Samedi 10 novembre 2012

45 km

St Jean de Luz

N 43°23,427' W 1°41,149'

5 m

Jour 42 – St Jean de Luz

Fanch : Un petit déjeuner digne d’un grand hôtel. Après une nuit relativement agitée, Olivier nous offre de quoi reprendre des forces avec en prime, une douche chacun et un itinéraire tracé jusqu’à Bilbao. Merci Olivier pour cet accueil formidable ainsi que pour tes conseils précieux, nous serions bien restés un peu plus longtemps histoire de voir voler ta surprenante machine mais l’Espagne nous fait de l’œil depuis un bon moment déjà, il est temps pour nous de reprendre la route.
Et voilà.

Se dire qu’en l’espace d’une seul seconde il est possible de changer de langue et de culture reste pour moi quelque chose d’extraordinaire. Entre Henday et Irun, il n’y a qu’un pont, une riviere. D’un coté, je suis chez moi, je foule un espace plus ou moins connu. Je peux encore demander mon chemin, discuter avec une personne qui m’interpelle, mes repères culturels sont établis et me permettent une lecture sereine de mon environnement. De l’autre coté du petit pont, tout bascule. Je me surprend en observant le monde qui m’entoure, je suis dans une ville semblable à beaucoup d’autre mais mon regard a changé… Je suis redevenu un môme. Je ne sais plus à qui adresser la parole, j’appréhende les contacts avec la population local, j’ai tendance à rouler sur les trottoirs et à éviter la chaussée. J’observe attentivement les panneaux de signalisation et de publicité, regarde les passants en me demandant quelle est leur langue maternelle. Déjà de nouvelles sonorités m’envahissent, les sirènes de la guardia civil et des passages piétons. Mes sens sont en éveilles, le dépaysement commence… enfin.

L’objectif de la fin de journée est de trouver un lieux calme pour y dérouler nos matelas auto gonflant et ça ne s’annonce pas très bien. Fanchic qui maîtrise raisonnablement l’espagnol se renseigne, je me contente de décrypter tant bien que mal les visages des personnes interrogées, force est de constater que notre bonheur n’est pas a porté de main. Et c’est peu dire, il est 11h30 et après plusieurs tentatives tombées aux oubliettes, nous décidons d’aller jeter un coup d’œil au sommet d’une de ces montagnes ( je ne peux plus dire collines à ce niveau ) que la majorité des touristes visitent via le funiculaire de la ville… J’ai grimpé comme je n’ai jamais grimpé… Ouf, c’est bon.

Je lance à Fanchic qu’il n’est pas normal de galérer autant pour déceler un dortoir de fortune. Dormir n’est pas un droit, c’est un besoin vital et toute personne sur cette terre devrait pouvoir s’assoupir quand il le souhaite, où bon lui semble. Nous n’appréhendons pas d’être agressé, pas ici en tout cas, le seul problème est que nous serions désolés de ne rien pouvoir faire devant les autorités locales et que nous aimerions autant ne pas avoir à nous y confronter. Dans la logique du Libre, il devrait exister un site web doté d’une carte interactive où seraient indiqués les bons coins où dormir en milieu urbain. Encore quelque chose à mettre en place si ce n’est pas déjà fait (si c’est le cas, faites le nous savoir ).

Fanchic : Le jour se lève, bleu, pétant d’énergie. Première halte chez Olivier, rencontré la veille. Il nous paye le petit déjeuner et une douche. La proposition n’est pas dûe à notre odeur corporelle (quoique…), mais notre hôte a réalisé plusieurs périples en vélo et connaît les besoins du cycliste voyageur. Les premiers coups de pédale sur la corniche, reliant Saint Jean de Luz à Hendaye, sont une bonne mise en jambe, vent fort de face et montagne russe sur cette côte ciselée.

Puis voilà, c’est fait, la frontière est passée. Les rues d’Irun sont quasi vides, la pluie nous cingle le visage. Un plein de cigarette (pas con avant d’aborder la montagne!), un sandwich au foie gras ( à peine une heure en Espagne et déjà une crise de nostalgie culinaire…) et nous repartons vers San Sébastian.
Quelques « buen camino » saluent notre passage. Les bars prennent de la consistance sonore. J’avale une Cruzcampo fadasse. Bien au chaud sur mon vélo, l’ibère-nation peut commencer…