Mercredi 3 septembre 2014

0 km

Samitivej Hospital Bangkok

N 13°44,095' E 100°34,590'

24 m

Jour 615 – En direct du Samitivej Hospital

Fanch : Nous sommes à Bangkok, la Malaisie, c’était il y a quatre jours et là, maintenant, tout de suite, je suis à l’hôpital. Je reprends donc un peu plus bas sur la carte, remonte dans le temps pour récupérer le fil de l’histoire.

Nous nous réveillons à l’entrée de Kangar, dernière ville de notre itinéraire Malais. Il est 6h30 et si mes souvenirs sont bons, c’est en repliant ma tente dans l’obscurité précédant les premières lueurs que je lance à mon compagnon de route « Barth, je crois bien que j’ai de la fièvre », il me rétorque après un court moment de silence, « Merde, fait chier ». « Merde, fait chier », parce qu’il est trop tôt pour ce genre de nouvelle, mais surtout parce que nous savons tous les deux qu’une fièvre en zone tropicale, ce peut être tout et n’importe quoi… Et que nous n’avons guère d’autre choix que de rejoindre à vélo le poste frontière situé 50 kilomètres plus au nord. Si l’on ajoute à cela une petite dose d’incertitude concernant le transport des bécanes dans le train plus une légère touche de stress liée au passage de frontière… Le « Merde, fait chier » à six heures et demie du matin est largement justifié.

Je roule péniblement, mais sans (trop) broncher, les bornes obligatoires alors qu’à chaque kilomètre le paysage s’embellit. Rizières et collines se succèdent aux champs de palmes mais je n’ai pas vraiment le cœur à apprécier le changement. Barth est à quelques mètres derrière, il garde un œil sur moi. J’ai faim mais suis incapable de manger. Malgré une chaleur intense, je grelotte allègrement, les signes ne trompent pas, la fièvre s’accentue. J’en suis quasiment certain maintenant, j’ai bel et bien chopé une saloperie…

Ça y est, le poste frontière se dévoile enfin. Ça passe sans attente ni accrocs. Encore une fois, nos vélos font bonne impression et l’immigration thaïlandaise nous accueille à bras ouverts. Je me force pour causer et pour garder le sourire devant l’enthousiasme des officiers mais ces gars là sont vraiment sympathiques et ils nous inspirent confiance. Ils vont d’ailleurs considérablement nous aider à trouver la gare ferroviaire de Padang Besar, une gare fantôme située dans une petite ville qui au premier abord n’est pas des plus accueillantes. Ils nous proposeront dans la foulée un moment détente et un brin de toilette au poste frontière en attendant le départ du train. Je tends donc mon hamac entre un palmier et un lampadaire grinçant et c’est à partir de ce moment précis que je lâche prise sur la réalité, laissant à Barth en toute confiance, la tâche de nous emmener jusqu’à Bangkok.

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On en a pour 20 heures mais le temps ne compte plus. J’ai mal aux reins, aux jambes, au crâne, je veux juste m’allonger et m’emmitoufler dans mon sac de couchage. Au diable l’écriture, au diable Geocyclab, j’ai froid et je veux dormir c’est la seule chose qui m’importe à présent. Nous y voilà, les machines de la locomotive se mettent en route alors que j’avale mes deux derniers cachetons de paracétamol… Je m’allonge, la douleur s’estompe, les lumières de la nuit m’enveloppent et les cliquetis métalliques du train accentués par la fièvre m’accompagnent pour un voyage psychédélique. Il n’y a plus rien de réel excepté Barth qui du haut de sa couchette, veille sur moi. A cet instant précis c’est la seule chose rassurante et je me dis Ô combien c’est soulageant de ne pas être seul.

Terminus, j’émerge en gare de Bangkok pour me recoucher quasi instantanément auprès des vélos dans un coin du hall où s’agite une foule internationale. Je prend tout de même le temps d’observer d’un œil engourdi mon nouvel environnement et trouve tout juste la force d’analyser ces nouvelles odeurs, nouveaux sons, cette nouvelle langue. Je ferme les yeux. Comme pour nous souhaiter la bienvenue, une courte ritournelle incompréhensible résonne inlassablement dans l’immense hall de la station, j’écoute les clapotis des talons aiguilles qui d’un pas déterminé traversent en diagonale l’antichambre de la gare. L’espace est saturé de bruits qui doucement se transforment en une nappe sonore homogène, un brouhaha linéaire. Sonné, je me rendors. Barth de son côté s’active pour tenter de débloquer la situation, il cherche en vain à joindre l’assurance. Deux heures plus tard et non sans difficultés, il parvient à ses fins et dégote l’adresse d’un hôpital affilié. Je sens la fin du calvaire approcher, lentement, il ne nous reste plus qu’à trouver un moyen de transport pour les bécanes. Un tuktuk (tricycle à moteur) par vélo, ça va secouer et les pédaliers vont certainement dépasser un peu mais l’option paraît faisable et de toute manière nous n’avons guère le choix. Encore une fois, c’est mon coéquipier qui gère, je me contente de m’accrocher aux barrières métalliques de l’engin à moteur. On file à toute berzingue chez Étienne et Emmanuelle que Barth connaît déjà, pour se débarrasser du matos qui dans ces conditions est davantage encombrant qu’autre chose. Et puis, c’est direction l’hôpital. Ça y est, enfin, après 48 heures de lutte et de galère, je suis hospitalisé jusqu’à nouvel ordre. Je pousse un « ouf » de soulagement. Puis le diagnostique tombe… C’est bel et bien la dengue, on ne peut pas dire que c’est une bonne nouvelle mais au moins, nous savons à présent que le pire est derrière nous (enfin j’espère).

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Barth est hébergé dans un hôtel aux frais de l’assurance non loin de l’hôpital et il vient régulièrement me rendre visite. Léa et Cora, amies françaises, m’ont elles aussi honoré de leur présence hier après-midi. Sympa les filles, c’est très classe ça, de la visite dans un hosto à l’autre bout du monde !!! Le reste du temps, je le passe à dormir, je n’ai pas la force de faire grand chose d’autre pour le moment. Ma fièvre reste coriace, aujourd’hui je pense d’ailleurs avoir frisé les 41 degrés (je n’ai pas réussi à savoir exactement). J’ai senti une petite brise de panique souffler dans ma chambre quand deux infirmières m’ont expressément couvert le corps de linges humides et glacés afin de faire redescendre la température. C’est bon, ça va mieux mais le médecin s’inquiète et je suis bon pour d’autres analyses. En fin de journée, on m’informe que j’ai choper une infection pulmonaire… On me rebranche la perfusion et je reste consigné dans mes quartiers pour une durée indéterminée. C’est reparti pour un tour ! La suite au prochain épisode…