Samedi 8 juin 2013

0 km

Juchitan

N 16°25,522' W 95°01,125'

22 m

Jour 252 – Juchitan

Barth : Réveil très tardif et pas très frais dans la chaleur brassée par le ventilateur de la chambre. Fanch est parti en quête d’un autre hôtel plus confortable, en vain… Nous reprenons donc une deuxième nuitée ici après avoir avalé quelques tacos aux tripes et un coca en guise de petit déjeuner.

Au menu du jour, ça faisait longtemps, l’ordinateur ne démarre plus… J’ai passé un peu de temps hier soir et ce matin à dérusher les dernières images, et depuis que je l’ai éteint, plus de signe de vie. Après quelques tentatives de démontage et de réanimation sans succès, nous opterons pour le réparateur, mais demain, car aujourd’hui nous avons besoin de nous changer un peu les idées en faisant le tour de la ville.

Fanch est parti de son côté, je file donc avec Anaïs explorer les environs. Nous sommes venus à Juchitan pour deux raisons. Tout d’abord cette ville n’est absolument pas touristique, ce qui fait du bien après la tournée des stations balnéaires de la semaine passée. Ensuite parce que vit à Juchitan une étrange catégorie de la population, ni hommes ni femmes, qui sont appelés les « muxes ». Il s’agit en fait d’hommes, pour la plupart homosexuels, pouvant librement assumer une identité trans-genre en se travestissant, et ce depuis des millénaires. En effet, cette reconnaissance sociale date de la civilisation zapothèque dont est issue la société actuelle de Juchitan. La curiosité et les thèmes de recherche d’Anaïs nous ont donc conduit à séjourner quelques jours ici, sans aucun regret pour le moment, tant nous nous sentons bien accueillis dans cette ville à l’allure surréaliste.

Un peu plus tard dans la soirée, avant d’aller dîner quelques tacos, nous buvons une bière dans un bar avec uniquement des locaux, dont Max et Jimmy, 80 ans passés, qui nous poussent la chansonnette armés de leurs guitares, une caisse de bières aux trois quarts vide à leur côté !

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Anaïs : Nous pourrions profiter en toute quiétude de cette charmante ville si ce p… d’ordi de m… voulait bien redémarrer. Ce petit grain de sable suffit à enrayer notre impeccable machination de bonne humeur et d’émerveillement. Personnellement, ça ne m’affecte pas tant que çà, mais bon, par empathie, j’ai mal à mon disque dur …

Tant pis, nous nous éloignons de la machine diabolique susceptible à elle seule de peloter les nerfs et scier l’épicurisme, et allons explorer les alentours.

Le soir, nous prenons le temps de nous plonger au cœur de la cité pour un dernier verre avant un repos bien mérité. Nous ne regrettons pas puisque nous sommes accueillis par Max et Jimmy, deux vieux briscards grattant leurs guitares depuis au moins un demi-siècle et venant s’asseoir à notre table pour nous souhaiter la bienvenue en musique.

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Fanch : L’ordinateur et en panne, il ne s’allume pas pour une raison qui nous échappe. C’est donc notre atelier qui est dorénavant hors service et Geocyclab se réveil avec un petit coup de blues. Inutile de rappeler O combien l’informatique est présente dans cette épopée et que ce petit incident risque d’avoir des répercussions non négligeables sur notre moral et peut être même sur notre budget (qui n’est pas en grande forme non plus). C’est d’autant plus rageant puisque nous avions investit une jolie somme dans une machine réputé solide, prévu justement pour ce type d’épreuve et qui, sans prévenir, nous lâche sans scrupules. Bon, rien est perdu, nous tenterons de lui trouver un médecin demain (dimanche) ou Lundi si jamais les informaticiens de Juchitan respectent le congé dominical. Mais le pessimisme de Barth l’emporte sur mes espoirs de le voir à nouveau fonctionner. Dur dur.

La journée entamé, plutôt que de tourner en rond dans la cours du petit hôtel miteux dans lequel nous avons élus domicile, je fais le tour du centre ville. Une fois, deux fois, trois fois. Histoire de m’occuper l’esprit, j’enregistre l’ambiance de la ville mais sans trop y croire. Je m’accorde une pose dans le petit parc du centre à proximité du kiosque ou quarte vieux joue quelques airs mexicains d’un ton plutôt mélancolique, rien de transcendant ce qui n’arrange rien à mon petit coup de mou. Seul les cinq iguanes verts qui évoluent au ralentit dans l’arbre d’en face me remonte le moral. Ils me rappelant que je suis à l’autre bout du monde et que j’ai évidemment de quoi me réjouir. Et oui, c’est idiot mais ces reptiles au flegme incomparable trouvent le moyen de me redonner le sourire.

Ça va mieux. Je commence à relativiser au sujet de l’ordinateur. Même si cela risque d’être une considérable perte de temps et d’argent, nous avions envisagé ce cas de figure et finalement si nous récupérons les données du disque dur, ce n’est qu’un problème matériel et je refuse de me prendre la tête pour cela, pour l’instant en tout cas.

En rentrant de ma ballade, je retrouve Barth et Anaïs qui semblent tout deux avoir accomplis le même chemin que moi puisqu’ils sont plus détendu que toute à l’heure. L’après midi se termine même dans un bistro autour de quelques bières. Instant de grâce, comme pour conclure une journée morose sur une note positive, Max et Jimmy, duo de guitaristes octogenaire, viennent nous souhaiter la bienvenue avec quelques contines locales. C’est tout en douceur, en légèreté qu’ils grattent leurs cordes, les yeux mi-clos, ils chantent de toutes leurs rides et nous offrent là un bien jolis présent.

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