Dimanche 10 novembre 2013

50 km

Extrême nord ouest mexicain

N 32°32,067' W 117°07,371'

3 m

Jour 407 – Extrême nord ouest mexicain

Barth :Les cloches de l’église toute proche me tirent du lit de bonne heure ce qui me laisse un peu de temps pour finir de préparer la synchronisation du site pendant que Fanch fignole ses ronflements matinaux. Un café, quelques gâteaux en guise de petit déjeuner et nous décollons sur nos montures pour retrouver Julio à une poignée de kilomètres de là en vue de notre escapade dominicale. Nous arrivons au même moment que lui au point de rendez-vous, à dix heures pétantes alors que le soleil est déjà haut dans le ciel. Son amie Maribel nous escorte en voiture et ce n’est pas du luxe car pour rejoindre la plage de Tijuana nous empruntons une quatre-voies qui longe la frontière jusqu’à l’océan.

Deux bonnes grimpettes sous le cagnard et dans les gaz d’échappement, une vingtaine de kilomètres au compteur, ça se mérite la plage de Tijuana ! Nous arrivons en nage à notre objectif sur le coup de onze heures. C’est le point où le mur frontière qui sépare les USA du reste de l’Amérique plonge dans l’océan. Il va sans dire que si cette frontière visible semble disparaître sous la houle du Pacifique, la surveillance des fonds-marins est assurée jour et nuit par des sous-marins et nageurs marines, d’après ce que nous raconte Julio. Mais ce qui nous intéresse spécialement aujourd’hui c’est l’événement qui se tient dans l’ancien Parque de la Amnistad, autrefois zone neutre entre les deux pays où les familles séparées pouvaient se rencontrer, et aujourd’hui séparé en deux par le mur. Daniel Whitman, un activiste américain y organise régulièrement des sortes de happening, aujourd’hui une séance de yoga avec des participants de part et d’autres de la ligne. Et nous assistons également à une partie de jardinage, là encore coupée en deux par la vulgaire muraille d’acier… Un beau pied de nez à cette mascarade géopolitique qu’est la sur-protection des pays du nord, ici comme en Europe où la méditerranée fait office de mur de manière tout aussi meurtrière…

Tout ceci ne nous empêche pas pour autant de passer un agréable après-midi entre soleil, air marin, tacos de crevettes, et café en terrasse à deviser sur l’avenir du monde avec Julio et Maribel. Nous faisons par hasard la rencontre de Frank, un français vivant à San Diego qui nous propose de passer la nuit chez lui quand nous aurons passer la frontière le lendemain ! Il y a des fois comme ça où on a même pas besoin de tendre le pouce pour être pris en charge, la magie du voyage ! Une fois le soleil disparu derrière l’horizon, nous reprenons le chemin de la ville et après avoir partagé un dernier tacos avec Julio, nous lui disons donc au-revoir avec la promesse de se revoir tôt au tard. puis direction notre appartement pour une bonne douche froide avant de trouver refuge dans un immense restaurant chinois qui à défaut de proposer une nourriture raffinée, a l’avantage de disposer d’une connexion wifi afin d’y terminer la synchronisation du site et relancer un peu nos contacts de l’autre côté de la frontière. Nous passerons demain matin, si tout va bien. Dernière nuit mexicaine, après cent soixante-douze jours passer dans cet immense pays…

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Fanch : Nous retrouvons Julio et son amie Maribel, Julio l’artiste au maillot jaune que nous accompagnons dans une course folle d’une bonne vingtaine de bornes jusqu’à l’extrémité Nord Ouest de Tijuana, autant dire du Mexique, à l’endroit exacte ou la muraille plonge dans l’océan Pacifique. Aussi affligeante et absurde soit elle (quoique tout le monde ne semble pas de mon avis), cette frontière, on ne peut plus physique, est à mon sens fascinante. Un mur contre l’invasion de l’Eldorado.

Nous sommes à quelques mètres de la plage de Tijuana, un lieu ou l’on vient se promener en famille, ou les mômes aiment à imaginer les plus beaux châteaux de sable et ou les amoureux viennent admirer l’horizon. Rien de très original, excepté ce mur de 5 mètre de haut qui vient finir sa course au milieu de l’immense étendu de sable et qui ne semble déranger personne. Il paraît simple de le contourner mais apparemment et d’après les noms inscrits sur quelques uns des large barreaux du mur, beaucoup y ont laissé  leur peau…

Mais cette frontière génère un certain nombre d’actions dont je ne soupçonnait pas l’existence auparavant. Daniel Whiteman, un ami de Julio, en est certainement l’initiateur. Leader d’un petit groupe de militants, il organise aujourd’hui un cours de yoga d’un genre particulier puisque qu’il est ouvert et destiné aux personnes des deux « côtés ». Outre le professeur, 4 personne sont allongées à l’extrême sud de la Californie américaine, 3 autres à l’extrême nord de la Baja California et chacune d’entre elles écoutent et se laissent bercer par les paroles monocordes du maître yogi. L’étonnante action poétique, à la limite de la performance peut prendre d’autres formes, jardin collectif, cours de salsa, battle de musique…  J’essaierai prochainement d’en savoir un peu plus sur ce phénomène et sur Daniel Whiteman car je n’arrive malheureusement pas à saisir l’ensemble de ce que nous explique Julio. Tout ce que je sais d’autre, c’est que nous sommes à l’unique point de la séparation ou peuvent se rencontrer, parler et se toucher du bout des doigts deux personnes séparée par la ce rideau de fer.

Après avoir discuté jusqu’au couché de soleil, nous rebroussons chemin et il nous faut dire au revoir à nos amis. Comme à chaque rencontre, nos routes se séparent. Merci Julio, merci pour tout, tu auras marqué notre court mais intense séjour à Tijuana. Mucho gusto y hasta pronto… Seguro regressamos!

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Haiku 051 – Amistad

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