Dimanche 18 novembre 2012

20 km

Burgos

N 42°20,400' W 3°42,238'

832 m

Jour 50 – Burgos

Fanch : L’hypothèse de l’ascension d’un col n’est pas encore écartée mais nous allons quand même nous renseigner sur les tarifs et horaires de train dans le village voisin. La ligne pour Miranda Del Ebro n’accepte pas les vélos, mais par chance, nous tombons sur le chef de gare le plus attentionné d’Espagne qui en plus de nous offrir le café, va tout tenter pour convaincre le contrôleur de nous accepter à bord d’un de ses wagons. Échec. Alberto, notre chef de gare préféré peine à s’en remettre et se triture les méninges pour nous aider. Nous lui parlons des options qu’il nous restent mais il nous rétorque que l’escalade qui nous attends risque d’être vraiment douloureuse… Il fini par nous en dissuader pour de bon. Après quelques coups de téléphone il nous propose de retourner à Bilbao pour y prendre un bus qui nous mènera vers Burgos toute en sachant que seul 2 vélos sont tolérés dans les soutes. Nous n’avons pas d’autre choix que de jouer le jeux… retour à la case départ, en croisant les doigts pour que nos trois engins soient acceptés par la compagnie de bus. Ce coup ci, ça passe. Nous roulons vers Burgos, les vélos démonté et bien rangé dans leur soute, sous nos pied. Arrivé à destination, nous partons en quête dans lieu sympathique pour y passer la nuit. Il nous faudra tourner en rond une bonne heure avant de trouver la sortie de la ville et toujours pas de petit coin cosy en vu pour ce soir. Nous arrivons dans un village, il est 21h, toujours rien, pas même un arrêt de bus et la température ne fait que descendre (5°C environs) . Pendant que Barth garde un œil sur le matos, nous entrons dans un rade aux fenêtres embuées pour nous renseigner sur quelques éventuels m2 abrités.  Et là, Rodrigo nous invite chez lui… sans rien nous demander… il fait un feu dans la cheminée nous montre les chambres et repart à sa partie de belote dans l’unique bar de Villariezo…

Barth : C’est la pluie qui me réveille une bonne heure avant le jour… Il faut tout replier rapidement sans prendre le temps de déjeuner pour aller à la gare voir s’il est possible de prendre un train jusque Miranda. Cette option nous évitera un col de première catégorie… Nous sommes pris en charge par le chef de gare qui nous déconseille fortement de passer par le col. Une première tentative pour embarquer dans le train pour Miranda se solde par un échec. Les vélos ne sont officiellement pas autorisés et le chef de train ne veut pas se mouiller au grand désespoir de notre ange gardien. On passe donc au plan B : retour à Bilbao en train pour y prendre un car qui devrait nous emmener jusqu’à Burgos directement… Après un changement nous voici donc munis de nos tickets pour le car de 16H, en espérant que le chauffeur ne fera pas de difficultés pour charger nos trois vélos, dont deux couchés… Nous avons quatre heures à tuer, le temps de manger un morceau et de recharger l’ordinateur dans un bistrot. Nous croisons par hasard un ami de Javi que nous avions vu au cours de la tournée des bars d’il y a deux jours !

Nous embarquons sans souci vers 16h dans un bus ultra moderne équipé de la wifi, télévision et radio..! Les premiers kilomètres nous font découvrir l’interminable ascension dans les nuages que nous aurions du avaler à vélo. Une fois sur le plateau, le soleil couchant perce les nuages et nous voyons apparaître d’un coup la cathédrale de Burgos à l’horizon. Le temps de décharger, remonter et rerégler les vélos, nous filons alors jusqu’au pied de la cathédrale avant de sortir de la ville pour la nuit. De nombreux passants engagent la conversation et nous avons un peu de mal à quitter les lumières de la ville. Une première tentative nous ramène à notre point de départ car nous avons failli nous embarquer sur l’autoroute ! Nous repartons donc visiter une zone commerciale sans fin à la lampe frontale, en vain… Il nous faudra pousser une dizaine de kilomètres plus loin, le ventre vide et dans une nuit glaciale, jusqu’au village de Vilariezo Après avoir fait le tour des environs dans l’espoir de trouver un porche abrité du vent qui nous éviterait d’avoir à monter nos tentes toujours trempées depuis le matin, Fanch et Fanchic tentent une dernière chance au seul bar du village. Ils en ressortent quelques minutes plus tard accompagnés d’un homme qui nous offre le gîte dans l’ancienne maison de ses parents ! Nous passons donc une soirée au coin du feu après un bon repas arrosé d’une demie bouteille de Rioja, avant de nous coucher dans de vrais lits chacun dans sa chambre ! L’hospitalité espagnole dans toute sa splendeur…

Fanchic: Tous les jours je crois que je l’espère un peu, surtout en fin de journée ou en cas de coup dur. Celui que j’attends c’est « l’homme qui tombe à pic » (ou la femme, si si elles peuvent aider parfois! Je rajoute cette assertion, on pourrait me traiter de machiste…). C’est le Saint-bernard du vélocipède égaré (et qui l’a bien cherché). Aujourd’hui il se matérialise deux fois face à nos petits corps tremblotants. Le premier c’est Alberto, chef de gare, incroyable de prévention. Il aurait détourné un train si il avait pu!

Rodrigo est le second. Ils nous sauvent d’une nuit qui nous aurait sans doute transformer en glaçon. Parce que dans le bar ou l’on tente notre dernier atout ils sont beaucoup à se demander ce que l’on fout dans le coin. Mais je crois que dès le début, au regard bienveillant qu’il pose sur nous, j’ai su que ce mec allait nous aider pour de bon. Pendant que ses camarades discutent des solutions qui s’offrent à nous, lui se contente de nous regarder. Et au bout d’un moment il clôt les débats, « allez les gars venez chez moi ». Dès le pas de sa porte franchie, son austérité du départ laisse place à une bonne humeur et une générosité « boulversifiante », et vas-y que je t’allume un feu, te sort une bouteille, te propose tout ce qui existe de nourriture dans la maison. Alors merci à toi et Elvira.

Je crois que je voyage aussi pour ça, pour vivre ces moments ou j’éprouve pleinement les principes de solidarité et de générosité. Ces moments reboostent.