Vendredi 4 avril 2014

35 km

Tanjung Priok, Jakarta

S 06°06,218' N 106°52,891'

3 m

Jour 552 – Un arrière-goût de Jakarta…

Fanch : Les petites habitudes à la française reviennent au galop, soirée ciné, régime alimentaire européen, virées nocturnes dans les bistrots un peu trop huppés de la capitale. Nous ne sommes plus qu’à 50% en Indonésie, je m’éloigne de la vie locale et me sens plus proche de la France. Cette situation particulière est confortable, on peut même dire que ça a du bon de laisser un bout de roquefort fondre sur la langue mais inévitablement, tout cela m’amène de force à questionner le mode de vie nomade, mon intégration et celle des expatriés à Jakarta, j’en arrive à imaginer le retour en France et la phase de rééducation qui va avec…

Ce changement de rythme résonne comme  un « BOOMmmmm » bizarroïde qui suffit à déclencher une petite période de lassitude et de doute… De relâchement en somme. Globalement, ça va, je ne suis pas à la déprime (loin de là) mais mon esprit se laisse aller à la critique facile (négative par défaut) et finalement, je regarde Jakarta en me persuadant que l’humanité ne fera jamais face à ses problèmes en agissant de la sorte, qu’au bout du compte nous sommes en train de griller notre avenir. C’est un discours basique certes mais cette ville orchestrée par Mr. Capitalisme et M. Corruption est un magnifique exemple (parmi d’autres) de l’insouciance de l’excès. L’excès ça coûte cher et c’est ça qu’est bon. La politique et les religions sont deux concepts qui dans leurs fondements étaient destinés à proposer des règles de vie en société. Mais ici pas de bol, l’or transgresse les règles, aussi sacrées soient-elles. C’est juste normal pour tout le monde, à toutes les échelles. Quand tu as de l’argent à Jakarta, tu peux pavaner à gogo, liquider un mec, assouvir de glauques fantasmes sexuels, gober un extasy sous le regard d’Allah sans la moindre culpabilité… Quand tu n’as pas de tunes, à Jakarta? Et bien, tu rêves d’en avoir pour rejoindre la jet set locale. Au delà du code pénal ou  du coran, ce sont simplement les notions de « bon sens » et de « pouvoir » qui sont ici requestionnées. C’est fou, ça fait presque peur et devant un tel spectacle, je pense plus que jamais que le monde manque de sages et qu’à ce rythme on va pas allez loin. Je me lâche un peu, la critique négative est toujours plus aisée, je sais, mais c’est assez grisant…

Bien sur qu’il y a plein de choses intéressantes à Jakarta, c’est juste que dans ce bordel, c’est pas facile de tomber dessus.

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Voilà, c’était mon propre résumé (qui n’engage que moi) concernant l’ambiance de Jakarta. Au delà de cela, je tiens particulièrement à remercier Julien pour son accueil bien plus qu’exceptionnel, ses explications sur le monde dans lequel nous sommes tombés, ses conseils, les soirées Black-Mirror, la bouteille de rouge sur le sommet d’un gratte-ciel, et pour tous ces visages qu’il nous a fait rencontrer. Ju, on se revoit bientôt?

C’est l’heure de lever l’ancre, l’heure des Adieux… Soyons honnêtes, je dis « fuck » à Jakarta, mais je vous salue humblement vous, les peuples indonésiens que j’ai déjà envie de retrouver. Un peu plus de deux mois à rouler sur le bitume défoncé des routes secondaires à collecter vos sourires, à vous regarder droit dans les yeux pour essayer de vous comprendre sans avoir à parler. Merci encore pour votre tolérance religieuse, ça fait du bien à voir, vous êtes probablement un modèle à suivre en la matière. Merci pour votre générosité, pour votre curiosité, pour votre ouverture, c’est clair, ces deux mois en votre compagnie ont marqué Geocyclab. Faîtes gaffe tout de même à ne pas céder vôtre richesse intellectuelle et culturelle à n’importe qui et pour n’importe quoi en retour, un esprit libre est essentiel et irremplaçable, ça ne fonctionne pas comme un smartphone.

Le ferry est là, nous embarquons nos montures pour un long voyage vers un autre pays. Un autre voyage, une nouvelle frontière, de nouvelles découvertes… On est toujours dans la course!