Jeudi 31 juillet 2014

0 km

Biji Biji Initiative/Harmony Hub

N 03°11,551' E 101°40,864'

65 m

Jour 581 – Reprise d’antenne à KL

Barth : Je laisse la plume à Fanch pour cet article de reprise, et vous propose une sélection de photos du festival Belia à Putrajaya qui fut l’événement phare de nos quatre mois de pause.. Hop ! Je retourne à mon montage vidéo…

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Fanch : Le dernier article publié sur le site date du vendredi 2 mai 2014. Trois mois ont passé sans donner de nouvelle mais nous avions largement besoin d’une pause. Dans un souci de transparence (étant donné que ce terme reviens à la mode) voilà un petit résumé de ces « vacances » qui furent en ce qui me concerne, loin de ce que j’attendais. Aller, let’s go…

Nous venons de recevoir un courrier de la fondation de France qui nous remercie pour notre candidature à la bourse Déclic Jeune, mais le projet Geocyclab est recalé. J’espérais beaucoup de cette bourse et j’avoue tomber des nues en apprenant la sentence, merde… Il va falloir trouver une autre solution pour se refaire financièrement. Mais après ce coup dur qui n’aura pas duré si longtemps vient le réconfort. L’équipe de Biji Biji est en attente d’une réponse concernant un gros chantier, si la réponse est positive, il seront probablement en mesure de m’embaucher.

Well done… Alors que Barth est sur le départ pour la Thaïlande où il va retrouver Anaïs, le programme du mois de mai se dessine. Je m’engage à réaliser une installation interactive pour la deuxième édition du « Belia Festival » à Kuala Lumpur et pour la première fois depuis le début du voyage je ne bosserai pas gratuitement. Une formidable équipe (que je ne suis pas prêt d’oublier) bosse à mes coté durant trois grosses et intensives semaines jusqu’à l’ouverture du festival. De mon coté, je me suis attaqué à un gros morceau. L’objectif est de réaliser huit plantes interactives qui chantent quand on les caresse. Pour ce faire (sans rentrer dans les détails techniques) j’utilise une technologie conçu par le « Disney Research lab » (ils se mettent aussi à l’Open source) et adapté pour Arduino par DZL.
Le dispositif matériel se compose de plantes, d’un Arduino Mega et d’une batterie de capteurs capacitifs « home made ». Le logiciel Pure data prend en charge les informations numériques pour les transformer en synthèse sonore. Pour les curieux, vous pouvez retrouver plus d’infos et en comprendre davantage avec le tutoriel de Mads Hobye.

Gurvan que je devais rejoindre en Thaïlande, arrive finalement à Kuala Lumpur, juste à temps pour me filer un bon coup de main alors que le rythme de travail s’accélère à l’approche du festival. Barth et Anaïs nous rejoignent bientôt et sont embauchés en tant que photographes officiels de Biji Biji Initiative à l’occasion du festival. Ok, tout le monde est là ? C’est parti pour la dernière ligne droite. L’installation nous donne pas mal de fil à retordre, il faut faire face à de nouveaux soucis techniques que les conditions d’exposition révèlent au grand jour. Puis enfin, ça fonctionne, même si j’avoue ne pas être satisfait du résultat qui selon moi n’est pas propre et bien trop expérimental pour ce genre d’événement, mais ça fonctionne et les autres membre de l’équipe semblent contents, alors je ne vais pas trop l’ouvrir.

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Dimanche 25 mai, dernier jour du festival, un événement inattendu survient alors que je ne suis qu’à quelques jours de mes vacances… Mon sac à dos disparaît alors que je faisais une dernière fois les réglages de l’installation. Bilan des courses : passeport, carte d’identité, permis de conduire (certes pas très utile, mais sait-on jamais…), microphones, appareil photo, couteau, chargeur de piles et lampe frontale manquent à l’appel. Et là, soyons clairs, ça fait bien chier ! A ce jour, près de trois mois après cet événement, j’ai encore peine à y croire.

Outre le matériel, je me retrouve bloqué en Malaisie pour une durée indéterminée le temps de récupérer un nouveau passeport. Pas de Laos ou de Cambodge pour moi ce coup-ci et je regarde Barth, Anaïs et Gurvan préparer leurs bagages pour s’en aller plus au nord. J’avoue que j’ai un peu le blues durant les quelques jours qui suivront leurs départs.

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Si je ne suis pas libre de sortir de Malaisie, il m’est néanmoins possible d’y circuler, alors quelques jours après le festival (après avoir soufflé un bon coup), j’ai donc plié bagages et nous sommes partis, Panjang, Navin, Mat et moi-même, à la conquête de la province de Terrenganu située au nord Est du pays. Pour faire les présentations rapidement, Matthieu le chti, est l’un des fondateurs de Biji Biji, ingénieur de formation, il m’a bien aidé sur les histoires de débogage Arduino. Navin, citadin assumé, traîne ses guêtres dans l’atelier d’électronique de Biji Biji depuis que nous avions organisé le workshop « Crackle Box ». Lui aussi m’a filé un bon coup de main, entre soudures et allers-retours à Jalan Pasar (le quartier ou se concentrent les fournisseurs d’électronique) et c’est sûrement la personne avec qui j’ai passé le plus de temps. Panjang est en quelque sorte le concierge de la maison Biji-Biji, un grand, mince et mystérieux bonhomme mais néanmoins sympathique… Que nous avons suivi jusqu’à sa demeure familiale de Terrenganu… Une semaine de vacances à se la couler douce. J’avais d’ailleurs prévenu mes compagnons avant de prendre la route que je ne prendrai pas de décision concernant le déroulement du programme, je suis le mouvement !!!

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Après ce bol d’air sur la côte est Malaisienne et sur l’île de Perhentian Kecil, retour à la réalité. Me revoilà dans l’atelier d’électronique, faisant face à ce petit problème de GPS disparu avec ce sac à dos dérobé. Et oui, vous l’aurez sûrement compris, ce petit appareil est essentiel pour Geocyclab, et il faut trouver une solution de remplacement. Deux options s’offre à nous. En racheter un tout neuf, solution rapide, simple mais onéreuse et sans challenge particulier… Ou en fabriquer un basé sur Arduino. Le challenge est bien réel mais ça semble réalisable… J’hésite encore, j’envoie un mail à Barth pour lui demander ce qu’il en pense… Il me donne son feu vert ! Ok, c’est parti.

Je vais essayer d’écrire prochainement un article un peu plus technique sur le sujet mais laissez-moi vous décrire un peu de quoi il s’agit. Ce n’est pas un GPS pour s’orienter avec écran et une voix de synthèse qui d’un ton sexy vous indique de rester sur votre droit sur les trois prochains kilomètres, mais un traceur destiné à enregistrer régulièrement différentes données tout au long de notre route (date, heure, latitude, longitude, altitude, nombre de satellites…). Je lui ai associé quatre boutons qui auront pour rôle de poser des marqueurs ou des repères (Objet du jour, Interview, Haiku, Création artistique). Son agencement est pensé pour y connecter n’importe quel type de capteur (ou presque) dont les données seront elles aussi enregistrées sur la carte mémoire de l’appareil. J’ai d’ors et déjà connecté un capteur de température (il fait environ 32°C dans la pièce où je travaille, pour info…), et j’aimerais dans un futur proche, y ajouter un capteur d’hygrométrie, et d’autres pourquoi pas. Le petit plus c’est que normalement ce traceur GPS sera alimenté par un couple de batteries de téléphone portable directement connecté à un petit panneau solaire et donc complètement autonome (je bosse en ce moment pour que le GPS switch en mode veille quand on ne se déplace pas, pour économiser de l’énergie durant la nuit par exemple). Le challenge est presque relevé, encore un peu de boulot à avaler avec l’appui technique de Matthieu. J’aimerais à terme en faire un réel outil de géolocalisation destiné aux artistes « nomades » et aux chercheurs amoureux du terrain. (Rien ne sert de préciser que j’ai personnellement pas mal de projets qui vont dans ce sens).

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Enfin bref, les données qui seront collectées serviront à alimenter notre base de données et par la même, à compléter jours après jours la nouvelle carte interactive de Geocyclab sur laquelle ont travaillé d’arrache pied J.B. Dodeur et Barth Péron. Merci les gars, vous avez assuré !!! Bye bye Google map, bonjour Open Street Map, et en plus, c’est classe ! Je laisse la parole à Barth qui en causera d’avantage… J’ai juste envie de rajouter que suite à la réalisation de la carte interactive sous Open Street Map, puis du traceur GPS Arduino, nous faisons un pas de plus dans le monde du libre avec un système de géolocalisation (matériel + logiciel) complètement open source. Ces vacances auront finalement été productives.

Et c’est peu dire, puisque nous sommes une nouvelle fois invités à exhiber les plantes sonores, lors du « Cool A Lumpur Festival » (notez ce fabuleux jeu de mot), événement qui consiste à présenter les trucs cool de Kuala Lumpur. On est cool, et oui ! Enfin bref pas si cool puisque je doit interrompre mon GPS pour me remettre à plancher sur le projet Singing Plants. Je travaille une semaine sur trois plantes, mais en mettant davantage l’accent sur l’interaction sonore. C’est le grand jour. 1, 2, 3, ça marche, et bien mieux que la première version !!! J’ai bien fait de soigner un peu le « design sonore », les plantes répondent plus subtilement aux stimulis du spectateur/acteur, mais aussi de façon plus distinctive, ce qui procure à chacun des plants un caractère singulier. Done !

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Après un mois d’attente, je viens de récupérer mon passeport. Sachant qu’il est grand temps de quitter le pays pour un renouvellement de mon visa malais, le plan A était qu’à partir de ce jour j’irais rejoindre soit mes potes au Cambodge, soit Gurvan au Laos. Mais étant donné le prix des billets d’avion et la fin des vacances qui approche à grand pas, le plan B se passera différemment, je préfère partir un peu moins loin pour un peu moins cher, chez Jang, le « Jungle Boy » de Bornéo. (Pour info : Bornéo est une île située entre les Philippines et l’Indonésie, légèrement plus grande que la France et divisée en 3 parties, la Malaisie, l’Indonésie et le Brunei qui se partage ce territoire.) (Pour info : Jang à la cinquantaine passée que son physique et son énergie ne dévoile pas. Je l’ai rencontré un peu plus tôt, à Harmony Hub où nous avions cohabité un bon mois. Il est artiste et adepte de la théorie du complot, de cinéma d’art et d’essai, passionné par la société et de religions. Il va sans dire que suite à plusieurs heures de conversation autour de nos sujets de discussions favoris, nous avions largement sympathisé.)

Il m’accueille à Bornéo à bras ouverts, je ne l’ai pas vu depuis trois semaines et c’est déjà si bon de le retrouver… Au programme, un aller-retour en Indonésie pour un visa run, quelques flâneries sur les plages de pêcheurs situées aux alentours de Kuching, un petit tour dans le majestueux parc de Bako (l’une des plus vieilles forêts primaires, protégée, mais personne ne sait pour combien de temps encore), et une expédition dans un des petits bouts de jungle que l’industrie de l’huile de palme n’a pas encore cramé. J’espérais y rencontrer quelques cousins orangs-goutans, mais non, c’est pas la saison parait-il… Jang a d’ailleurs l’air de penser qu’il n’y aura plus de saison…

A ce propos, je n’ai pas l’intention d’écrire un article sur la déforestation en Asie du Sud Est, mais à savoir le nombre d’espèces endémiques qu’abrite cet écosystème incroyable, croyez moi, c’est un désastre écologique, un trésor pillé jour après jour… Et je ne parle pas des tribus indigènes qui disparaissent les unes après les autres ou des conditions de vie déplorables des locaux qui travaillent dans les plantations. Visitez ce lien pour en savoir un peu plus, ça coûte rien de s’informer même si ce n’est pas drôle, ça fait un peu réfléchir…

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Jang m’a montré de belles choses, on a goûté tout un tas de petits plats locaux super sympas certes… Mais tout en gardant son large sourire, il m’a clairement ouvert les yeux sur certaines tristes réalités sociétales imposées par un gouvernement bipolaire qui d’un coté tente d’appliquer la constitution malaise et de l’autre la charia. Les musulmans sont soumis aux lois islamiques mais la charia à aussi un impact sur les non-musulmans qui donne à réfléchir. Et au delà de cela, la discrimination (même s’il elle n’est pas flagrante) génère inégalités dont les premières victimes sont les « non-malais d’origine » ce qui représente quasiment 40% de la population. Ses parents sont chinois, lui est malais mais son visage trahit ses origines et de ce fait, il n’accédera jamais aux privilèges accordés au Malais d’origine, il ne pourra pas par exemple être propriétaire d’un terrain ou monter une entreprise. Il n’est pas non plus tout à fait chinois (il n’est d’ailleurs jamais aller en Chine) et se retrouve coincé entre deux identités et deux cultures.

Et voilà, les vacances se terminent, je quitte Bornéo pour rejoindre Kuala Lumpur, je pourrais d’ailleurs presque dire pour rentrer à la maison. Aux dernières nouvelles, Gurvan à dégoté une veille bécane avec qui il va roder un peu de temps en Asie du Sud Est, Anaïs est rentrée en France et Barth est de nouveau devant l’ordi. Nous avons maintenant pas mal de boulot à abattre pour remettre Geocyclab en place avant de quitter Kuala Lumpur et nous remettre à l’oeuvre. Y’a du boulot c’est sûr, mais ça va être trop bon !

Gi

Gi

Jang

Jang


Gurvan

Gurvan

Matthieu

Matthieu


Leila

Leila

Panjang

Panjang