Vendredi 15 août 2014

50 km

Butterworth

N 05°23,664' E 100°21,870'

8 m

Jour 596 – De Kuala Lumpur à Penang

Barth : Ça y est, Geocyclab a enfin retrouvé le goudron, la sueur et et le vacarme de la route asiatique. Ce n’est pas encore le rythme de croisière pour notre atelier mais cette remise en jambe de quelques jours fut rassurante après notre longue sédentarisation à KL. Les vélos fonctionnent toujours et les muscles ne sont pas trop rouillés !

Difficile de ne pas repenser à notre épisode mexicain en prenant congé de tous nos amis à Biji Biji… De la Malaisie je n’aurais donc vu qu’un petit quartier périphérique de Kuala Lumpur, quelques sites plus ou moins touristiques aux alentours et la route côtière qui nous mène jusqu’à Penang. Si peu de choses en comparaison de l’étendue du territoire malaisien mais assez pour me faire une idée sur cet étrange pays. Je prendrais le temps de m’étendre un peu plus sur le sujet quand nous sortirons du pays, mais pour l’heure nous voici donc rendus à Georgetown sur l’île de Penang, plus très loin de la frontière thaïlandaise, pour une dernière escale studieuse… Je laisse à Fanch le soin de vous en dire un peu plus sur cette semaine de route pour me replonger dans les montages vidéos entre autres choses.

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Fanch : Nous nous réveillons parmi les singes, Kuala Lumpur est déjà loin derrière . On pourrait presque se croire dans une scène du Livre de la Jungle s’il n’y avait pas cette zone commerciale traversée par une 2×2 voie à quelques centaines de mètres du parc dans lequel nous avons élu domicile. Mais l’impression est plutôt sympa et je ne me lasse pas d’observer ces animaux au comportement déroutant.

Le chemin que nous empruntons est loin de la petite route de campagne que j’espérais fouler en longeant la côte (le but était d’éviter l’autoroute reliant Kuala Lumpur à Penang). Mais ni Barth ni moi même ne sommes surpris de constater que nous évoluons bel et bien sur un axe principal avec un trafic dense, bruyant et nauséabond, je crains bien que cela ne va pas s’améliorer d’ici Penang à 350 bornes plus au nord. Et à quelques exceptions près, mon instinct va malheureusement se confirmer, la circulation ne nous laisse pas la chance de rouler dans le silence, l’air est saturé de gaz d’échappement, les scooters, bagnoles et camion nous doublent sans cesse tout au long de cette épopée malaisienne.

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Les paysages ne sont pas non plus à couper le souffle. Pour résumer, nous avançons dans une gigantesque palmeraie. Sur notre gauche tout de même, la mangrove fait régulièrement son apparition, une végétation dense, opaque et hostile. Mais le palmier à huile a le monopole, il est partout. Chaque parcelle exploitable est colonisée par l’industrie de l’huile de palme… C’est chiant pour les yeux mais c’est surtout un véritable désastre. Oui je sais, je radote mais je n’ai pas d’autres choix que de dénoncer ce génocide écologique de grande ampleur… Plus nous avançons dans cette forêt uniforme, entre ces alignements de palmiers, plus je réalise l’ampleur des dégâts et ça me sape clairement le moral. J’essaie tant bien que mal de rester positif mais devant tant de connerie je ne peux qu’imaginer un avenir triste pour l’humanité… Et ouais, l’huile de palme n’est pas un problème isolé et si rien ni personne n’est capable de résister aux griffes de l’industrie agro-alimentaire, si les gouvernements concernés continuent à baver devant l’or que leur proposent les lobbies, alors qu’on se le dise, on fonce droit dans le mur. Juste pour info, d’ici 2020, la consommation mondiale d’huile de palme est susceptible de doubler, il va falloir planter sévère ! Et déjà le gouvernement malais propose à ses citoyens d’investir dans dans le marché. Cédez moi vos terres, cramez tout ce qui s’y trouve en surface puis plantez du palmier et vous récolterez 20% des bénéfices… 20%, ça suffit largement à trouver des adeptes.

Enfin bref, l’asphalte est ponctué de cités portuaires et industrielles aux noms difficile à retenir. Pas particulièrement aguichantes et bien souvent bouillonnantes d’activité, elle font principalement office d’étapes pour le transport de marchandises. D’un autre côté, avec la croissance économique du pays les petits business prolifèrent, chacun veut tenter sa chance et il en résulte une multitude de petits commerces et de restaurants qui poussent en périphérie des centres villes. La Chine est encore très présente dans les zones urbaines, l’Inde, le Bangladesh et le Pakistan un peu moins mais quoi qu’il en soit, et même en campagne, la culture malaisienne reste très métissée, il n’est d’ailleurs pas rare d’apercevoir trois différents lieux de cultes dans notre champ de vision.

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Notre environnement physique n’est pas des plus idylliques mais fort heureusement les rencontres sont toujours placées sous le signe de la bonne humeur. Les sourires sont au rendez vous, klaxons et pouces levés en guise d’encouragements sont coutume, les curieux posent toujours les mêmes questions même si je ne suis pas certain qu’ils prennent au sérieux les réponses que nous leurs offrons… Quand il s’agit de dégoter un plan dodo, il y a toujours quelqu’un pour nous aider à trouver un lieu sûr où poser nos moustiquaires. Que ce soit dans un jardin public, dans la cour d’une école ou encore dans la mosquée d’un petit resto de bord de route, il nous suffit de demander pour débusquer un abri pour la nuit (quand il pleut, il pleut fort et les tentes ne résisteraient pas longtemps aux intempéries). Un petit bonus pour Erwan qui en plus d’avoir un nom breton nous à dégoté un spot trois étoiles dans le petit port Sungai Kerang avec une vue imprenable sur la mangrove… Moustiquaire indispensable. Erwan, photographe le jour, aide soignant la nuit, a aussi pris le temps de partager quelques instants avec nous, quelques histoires et un petit déjeuner et je crois bien qu’il a envie de venir à Penang ce week end pour faire plus amples connaissances.

Erwan

Erwan

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Penang justement, nous y voilà. Vendredi 15 août, après 5 jours et 420 kms nous arrivons à destination un peu nazes, complètement trempés par la dernière averse (qui ne nous a pas arrêté…) mais bel et bien vivants et tout bronzés ! Nous pensons nous y poser quelques jours pour rester travailler avant de reprendre la route de la Thaïlande.

Au programme de la semaine à venir, tourner et monter le Checkpoint 010, terminer le montage du trailer, mettre à jour le carnet de bord, lancer le projet sur la plateforme de financement collaboratif d’Ulule et boucler pas mal de dossiers administratifs encore en cours. On a du pain sur la planche. Mais il y a un petit hic… Notre contact qui s’était proposé pour nous héberger s’est désisté, voilà donc notre plan dodo-boulot qui tombe à l’eau. Nous passons donc l’après-midi à chercher de quoi loger gratuitement ou pour pas cher mais malheureusement sans résultat. Nous n’avons plus qu’à réserver un petit hôtel pour une ou deux nuit, pour la suite… Et bien, on verra bien ce que nous réserve l’avenir.