Samedi 24 novembre 2012

70 km

Madrid

N 40°23,164' W 3°42,259'

592 m

Jour 56 – Madrid

Barth : Tout le village est plongé dans une brume épaisse quand nous nous levons, peu de temps avant Luis. Dès le matin, sa bonne humeur et son incroyable enthousiasme nous font regretter de ne pas pouvoir prolonger plus le petit déjeuner. Les discussions reprennent tandis que nous rangeons nos affaires. C’est vraiment un immense plaisir de discuter avec Luis, il prend le temps de s’expliquer, de chercher à comprendre, toujours en rigolant, si bien qu’on en vient à aborder des sujets de conversations très pointus ! Mais nous devons reprendre la route…

Le temps de quelques photos souvenirs, d’échanger nos adresses et pour Luis d’essayer un de nos vélos couchés et nous faisons nos adieux à nos deux anges gardiens puisque Sarah s’est levée juste à temps pour nous saluer. Merci les amis pour cet accueil aussi chaleureux qu’inopiné !

Et c’est parti pour une vingtaine de kilomètres de montagne dans la brume jusque Soto del Real ! Plus de descentes que de montées contrairement à ce qui nous avait été annoncé, nous arrivons donc presque frais et dispos sur la place centrale de la ville, envahie ce samedi par de nombreux groupes de cyclistes qui rigolent bien en voyant nos montures surchargées. Petit café, confirmation de notre couchsurfing du soir à Madrid et nous reprenons la route… Ou plutôt l’autoroute pour vélos ! De Soto del Real, une piste cyclable longe la quatre voies et nous nous retrouvons à pédaler au milieu de centaines d’espagnols en solitaire ou peloton… Malgré quelques côtes, nous filons à vive allure et arrivons vite dans la banlieue de Madrid. Nous sommes descendu de 600m environ et les températures sont beaucoup plus douces sous le soleil ! S’en suit une traversée de la capitale pour rejoindre l’appartement de Gaëlle qui habite au sud de Madrid. La ville est presque déserte en ce milieu d’après-midi et seuls les feux et les 70kms que nous avons dans les pattes nous fatiguent un peu…

Gaëlle est camerounaise et espagnole et parle français ! Elle aura un petit moment de doute en découvrant tout notre bazar, mais nous commençons à avoir l’habitude, et les vélos trouverons une place bien imbriqués les uns dans les autres dans une des petites chambres de son appartement. Débarque alors Flemming, un autre couchsurfeur Danois qui vit actuellement à Barcelone, venu visiter Madrid pour quelques jours.

Nous mettons les pieds sous la table pour un fantastique dîner à base de salade de mangue, de lasagnes et de gâteaux pour le dessert ! Et la soirée se poursuit tard avec une conversation nourrie sur des sujets aussi variés qu’intéressant, pour le plus grand plaisir de notre hôte qui n’a pas souvent l’occasion de parler français.

Fanch : C’est a coup d’accolades fraternelles que nous quittons Sarah et Luis dans le brouillard matinal. Rencontre heureuse, séparation douloureuse.

Madrid est enfin à notre porté, nous y dormirons ce soir. Pédalant à vive allure, je prends doucement conscience de ce que nous avons accomplis pour l’instant, des kilomètres parcourus. Et j’en suis satisfait même si je sais pertinemment que notre aventure ne fait que commencer.

Trois mausolées de verre, béton et acier, érigés à la gloire d’un capitalisme aujourd’hui suffoquant, percent l’horizon, les buildings de Madrid nord nous indiquent la route suivre. Ils sont plantés au milieu d’un échangeur, entre deux rocades, ombrageant les terrains vagues, bidonvilles et baraques de fortunes situés à proximité. Le contraste est saisissant… c’est en suivant les indication du GPS que nous traversons une banlieue grise avant d’arriver au centre ville, cela nous permettra d’avoir un point de vue peut-être un plus global et tempéré sur l’ambiance général de l’agglomération.

Contactée via le site de couchsurfing.org, c’est Gaelle qui nous accueil chez elle, dans le quartier chinois de la ville espagnole. Flemming, un danois de passage par Madrid profite lui aussi de la générosité de notre hôte.

Les soirées se suivent et ne se ressemblent pas, idem pour les rencontres et c’est toujours un plaisir de côtoyer et de découvrir de nouvelles personnalités.

Fanchic : La descente tant attendue. Elle arrive enfin, matinée de brouillard. Les sensations sont proche du jeu vidéo dans les lacets nous menant à Soto de Real. Une visibilité réduite à 20 mètres, de longues courbes silencieuses. Je retrouve presque des sensations de plongée, la vitesse en plus.

Soto de Real se transforme l’espace d’un samedi en une convention de cyclistes, ils grouillent dans les rues sur la place. Autant dire que nous devenons vite une attraction au milieu du peloton, encouragement, cris d’exclamation. Il n’en faut pas moins pour me griser.. Je suis en plein tour d’Espagne! Je colle au peloton en profitant de l’aspiration. La scène est parfois comique. Ils sont 20 devant, leur vélo de course rutilant et moi derrière qui tente de les suivre sur mon vélo crasseux, une canne a pêche en guise de porte drapeau. Il se retourne parfois sourire aux lèvres se demandant sans doute quand je vais lâcher prise. Comme je suis un peu « kéké », je m’accroche inondé de sueur. Je pousse même la comédie jusqu’à les doubler dans un effort intense. Je m’arrête deux kilomètres plus loin à la limite de l’asphixie, vidé fourbu, cassé….

L’arrivée à Madrid se fait dans un calme relatif. Peu de voitures, de longues avenues nous offrent leurs perspectives de feu rouges.

L’arrivée chez notre hôte, hum, comment dire… Lorsqu’elle voit les vélos devant sa porte, je devine dans son regard un mélange de panique et d’énervement, dans un mode « mais comment font-il du couch surfing avec des engins pareils! Et je fais comment pour les caser! ». Je suis pas super à l’aise me demandant si j’ai été suffisamment clair dans mon annonce. Le malaise se dissipe rapidement, la générosité et la curiosité de Gaëlle sont sans borne. Je pense que deux heures après on se sent chez nous. Les livres accumulés sur les étagères ont le don de m’apaiser, je me sens chez moi.