Mercredi 12 juin 2013

0 km

Ocosingo, Terminal de autobus

N 16°54,328' W 92°05,593'

895 m

Jour 256 – Ocosingo, Terminal de autobus

Barth : Misant sur le fait que l’ordinateur sera prêt cet après-midi, nous quittons l’hôtel à midi avec l’objectif de quitter la ville ce soir en direction du Chiapas. Une douzaine d’heures de bus au programme, autant les faire de nuit…

Pendant qu’Anaïs fait quelques emplettes de tissus et vêtements traditionnels dans le marché, je garde les sacs dans le parc central en attendant que le réparateur ouvre ses portes. Le verdict tombe peu de temps après, l’ordinateur est toujours les entrailles à l’air, un composant à changer qui doit arriver bientôt, tout devrait être prêt vendredi…

Nous voilà donc coincés pour deux nuits encore au minimum, avec la furieuse envie de changer d’air ! Après quelques recherches sur internet, nous décidons de reprendre un bus jusque Tehuantepec, grande ville voisine et un peu plus proche de l’océan ce qui laisse entrevoir la possibilité d’une baignade potentielle. Après une demie-heure de bus et autant de marche, nous arrivons donc dans le centre de Tehuantepec. La première chose qui me frappe en comparaison avec Juchitan, c’est le bruit qui règne ici. Un magasin sur trois est agrémenté d’une sono orientée vers la rue et diffusant au mieux de la pop mexicaine, au pire de la daube américano-industrielle. Il y a aussi ces nombreuses voitures équipées de hauts-parleurs hurlant une réclame publicitaire sur fond de boum-boum, et pour parfaire le tableau, les moto-taxi, qui semblent faits-maison sur la base d’un moteur de tondeuse à gazon extrêmement bruyant…

Malgré tout ça, l’ambiance est accueillante en ce début de soirée. Les nombreuses fresques et collages sur les murs témoignent de l’activité florissante du street-art ici, et les échoppes où manger quelques tacos en dégustant une « agua de fruta » ne manquent pas non plus. Il est déjà tard, le temps de débusquer l’hôtel le moins cher de la ville et de manger un morceau et c’est déjà l’heure de se coucher.

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Fanch : Ocosingo est derrière moi. Je roule en direction de Palanque, une citée peut-être un peu plus importante mais encore une fois, mon objectif n’est pas de visiter la zone urbanisée mais bel et bien de m’en éloigner. Une fois à cette destination, je prendrai un fourgon qui me mènera (si tout,va bien) à El Panchan petit pueblo dans la jungle sur la route du site archéologique qui fait la réputation du coin.

Me voici donc à El Pachan, petit hameau certes touristique mais plutôt tranquille. Plusieurs cabanes sont dispersées dans là forêt et peuplé de néo-hippies en mal d’aventure et de sensations fortes. Pour ma part j’opte pour l’option hamac et déniche un toit de taule, deux poteaux à 10 pesos l’unité, c’est sommaire mais suffisant et économique.

Moi qui suis habituellement d’avantage sensible à la faune qu’à la flore, je suis frappé par la richesse de forme et couleur que la forêt tropicale propose. Des centaines peut être des milliers de végétaux se côtoient avec une grâce sauvage, chacun est à sa place et joue silencieusement son rôle pour former un écosystème complexe. Et rapidement, les rencontres s’enchaîne, un colibri, une grenouille jaune aux yeux écarquillés, un iguane vert et plusieurs lézards, une araignée suffisamment grosse pour couvrir la surface de la paume de ma main. Même si de jour mes entretiens avec ces petites créatures m’enchantent, j’appréhende cette première nuit au coeur d’un monde que je ne connais pas, tout est tellement différent. Au crépuscule, alors que je perds progressivement la vue, mes oreilles prennent le relais, une nappe sonore inonde les environs, quand de jour la vie animale se montre relativement discrète, la nuit, elle se déploie franchement… Je sens de tout mon corps l’activité de mon entourage.

Hier je citais Moebius et Jodorwski, aujourd’hui je replonge de tout mon être dans les descriptions a la fois précises et oniriques de Carlos Castaneda ou de Jan Kounen qui parlait de la jungle comme un lieu de passage vers D’Autres Mondes.

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Anaïs : L’ordinateur n’est toujours pas réparé… ce n’est pas une énorme surprise pour moi, mais Barth veut y croire! C’est quand même son outil de travail. Alors quand le réparateur nous dit que c’est pour demain, je commence à croire qu’ici, « c’est pour demain » est une expression pour dire « Aïe aïe aïe, j’espère que vous êtes pas pressés parce que là, c’est pas gagné, m’étonnerais pas que cette histoire dure des mois… »

Mais Barth continue d’entendre « c’est pour demain! » quand on lui dit « c’est pour demain! »

Nous décidons quand même d’aller un peu plus loin pour voir si on y est, et nous prenons un bus pour Téhuantépec. Ca fait du bien de changer d’air. On reviendra aux nouvelles après-demain, et nous verrons si mon scepticisme sera mis à l’épreuve par un réparateur à l’allure débonnaire mais peut-être un génie de l’informatique camouflé sous un un masque de surfeur à la chevelure hyper-laquée …

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