Jeudi 7 novembre 2013

40 km

Square d'Otay, Tijuana

N 32°31,618' W 116°58,678'

138 m

Jour 404 – Square d’Otay, Tijuana

Fanch : Ce voyage est incroyable. Après une nuit de bus épuisante et au matin, un manque de sommeil évident, mon dérailleur me fait encore des misère dès les premiers kilomètres sur le sol de Tijuana. Alors que nous sommes à 6, 7 bornes du centre ville, je perds une pièce sur la route, rien de méchant mais suis dans l’incapacité de pédaler. Nous n’avons pas vraiment de plan pour dormir, pommés et fatigué on pourrai qualifier notre arrivé à la ville frontalière de fiasco.

Le tout est de trouver une connexion internet pour vérifier si notre pêche au contacts d’hier a été fructueuse. Dans cette zone commerciale, nous avons le choix entre Starbuks et Macdo, un besoin urgent de caféine nous pousse vers le premier. Une fois les appareils connectés au cyber-réseau, nous découvrons un message de Robi et parvenons à le contacter… C’est à partir d’ici que les chose vont s’arranger.

Robi, c’est un pote de Franck qui, il y a quelque jour, nous a hébergé à la Paz mais aussi et évidemment, d’Ernesto et d’Augustin de Bicitekas… On reste dans le réseau des cyclistes activistes.

Il arrive un heure plus tard au volant d’une imposante machine, du genre pickup monté sur d’énormes suspensions (chose plutôt courante par ici) . Et que dire… Rapidement, nous embarquons nos montures à bord du monstre mécanique et, nous n’avons plus qu’à nous laisser guider. Première étape, nous faisons rapidement le tour du centre, écoutant attentivement les commentaires de notre « sauveur ». Deuxième étape, on passe rapidement chez son pote Daniel, le maestro du bicy qui en quelques minutes remet en état mon dérailleur, gratuitement s’il vous plaît! Merci Daniel! Troisième étape, toujours à bord du monstre, Robi nous emmène au restaurant de sa pote Gabi qui nous offre nos menu en échange de quelques pauses photos auprès de nos bécanes. Quatrième étape, nous poussons un peu plus loin, jusqu’à la limite nord de Tijuana d’ou nous avons une vue imprenable sur le mur qui sépare le Mexique des États-Unis, un mur qui se prolonge sur plusieurs milliers de kilomètres.

Ce mur de fer me rappelle celui de Melilla, séparant cette ville espagnole du continent africain mais il me replonge plus loin dans vieux souvenirs, quand plus jeune, je fut marqué en découvrant les ruines du mur séparant l’Allemagne de l’Est de l’Allemagne de l’Ouest. Étrange, je n’y avait plus songé depuis très longtemps mais à cet instant précis, des images, voir des sensations me reviennent brutalement. Comme si ce jour c’était déroulé hier alors que je n’avais pas 8 ans. Tout d’abord, plusieurs dizaines de croix blanches sont fixé à la palissade. Sur chacune d’entre elles, on peu lire le nom de celui qui au péril de sa vie, tenta de franchir la limite. L’image est forte, poignante. Nous faisons halte un peu plus loin, sortons du pick-up quelques instants comme si nous avions besoin de nous recueillir. Cette frontière est particulière et dégage quelque chose que je ne peux qualifier. Comme pour immortaliser ce premier contacte avec la muraille, nous décidons de tenter un haïku, silence ou pas, ça tourne.

Ou en étais-je, ha oui, cinquième étape, on file prendre un douche chez notre nouvel ami et en profitons pour faire la connaissance de Kelvin, son oncle, un personnage atypique qui nous met rapidement à l’aise en nous offrant deux chelitas (servecas d’un litre), il semble ravi de discuter avec deux étranger, ça tombe plutôt bien, nous aussi!. Sixième étape, nous filons chez Julio, un ami artiste-photographe de Robi qui nous hébergera ce soir. Septième étape, un peu d’écriture et une sieste d’une bonne heure.

Et ce n’est pas fini, nous arrivons le jour de la rodada, qui s’avère être une occasion en or pour découvrir autrement Tijuana. C’est donc la huitième étape. Nous sommes apparemment les invités d’honneur! Tout commence au parc public avec une courte présentation de Geocyclab, une cinquantaine de cyclistes nous encercle et une centaine d’oreilles nous écoute attentivement. Si j’ai bien compris, l’itinéraire choisi par Robi est tracé pour nous faire découvrir le meilleur de Tijuana by night, l’avenue révolution, le quartier rouge (entendez quartier rose), nous faisons une halte sur le Garibaldi de Tijuana ou les mariachis entonnent la cantonade. C’est d’ailleurs à ce moment que nous nous faisons alpaguer par une équipe de télévision (national il me semble), je laisse Barth prendre la parole, il recevra un baiser de la charment présentatrice en échange de ces quelques paroles. Enfin bref, nous sommes accueillis comme des princes, à peine 12 heure après notre arrivée et je porte déjà Tijuana dans mon cœur… Et je crois bien que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Affaire à suivre.

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Robie

Robie

L'oncle de Robie

L’oncle de Robie

Barth : Encore une nuit éprouvante en bus entre une nouvelle fouille intégrale vers une heure du matin et un froid de canard sans doute lié à l’altitude. Mais c’est la dernière fois avant un bon bout de temps normalement, nous allons maintenant reprendre le rythme de croisière du pédalage. Mais pour l’heure, Tijuana nous voilà !

Une fois les vélos remontés, nous entreprenons de regagner le centre ville avec pour objectif un café, un petit dej et une connexion internet pour savoir où nous allons passer la nuit. Au bout de cinq kilomètres, le dérailleur de Fanch se brise en pleine montée, sans doute suite aux manœuvres maladroites des douaniers nocturnes. Nous sommes bloqués, heureusement à deux pas d’un Starbuck Café où nous reprenons nos esprits et bien vite de l’espoir en découvrant les derniers messages de Robie, un ami de Franck qui a l’air de vouloir nous prendre en charge. Une fois notre situation exposée sa réponse est on ne peut plus simple : « Ne bougez pas, j’arrive en pick-up dans une heure. » Ouf !!!

Une heure plus tard nous faisons donc la rencontre de Robie, cycliste militant et journaliste, qui nous fait peu à peu comprendre que le programme de notre journée est déjà bouclé. On commence par une petite visite à l’atelier de son ami Daniel, le meilleur mecano vélo de Tijuana qui règle le problème de dérailleur en quelques tours de clé à molette. Puis direction le petit restaurant de Daniela, une autre amie de Robie qui nous offre un délicieux hamburger ne plus d’un accueil chaleureux ! Décidément la sulfureuse Tijuana cache bien son jeu… Robie nous emmène ensuite, toujours à bord de son pick-up, sur les hauteurs de la ville d’où nous découvrons la surréaliste frontière qui protège les maîtres du monde de l’invasion des populations latines venues du sud du continent. D’un côté la ville de Tijuana, accrochée sur les flancs de montagnes plus ou moins verdoyantes, de l’autre une étendue désertique survolée par des hélicoptères, et entre les deux un mur qui prend naissance dans l’océan qu’on aperçoit à l’horizon pour rejoindre l’autre bout du continent à quelques milliers de kilomètres à l’est. Nous aurons l’occasion d’y revenir…

Une douche et une bière partagée avec l’oncle de Rubie dans la maison familiale où il vit et nous rencontrons ensuite Julio, couch-surfeur, cycliste et photographe qui nous hébergera cette nuit. Enfin un moment de répit pour se détendre et se reposer un peu avant la suite du programme, à savoir une rodada à vélo en début de soirée…

Vers 19h30 nous retrouvons donc Robie et une cinquantaine de cyclistes au point de départ de la rodada où nous sommes officiellement présentés. Une vingtaine de kilomètres entre le quartier d’Otay et le centre de Tijuana avec un passage obligatoire par la rue des prostituées qui n’a pas grand chose à envier à la rue St Denis de Paris, et où nous sommes salués par quelques aubades musicales, interviewés à chaud par une chaîne de télévision nationale, etc..! La rodada prend peu à peu la forme d’une sorte de visite organisée en notre honneur par des gens que nous ne connaissions pas du tout quelques heures avant, j’en suis tout ému. Robie autant que Julio nous explique combien cette image stéréotypée de Tijuana en tant que capitale du crime, des narcos et de la prostitution n’est plus représentative de la réalité. Depuis quelques années, la vie culturelle et associative s’est énormément développée et ils tiennent à nous le faire savoir. Ça tombe bien, c’est une des raisons de notre voyage, de regarder les choses autrement qu’au travers des fantasmes télévisuels qu’on nous sert au fin fond de la France ou d’ailleurs. Nous allons dons passer le maximum de temps ici mais pour le moment il faut vraiment qu’on récupère un peu de la fatigue des derniers jours. Demain le programme s’annonce chargé !

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Haiku 050 – Mexican dream

Pour ne rien manquer, nous vous conseillons l’usage d’un casque audio pour le visionnage de cette vidéo.