Lundi 11 novembre 2013

35 km

Frontière

N 32°32,481' W 117°01,622'

19 m

Jour 408 – Frontière

Fanch : Robie arrive au volant de son pickup, nos affaires sont prêtes, il n’y a plus qu’à les charger à l’arrière du véhicule. Direction, la casa familiale pour un dernier desayuno mexicain, en famille s’il vous plaît. Oeufs, fromage, tortillas, frijoles (haricots rouge), tout est là pour que nous ne regrettions rien. L’accueille des parents de Robie est à l’image de celui des Tijuaneros, simple, chaleureux et généreux.

Prochaine étape, la frontière et c’est Robie qui nous y conduit. Nous harnachons rapidement nos montures puis saluons notre ami. Une dernière fois Robie et sincèrement, au vue de ta générosité sans limite, des surprises que tout nous a réservé et de ta disponibilité, c’est du fond du cœur que nous te remercions.

Nous voici dans la file d’attente celle qui, si tout se passe bien, nous mènera de l’autre côté. J’avoue ne pas trop m’inquiéter, mais avec la légendaire paranoïa de l’immigration américaine, je préfère ne pas déclarer la partie gagnée.

Et c’est déjà avec une certaine nostalgie que j’entame mentalement mes adieux. Ah Mexico… Que dire? Il s’en est passé des choses avec toi, du temps d’abord, presque six mois passés en ta compagnie, des rencontres ensuite, profondes et sincères, des surprises, bonnes et parfois mauvaises, beaucoup de découvertes, des paysages inoubliables, vert, gris, jaune, bleu, quelques déceptions mais d’avantage de sourires. Je n’ai aucunement l’intention de résumer notre épisode mexicain, mais je voudrai juste, encore un fois remercier les personnes qui nous ont aidés à résoudre nos problèmes informatiques, ou plutôt, qui ont réussi à  transformer cette petite galère en épisode de vie, vrai et intense. Nous laissons donc une bande de pote dernière nous que j’espère vraiment avoir la joie de revoir un jour… On se retrouvera amigos, on se retrouvera… D’ici là, porte toi bien Mexico, fait attention à toi et, sans déconner, fait pas le con. Ton peuple t’aime, il croit en toi mais il a aussi besoin de toi, ne le déçoit pas et veille sur lui…

La nostalgie s’efface au moment de passer au checkpoint. Tout se passe relativement bien, l’agent d’immigration a d’avantage tendance à se foutre de ma gueule qu’à me poser les questions auxquelles je m’attendais. Il feuillette rapidement mon passeport avant de me laisser passer. En revanche pour Barth, ça ne se passe pas si bien, rien de méchant mais il doit faire demi tour pour se faire tamponner son passeport et payer une taxe d’entré. Pourquoi lui et pas moi? Cela restera un mystère, j’espère juste que je suis en règle (sans faire de zèle, j’ai vérifié auprès d’un agent, apparemment oui) et que je pourrais sortir du pays sans subir d’interrogatoire particulier…

Bon, autre chose, il va falloir switcher de langue et je vous avoue que l’affaire n’ai pas gagné… Après six mois d’espagnole… Parler anglais… Enfin bref, durant les quelques premiers jours je risque bien de parler un anglais plus qu’approximatif, un petit retour sur les bancs d’école (en classe de sixième) ne serait pas superflus.

Ici on ne dit pas mètres, on dit miles, le diamètre des pizza se compte en « Inch », les personne que j’accoste poliment pour chercher notre chemin hésitent à me répondre, on ne dit pas shela, on dit beer, bref, il va falloir s’y faire. Welcom to California, les aventures de Geocyclab  continue aux United States of America!

Nous arrivons chez Franck, franco-américano-autrichien, qui vit depuis 15 ans en Californie et que nous avons rencontré hier sur la plage de Tijuana. Il s’est fait happé par la vie d’ici suite à ses dernières années d’étude et bosse depuis en tant que free-lance dans l’audio-visuel pour des boites du genre Playstation… Accompagné de son amie et après s’être remis à neuf, nous partons pour un restaurant grill du genre « restaurant branché des 15’s ». La déco n’a appartient pas bougé depuis cette époque, le jukebox est toujours là et le principe de fonctionnement de la maison est resté le même. On te donne un bout de bidoche fraîche, un barbecue est à ta disposition et tu te démerde toi même… Apparemment ça marche et j’avoue avoir passé un agréable moment gustatif. Merci Franck!

IMG_5745IMG_5744

Barth : C’est le grand jour… Une fois les affaires et les sacs bouclés sur nos vélos, nous patientons un peu le temps que Robie arrive pour que nous lui laissions les clés de l’appartement et bien sûr pour lui dire au-revoir comme il se doit ! Notre ami débarque avec un léger retard et nous propose sans détour de passer chez lui pour un dernier petit déjeuner mexicain. Nous n’avons pas vraiment de raison de refuser et chargeons donc tout notre barda dans le pick-up pour gagner du temps.

Quelques instants plus tard nous voici attablés en compagnie des parents de Robie, de sa sœur et de son beau-frère, pour un copieux petit déjeuner. Robie nous offre des gilets fluos, des tiges flexibles, des bracelets aux couleurs de son association Otay en Bici… Nous papotons un peu avec ses parents, mais l’heure file et il est temps de prendre la route de la frontière… Robie nous dépose à quelques dizaines de mètres de la file d’attente. Le temps de recharger nos vélos et nous faisons nos adieux à cet incroyable hôte, qui nous a assuré un séjour à la fois tranquille et intense durant notre trop court passage à Tijuana. Merci encore amigo ! On se revoit un jour c’est certain.

L’attente ne dure pas trop, les services de douanes sont plutôt extrêmement bien organisés aux USA. En revanche un paradoxe administratif se produit qui nous fait perdre un peu de temps. Fanch est passé en premier et se retrouve sans autre formalité de l’autre côté de la barrière. Pour ma part, je gagne un tour gratuit par la case départ, avec le droit de me délester de quelques dollars pour obtenir un tampon supplémentaire… Oui, parce que lors de notre escale aérienne à Washington nous sommes rentrés sur le territoire américain le 22 mai précisément. La durée de notre séjour autorisée étant limitée à 90 jours il était donc normal de renouveler notre autorisation. Mais je voudrais que quelqu’un m’explique comment en faisant strictement le même voyage, nous avons le droit à deux réponses différentes Fanch et moi ??? Je hais l’administration, et ce genre d’expérience ne m’inspire que dégoût et rage… Dans notre cas rien de grave, mais qu’en est il de toutes ces personnes aux situations bien plus précaires…

Quoiqu’il en soit nous sommes donc aux States, et le décor change radicalement. Le goudron est de velours, ça sent la junk-food dans l’air et les 25 kms qui nous séparent de San Diego traversent une immense zone commerciale qui parait infinie… Nous arrivons dans le centre sur le coup de 17h30, le soleil est en train de disparaitre derrière les buildings de verre et d’acier, la fatigue, le froid et ce saut culturel m’ont aspiré mes dernières forces… Nous trouvons refuge dans un restaurant pour grignoter un bout, et prendre des nouvelles de Franck pour le rejoindre chez lui.

Après quelques kilomètres dans la nuit pour rejoindre les hauteurs de la ville nous sommes accueillis comme des amis par Franck et sa compagne. Le temps de boire une bière et de prendre une douche chaude (ça faisait tellement longtemps) et nous sommes entraînés par nos hôtes dans un petit restaurant au style 50’s, dans lequel nous nous régalons d’une bonne pièce de viande à faire griller soi-même sur le barbecue central. Nous avons changé de monde et la discussion avec Franck qui se poursuit tard chez lui nous donne quelques clés de lecture sur ce qui se passe en Californie, en comparaison avec la réalité mexicaine qu’il connait bien aussi. San Diego est une ville sortie du désert il y a un peu plus d’un siècle et où les dollars pleuvent depuis un bon moment, et malgré le confort de vie qu’on peut y trouver, Franck nous fait part de sa nostalgie pour le vieux continent, la France et l’Autriche particulièrement…

IMG_5743IMG_5741