Mercredi 1 mai 2013

0 km

Chez Momo, Dakar

N 14°45,359' W 17°25,738'

21 m

Jour 214 – Chez Momo, Dakar

Barth : Pas grand chose de passionnant à raconter aujourd’hui, une journée de montage vidéo entrecoupée de quelques aller-retours au cyber pour envoyer des mails…

Le quartier où nous sommes n’est absolument pas touristique. Autant dire qu’en quelques jours à peine, nous sommes connus comme les loups blancs ! A chaque sortie au cyber, ou pour des courses, des « François » ou « Barthélemy » arrivent à nos oreilles, parfois depuis le trottoir d’en face ! Difficile de faire 20 mètres sans engager une discussion, serrer quelques mains…

Ce qui saute au yeux ici, après plusieurs mois passés au Maroc et en Mauritanie, c’est la présence affichée des femmes. Habillées de tenues aux couleurs vives, traditionnelles ou modernes, toujours soigneusement coiffées, elles affichent une présence visuelle par leur fierté et sonore par leur incapacité à parler sans hurler qui les rendent difficilement contournables. les hommes aussi sont fiers et et affichent une assurance dans leurs démarches ou dans leurs tenues. On reconnait facilement les amateurs de lutte sénégalaise, souvent bien bâtis et qui se déplacent d’un pas à la fois lourd et dansant. Toute cette chorégraphie incessante est assez fascinante à observer, les enjeux de pouvoir entre sexes ou entre milieu sociaux semblent beaucoup s’exprimer par le jeu des apparences qui frise souvent la comédie burlesque. La beauté et la séduction est l’arme des femmes, l’argent et la frime celle des hommes, et l’équilibre est ainsi maintenu.

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Fanch : Nous autres occidentaux avons l’habitude d’entendre l’histoire du mec qui porte plainte contre son voisin dont le coq s’use les cordes vocales, chaque matin, à l’heure ou les doux rayons du soleil viennent enluminer son plumage de frimeur. Cette histoire qui auparavant me faisait déjà bien rire (bien qu’elle soit réellement triste) se révèle mille fois plus absurde après avoir goûter au saveurs du bruit africain.

Le silence et le bruit sont des notions toutes relatives, j’en prend d’avantage conscience ici. J’ai l’impression qu’en Afrique quelqu’un de silencieux est soit mort soit en train prier.

Je parlais hier d’un flux de mouvement circulant continuellement, aujourd’hui je rajoute que ce mouvement est plus que jamais accompagné d’une symphonie urbaine éclatante de décibels.

Tout les volumes sont poussés à leurs maximums, celui du poste radio et des télévisions en particulier, il faut parler fort, rire fort, gueuler plus fort que celui qui te gueule dessus. En bagnole, si le fusible du klaxonne est hors d’usage, mieux vaut-il s’abstenir de prendre la route. Les veilles mécaniques s’emballent et sonnent, ronflent, grincent, claquent toujours plus fort. Au son de la rue se superpose régulièrement la voix des Muezzins qui avec leurs complaintes appellent au recueillement et à l’introspection, entreprise qui malgré la remarquable fidélité du peuple ne parvient pas à amener le calme. Parfois la musique prend part au paysage sonore, elle accompagne généralement les rites marketing qui sillonnent la ville avec leurs caravanes mobiles. C’est une véritable guerre de son, une surenchère permanente… Et pour toujours.

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