sénégalaise, pour une bonne nuit de sommeil à l’abri des moustiques…

IMG_0139IMG_0145
IMG_0150IMG_0160