Mardi 23 octobre 2012

0 km

Locaux de Recup'R, Bordeaux

N 44°49,720' W 0°33,273'

m

Jour 24 – Recup’R à Bordeaux

Barth : La soirée de travail de la veille s’est fini tard, et le réveil n’est pas des plus matinal. Nous avons rendez-vous à 11h avec Erwan et son comparse Simon qui sillonnent la France en vélos couchés en évitant tous rapports marchands avec les gens. Posés sur les quais de la Gironde sous un soleil estival, nous grignotons un petit pique-nique en discutant d’un tas de choses. C’est l’occasion de faire un portrait d’Erwan dont la démarche nous paraît répondre aux critères de notre enquête sur le Libre.

Nous quittons nos nouveaux amis pour faire un saut chez Recup’R, une ressourcerie où se mêlent réparation de vélos et atelier couture, dans l’espoir d’y dénicher une vis pour réparer le siège de Fanch. L’endroit est très accueillant et après une visite des lieux nous parlons un peu de notre projet. Nous repasserons en fin de semaine pour faire une révision de nos vélos et bricoler des appuis-têtes qui commencent à nous manquer dans les grandes distances…

Le soir même, Erwan fait une conférence sur son projet à la ressourcerie. Seul Fanchic qui à rendez-vous avec des amis à lui s’y rendra. Fanch et moi préférons rester travailler chez George. C’est reparti pour une longue soirée devant l’ordinateur, à installer, tester, configurer, rédiger…

Fanch : Les coïncidences n’existent pas, mais j’avoue que parfois cela peut paraître troublant. Peut-être qu’inconsciemment je deviens de plus en plus réceptif à ces petits signes du quotidien, que je commence à m’adapter à un environnement en mutation permanente. Notre mode de vie devenu nomade induit certainement ce genre de situations et j’ai tendance à penser que ces surprises découlent d’une improvisation quasi continue. Ayant déjà ressenti ce genre de chose lors de mes voyages précédents, je m’y attendais donc. Mais c’est toujours avec étonnement et amusement que je rencontre un visage connu au coin d’une rue, qui va me parler d’une autre personne qu’il faut impérativement rencontrer, que l’on va croiser au “hasard” de nos pérégrinations urbaines et avec qui nous passerons 4 heures à discuter de choses et d’autres. En étant un peu plus pragmatique, c’est une suite logique d’évènements, induite par mon statut socio-culturel, j’en suis conscient mais ces moments n’en restent pas moins magiques et surprenants.

Fanchic : Nous retrouvons Erwan et Simon, direction les quais de Bordeaux sous un soleil radieux. La discussion s’engage autour des choix d’Erwan. Sa vision me heurte, me bouscule. Il avance des arguments, questionne nos représentations. Les sujets se succèdent, l’argent, l’éducation, la famille, la sexualité…

Il fait des choix radicalement contraires aux nôtres. Pour nous c’est un voyage, lui un mode de vie. Nous avons des tunes, pas lui. Quand nous allons au sud trouver soleil et chaleur, il va au nord se confronter à l’hiver et tester son mode de vie.

Un petit portrait du mec s’impose. Il avait, à priori, tout pour « réussir » dans notre société. Issue d’une famille au capital culturel et économique important, il suit, très logiquement, une scolarité exemplaire, bac S, prépa et … première rupture. Il décline la carrière d’ingénieur qui s’offre à lui pour l’enseignement. Une haute idée de son rôle le pousse à mettre en lien les connaissances techniques et les conséquences de leur utilisation, pas évident… Il commence à s’intéresser il y a 15 ans à l’écologie. Il affine sa réflexion, ses connaissances et aboutit à l’obligation de changer nos modes de vie, aller notamment vers moins de consommation. Autant vous dire qu’il est bien loin de la farce marketing du développement durable. Il milite durant 5 ans, s’épuise puis s’abime dans la volonté de convaincre. S’ensuit une grosse pause. Quand il le raconte ça paraît logique, il faut qu’il roule pour retrouver du plaisir.

Maintenant, il indique ne plus vouloir convaincre mais ce qu’il fait fait c’est encore de l’éducation (populaire sans doute) par les questions que son mode de vie soulève. Il se décrit comme un clown, le vélo tel un nez rouge, le nomadisme comme art de rue.

Autour du repas qu’il nous offre la discussion se poursuit, mes neurones surchauffent. Qu’il est bon parfois de réfléchir de la sorte. Nous filmons durant ce temps une présentation un peu formelle de son projet, je vous invite à la découvrir. Si le personnage vous intrigue, la démarche vous intéresse….où vous irrite, il est possible de contacter Erwan sur son site http://unvelodanslatete.free.fr/ et même de l’accompagner…

Même journée autre rencontre, je rejoins Justine et Maria connues en Andalousie. Elle prennent le café avec François (incroyable ce qu’ils sont bons les François!), un pirate des temps moderne. Activiste social, il ouvre des lieux délaissés par la mairie, les fait vivre. Je l’accompagne récupérer des affaires au « marché des Douves », sublime bâtiment de verre et de fer. Le lieu qu’il a squatté, contribué à animer est repris en main par la mairie. Sous couvert d’une rénovation du bâtiment, c’est les gens du quartier qu’on met dehors.

Il me mène jusqu’au petit jardin qu’il essaye de créer dans le quartier, la balade se fait au rythme du caddy qu’il pousse et des personnes qu’il salue (environ une sur deux!). Le soleil décline, nous redescendons vers les quais au rythme de sa guitare et de sa voix cassée, « c’est dur la ville mais j’y ai ma famille… des toxicos, des sans-pap, des alcoolos ».

Soirée à « récup’r », atelier associatif de couture et de réparation de vélo. C’est soirée auberge espagnole, au menu, des discussions autour de l’expérience de l’inévitable Erwan.