Jeudi 23 mai 2013

0 km

Avenue 602, Mexico

N 19°27,303' W 99°03,181'

2234 m

Jour 236 – Avenue 602, Mexico

Barth : Première journée mexicaine, au réveil l’appartement de Guillaume et Erika est vide. Ils son partis travailler après avoir emmené les enfants à l’école et nous n’avons toujours pas eu l’occasion de les voir vraiment… Il y a de quoi s’occuper ce matin, après déballage nos vélos ont subi quelques dommages au cours des différents transits aériens. Rien de fatal, mais quelques pattes à détordre et les dérailleurs à rerègler. Cela nous occupe une bonne partie de la journée, sous les regards curieux des neveux d’Erika qui vivent dans la maison voisine.

A midi, nous faisons un bout de chemin à pied pour aller retirer de l’argent et acheter de quoi manger et boire un verre avec nos hôtes en fin d’après-midi. Mis à part les avions qui survolent le quartier à quelques dizaines de mètres, ma première impression est que cette ville est bien plus calme que je le pensais. Sans doute le fait de débarquer de Dakar ajoute un peu à l’effet, retrouver des trottoirs, une ambiance sonore relativement calme, des églises et des vierges sous néons un peu partout, bref, on a bien changé de monde..!

En fin d’après-midi, Guillaume et sa petite famille sont de retour, nous allons enfin pouvoir faire connaissance. Nos vélos sont prêts à partir, mais la pluie du soir et le fait que nous ne savons pas vraiment où aller ce soir faute d’avoir eu le temps de nous connecter sur internet, autant de raisons qui nous poussent à accepter sans détour leur proposition de rester une nuit de plus ! Nous passons donc une soirée à bavarder, à montrer un checkpoint à Emiliano et Alexandro très curieux de comprendre ce qu’on fabrique avec nos vélos si loin de chez nous… Guillaume est au Mexique depuis plus de dix ans, marié avec Erika qui elle est mexicaine. Prof de techno, dessinateur à ses heures perdues, ancien bijoutier, il prend la vie comme elle vient et c’est un vrai plaisir de discuter avec lui, et d’apprendre les premières ficelles des us et coutumes mexicains. Avant de dormir, j’avance un peu sur le montage du checkpoint car demain soir Anaïs arrive et je vais prendre quelques jours de vacances bien méritées je crois…

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Fanch : Guillaume et sa petite famille nous ont laissé ronfler, la maison est vide quand nous émergeons de notre sommeil. L’heure est au dé-cartonnage et au démontage des vélos. Sans surprises, soumis au tact légendaire des bagagistes, nos bécanes ne s’en sont pas sorties indemnes. Roues voilées, dérailleurs sérieusement amochés, sièges endommagés… Nous passons la majeur partie de la journée à tenter d’arranger tout cela mais une révision général va s’imposer avant de quitter Mexico.

Nous prenons malgré tout le temps d’une petite sortie, histoire de s’équiper de quelques Pesos et d’avaler un bout, une petite ballade qui s’avère être notre premier contact avec ce nouvel environnement. Alors, que dire? Et bien, au premiers abords, j’ai le sentiment de rentrer au pays. Les routes sont goudronnées et propres, l’architecture urbaine est aérée, la circulation fluide, excepté les avions qui, au décollage, frôlent de près le quartier en produisant un bruit assourdissant, en apparence le calme semble de mise dans les partages et la vie relativement paisible. Disons que nous sommes de retour en occident et si ce n’est pas exactement le cas, les traces du capitalisme et de la consommation suggèrent avec insistance que nous nous approchons dangereusement des States. De veilles Cadillac sillonnent les avenues, les semi-remorques avec leur nez allongés semble venir tout droit de la route 66, les enseignes de grandes chaînes américaine font leurs apparition, le café se vend en gobelet carton d’un demi litre… Même si je ne m’y attendais pas (à vrais dire, je ne m’attendais à rien) cela ne m’étonne guère, mais sachant que ce que nous découvrons à l’instant n’est qu’un fragment de la capitale, il serait idiot de se forger une opinion quant à l’américanisation du reste du pays.

Et puis, nous mettons pour la première fois les pieds dans un centre commercial. Ce n’était plus arrivé depuis que nous avons quitté l’Espagne. C’est presque un choque pour moi. Sérieusement. Durant ces 6 derniers mois nous faisions nos courses exclusivement sur le marché ou dans de petites boutiques ou les choix étaient largement limités. Il nous fallait alors visiter plusieurs échoppes avant de trouver du beurre, de l’huile d’olive ou une boite de concentré de tomate. Nous n’avions guère d’alternative que d’acheter un article ici, un autre là et parfois même (en brousse), l’eau n’était pas systématiquement accessible. Nous nous sommes habitué à manger peu varié, plus nous descendions vers le Sénégal moins nos papilles gustatives se réjouissaient d’une saveur importée. Hormis les quelques « vache qui rie » que nous mangions accompagné de pains sec et de sable du désert, c’est la plupart du temps de produits et de plats locaux que nous nous nourrissons. Et là… Là il y a tout. Je comprends maintenant le succès des super-méga marché et j’imagine Ô combien fut l’heureuse surprise quand la ménagère des années 50-60 découvrit pour la première fois cette « corne d’abondance ». Mais ce confort (c’est bien de cela qu’il s’agit) a un prix, c’est le monde qui s’en trouve changé, c’est l’humanité tout entière qui trinque pour finalement ne rien produire d’autre que de la merde alimentaire et des gros sous. Je m’emballe un peu… Oups, mais pensons y…

Sur ce, la soirée se prolonge chez Guillaume, Erika sa femme et leurs enfants. On rattrape le coup, car hier l’entrevu fut de courte durée. Guillaume nous parle de ses aventures avant de nous faire rêver en décrivant quelque unes de ses péripéties en terres mexicaines. Le courant passe bien, ce n’était pas prévu mais nous dormirons une deuxième nuit sur le tapis du salon.

Guillaume, Erika, et leurs enfants Emiliano et Alexandro

Guillaume, Erika, et leurs enfants Emiliano et Alexandro

 

Haiku 039 – UA1566

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