Mardi 30 septembre 2014

75 km

Eindu, Myanmar

N 16°46,002' E 97°45,1440'

14 m

Jour 642 – Changement de décor

Barth : Deuxième journée de route en Birmanie, et l’étrange impression de recommencer à voyager… Depuis six mois, Geocyclab a passé plus de temps en mode sédentaire que véritablement sur la route et notre entrée en Birmanie signe enfin le terme de cette période studieuse mais néanmoins nécessaire…

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Je reviens un instant sur notre séjour en Thaïlande qui ne fut pas aussi dépaysant qu’attendu, la faute à la dengue bien sûr et au mode de vie d’expatriés que nous avons savouré en conséquence chez Etienne, Emmanuelle et leurs enfants. Mais il y a aussi cet étrange sentiment d’avoir traversé dans un immense parc d’attractions, coupé du reste du monde et dédié à l’industrie du tourisme de masse. Rien que le nom Thaïlande m’évoque aujourd’hui quelque chose comme Wonderland ou Disneyland.. Quelque chose d’artificiel, de dénaturé à quoi vient s’ajouter la barrière de la langue et le climat de fanatisme politique comme distances supplémentaires avec la réalité de ce pays, avec les gens, leurs idées, leurs sentiments…

Bien sûr, avec plus de temps et en nous enfonçant plus profondément dans les campagnes, nous aurions certainement eu accès à quelque chose de plus authentique, mais en me basant sur mon premier séjour ici avec Anaïs quelques mois auparavant, j’en ai assez vu pour mesurer le décalage qui règne entre l’esprit de liberté et de bien-être qui attire des millions de touristes des quatre coins du monde, et cette société d’enfants sans liberté, toute dévouée au bon plaisir de sa majesté le roi et subissant les caprices et les abus de pouvoir d’une armée qui tient véritablement les rennes du pays.

Je ne vais pas pousser plus loin l’analyse car je suis conscient que nous sommes passés à côté de beaucoup de choses qui pourraient contredire ce sentiment global. Comme partout en Asie du sud-est les mutations sociales, économiques et politiques vont bon train et sont impossibles à décoder en si peu de temps. Quoi qu’il en soit, la réputation de la gastronomie thaïlandaise ne nous aura pas déçu, et les quelques jours de vélo que nous avons parcouru nous ont montré qu’ici comme ailleurs se trouvent des gens généreux et accueillants, et des paysages naturels sans doute mieux préservés que ceux que nous avions découvert en Malaisie.

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Après notre journée de montagne d’hier qui nous a physiquement coupé de la Thaïlande, nous avons expérimenté aujourd’hui les premières réalités logistiques de la Birmanie avec lesquelles il va falloir apprendre à composer. En décollant ce matin, nous avions dans l’idée de rejoindre Moulaymiane, en empruntant une petite route secondaire le long d’une rivière et évitant ainsi un détour d’une centaine de kilomètres. Une fois rendus à la bifurcation visée, nous avons pris le temps de nous renseigner et très vite les réticences se sont fait sentir. On nous dit que la petite route est dangereuse, ou pas praticable à vélo.. En insistant un peu, la solution d’embarquer sur un bateau pour descendre la rivière sur quelques kilomètres se profile, mais au moment d’embarquer, un homme en liaison téléphonique avec les autorités nous fait savoir que ce n’est pas possible. Après une heure ou deux de discussions, nous comprenons qu’il n’y a pas grand chose d’autre à faire que de suivre les instructions du tour operator gouvernemental et nous enchaînons donc sur la route principale…

A chaque pause, à chaque véhicule croisé, les « Hey you !.. », « Good morning ! » avec des sourires jusqu’aux oreilles, viennent contrebalancer la rigueur politique qui dicte désormais notre avancée. Que dire quand à peine assis pour siroter un thé à l’ombre, une gamine de trois ou quatre ans vient se poster juste devant vous et vous adresse tout sourire : « I love you ! »… Nous avions une petite idée de ce qui nous attendait dans ce pays grâce aux renseignements de notre ami Giom passé ici au début de l’année, et pour le moment rien ne vient le contredire, les birmans sont un peuple incroyablement attachant !

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Nos expériences de bivouacs improvisés dans différents pays nous donnent envie de tester un peu la rigidité des règles du jeu qu’on tente de nous imposer. Nous n’avons pas pu emprunter la petite route que nous voulions, soit ! Mais de ce fait nous ne pouvons pas atteindre la prochaine guest-house avant la nuit. Nous décidons donc de nous imposer à Ein Du, petit village où nous débarquons avec 75 kilomètres dans les pattes. Nous croisons un homme qui se dit être policier et lui expliquons que nous ne pouvons plus pédaler à présent car la nuit tombe, l’orage menace, et nous pensons donc venir au poste de police pour y passer la nuit… Pas de réponse… Puis en grignotant un genre de kouign-aman le temps d’en savoir plus, les serveurs qui parlent mieux anglais nous expliquent que nous ne pouvons absolument pas dormir dans ce village, et encore moins au poste de police où une bombe a explosé quelques jours auparavant. Il semble donc que le danger soit réel, du fait des agitations récentes des rebelles karens. Nous acceptons donc avec un peu de gêne, l’aide de Yan Naingoo qui nous emmène sous l’orage qui a maintenant éclaté et avec tout notre barda entassé dans sa petite voiture, jusque Hpa-An, la prochaine ville à une vingtaine de kilomètres.

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Grâce à Giom, nous trouvons rapidement la guest-house la moins chère de la ville, avec eau chaude et wifi s’il vous plaît !.. Et ce soir, c’est restaurant et une pinte de bière « myanmar » pour arroser cette journée triplement spéciale ! En effet, nous fêtons aujourd’hui nos deux ans de route, le passage symbolique des 10 000 kms, et grâce à vous la validation de notre collecte sur Ulule avec 3500 euros atteints à dix jours de la fin !!! Il y a des synchronicités qui ne trompent pas, Geocyclab vient de franchir un cap et l’année qui nous reste pour rejoindre la France s’annonce haute en couleurs !