Mercredi 31 octobre 2012

25 km

Port de Gujan

N 44°38,648' W 1°04,645'

m

Jour 32 – Port de Gujan

Fanch : Françoise, une petite dame pleine de vitalité nous a logés sans même connaître nos prénoms… Alors que certains missionnent la gendarmerie pour vérifier nos identités de malfrats potentiels, d’autres nous hébergent spontanément sans nous demander de justificatifs de domicile. Je me demande parfois ce qui différencie, ce qui sépare ces deux raisonnements diamétralement opposés. Nous évoquons vaguement le sujet avec Françoise ce matin, devant un café noir. Il faut se rendre à l’évidence… On flippe, on a peur des étrangers, des manouches, des punks, des clodos, des jeunes, des rastas, du voisin qui ne sourit jamais, du mec qui parle tout seul et des cyclistes voyageurs. J’ai parfois l’impression que mon pays natal ressemble à un train fantôme de fête foraine. On y prend un ticket pour avoir faussement peur, tout le monde sait pertinemment que l’acteur planqué sous un déguisement de squelette phosphorescent ne nous tranchera pas la gorge avec son poignard en plastique souple. A croire que nous nous inventons des peurs pour obtenir quelques sensations et pour finalement se sentir en sécurité. Pardonnez moi si je ne prends pas de pincettes en écrivant ces mots, j’ai conscience que tout n’est pas rose et qu’il existe réellement des personnes dotées de mauvaises intentions, mais il ne faut pas confondre vagabond et tueur en série. Je m’emporte, alors que notre sympathique Françoise nous propose, en descendant vers le sud, de faire étape à Biscarrosse dans sa maison de vacance. En voilà une belle leçon de confiance et d’hospitalité.

Direction sud ouest vers la dune du Pilat que ni Barth ni moi ne connaissons. C’est à 55 bornes de notre petit déjeuner, sur les rives du bassin d’Arcachon et au milieu du port ostréicole de Gujan que nous mangerons notre repas du soir.

Barth : Il est 10h quand nous terminons de ranger les sacoches et de nettoyer l’appart, l’heure de faire nos aux-revoirs à notre hôte. Une fois assis devant une tasse de café, une carte des Landes étalée en guise de nappe, nous en apprenons un peu plus sur Françoise puisque c’est son nom. Grand-mère formidable qui a donné sa voiture pour ne se déplacer plus qu’en vélo ou en train, et qui quand nous lui annonçons enfin que nous sommes en train d’entamer un tour du monde, s’empare de la mappemonde posée sur la commode du salon ce qui a pour effet d’attrouper ses trois petits fils. La conversation aurait pu se poursuivre longtemps, mais il est déjà tard et nous avons tous beaucoup à faire.

200 metres plus loin nous rencontrons un couple de vélocyclistes couchés, chauffeurs de bus tous deux, qui nous aborde très directement pour nous féliciter dans le choix de nos montures. Je commence petit à petit à croire que le monde du vélo, qui plus est « couché », est une sorte de société parallèle secrète.
20 km avant le pique-nique sur une stèle en bord de route, puis 35kms dans l’après-midi, dont 20 en ligne droite dans un paysage de landes, de pins, de zones commerciales et résidentielles. Pour la première fois je sors les écouteurs pour écouter un podcast sur les robots tout en pédalant sous un soleil radieux.
Plus on approche du bassin d’arcachon, plus la densité des habitations et des terrains cloturés augmente. ça va être chaud pour le camping sauvage ce soir et pas une seule ferme à la ronde pour trouver une grange… Après avoir louché sur un petit terrain de foot, nous finissons par atteindre la rive du bassin au couchant, dans le petit port ostréicole de Guzan. Il y a encore de l’activité quand nous posons pied à terre, le temps de souffler un peu et de faire quelques photos. Le bivouac et le diner se déroulent rapidement dans la fraicheur qui s’abbat tandis qu’une lune rouge sang se lève à l’horizon. L’endroit est très cinématographique !