Jeudi 21 novembre 2013

0 km

Centinela Avenue, L.A.

N 33°59,507' W 118°25,313

86 m

Jour 418 – Centinela Avenue, L.A.

Fanch : Je réalise aujourd’hui comme cette aventure est différent de tout ce que j’ai pu réaliser auparavant. Forcément. Mais ce que je ne savais pas c’est à quel Geocyclab modifie doucement ma façon de travailler. J’avais jusqu’à lors le réflexe inconscient d’utilisé le tremplin de la spontanéité pour me mettre à l’oeuvre. Les différentes étapes nécessaire à la conception et à la production d’une installations devait s’effectuer dans un un temps très court. Pourquoi? En générale, j’ai tout simplement besoin de la passion qui découle d’une idée pour produire. Si entre la conceptualisation d’une oeuvre et sa mise en forme il s’écoule un laps de temps trop important, alors j’ai tendance à trop réfléchir ce qui me mène à perdre confiance en moi et fatalement ma motivation décroît. Je me lasse et ne trouve plus de sens à ce que je fait. J’aime la spontanéité et l’improvisation mais cette manière de faire me force (toujours à mon insu) à prématurément cristalliser l’idée puis à l’enfermer dans une forme définitive ne lui laissant pas la possibilité d’évoluer. L’idée germe mais se fige trop vite.

Geocyclab me pousse à voir les choses sous un autre angle puisque, (ce que je n’ai pas complètement réalisé avant), cette aventure s’apparente à une véritable course de fond. Une performance de 3 ans qui m’oblige à laisser les portes grandes ouvertes quant à la forme finale de nos productions. Je m’interroge donc sur la véritable identité de ce projet au long cours, qui vu d’ici n’a pas encore de fin. J’interroge le fonctionnement de notre atelier mobile et mon rôle dans celui ci. Beaucoup de questions glissent dans mes pensées, mais je leur trouve de plus en plus de réponses, non définitive certes, mais je sens que j’avance, à pas de loups.

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Barth : Je ne m’étais pas trompé, le professeur Les Howard nous a répondu, et d’une manière on ne peut plus accueillante ! Nous sommes les bienvenus sur le campus de Whittier où il enseigne à l’est de Los Angeles. Il nous propose de nous lôger, nous parle de différents contacts entre arts, cyclisme et open-source, et nous fait savoir qu’il serait peut-être possible de nous faire rémunérer raisonnablement pour l’organisation d’un petit événement sur le campus ! Voilà qui sent bon la reprise des aventures et qui nécessite un peu de temps pour rédiger une réponse à la hauteur de ces encouragements.

Les journées passent très vite, avec un levé vers 9h et la nuit qui tombe à 17h30, la marge n’est pas grande surtout quand il ne fait pas beau comme aujourd’hui. Il y a pas mal de choses à penser, à planifier, à organiser, on est donc bien loin de s’ennuyer même si l’envie d’aller enfin visiter un peu plus le nouveau monde où nous sommes. Ce soir, histoire de changer d’air malgré la pluie, Eric et Nicole nous embarquent au « Barber shop », un bistrot branché installé en arrière boutique d’un salon de coiffure à l’ancienne. C’est un exemple d’une mode actuelle consistant à ouvrir des bars dans le style de l’époque de la prohibition… Clandestino style quoi ! Mais une fois dans le bar, la musique trop forte, les gens qui s’arrachent les cordes vocales pour tenter de tenir une conversation, et le prix des bières (qui ne sont pas clandestines pourtant) nous fait rentrer pas trop tard. Nous prenons le temps d’exposer à Eric les plans qui se dessinnent pour la suite de notre séjour à Los Angeles et il nous propose directement son aide pour déménager ! Sacré Eric !

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Anaïs : Aux États-Unis depuis 4 jours, mon premier constat, influencé par le décalage horaire et la fatigue, est sans appel: « gast! C’est comme dans les films, Crénom! » Et notre hôte me permet une mise en abîme intéressante puisqu’il travaille dans l’industrie du cinéma. C’est donc un film tout chaud sorti du four, sur lequel il a travaillé, que nous avons regardé hier soir: Life of Pi, qui comme son nom ne l’indique pas, retrace la vie de Piscine, alias Pi, un indien, et sa folle épopée de 227 jours sur l’océan suite au naufrage de son navire. Une jolie fable sur la spiritualité et la fictionnalisation du réel. Ce film est tiré du roman du même nom, de Yann Martel, un auteur canadien. Et cette transcription en image aura valu 3 academic awards à Eric et ses collègues pour les effets spéciaux. Le deuxième personnage principal, à savoir un tigre du Bengale appelé Richard Parker, les décors, l’océan, tout est virtuel, et il faut bien avouer que le résultat est particulièrement bluffant. Eric nous a expliqué que ce film a mis du temps à voir le jour (le livre est sorti en 2001) et plusieurs réalisateurs ont été pressenti mais ont refusé, c’est finalement Ang Lee qui a décroché la timbale, et il a eu un mal de chien à réunir une équipe et des financements parce que personne n’était assez fou pour s’embarquer sur un film d’une heure et demie avec quasiment pour uniques personnages Pi l’Indien, un tigre, et l’océan! Mais Eric trouvait ça « fun »! Le grand enfant qu’il est adore relever ce genre de défis un peu « crazy », et ça lui va bien!

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