Vendredi 3 octobre 2014

75 km

Port de Kyaiktiyo

N 17°18,0540' E 97°00,3629'

7 m

Jour 645 – Bain de foule à Kyaiktiyo

Barth : En arrivant à Kyaiktiyo deux bonnes heures avant le coucher du soleil, nous décidons de prendre le temps d’un petit détour jusqu’à la côte toute proche dans l’espoir d’y trouver un spot pour piquer une tête et dissoudre un peu la couche de sueur qui nous colle au corps après 70 kilomètres dans la fournaise tropicale… Il faut dire que d’après notre itinéraire planifié, c’est sans doute la dernière fois que nous côtoyons la mer avant bien longtemps. Nous allons maintenant nous enfoncer dans le continent eurasien et le prochain bain marin ne se fera peut-être qu’en Atlantique dans un an…

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Comme toujours quand on s’éloigne de la route principale, le décor change d’un coup. Le dédale de petites ruelles ensablées que nous empruntons traverse une sorte de village de pêcheurs avant de déboucher sur une plaine marécageuse où canards et cochons déambulent entre quelques embarcations échouées. Notre arrivée ne passe pas inaperçue bien sûr, trois, puis cinq, puis dix, puis cinquante enfants arrivent de partout et la perspective d’une baignade prend vite la forme d’un bain de foule !

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Personne ou presque ne parle anglais ici, la conversation est donc quasi impossible. Mais les vélos suffisent à amadouer notre auditoire, et tandis que Fanch anime un workshop essayage de vélo couché, je profite du calme relatif pour sortir l’appareil photo et m’éloigner un peu. En vain, je suis vite repéré et tous les gamins rappliquent, enthousiastes à l’idée de se faire tirer le portrait. Je ne me fais donc pas prier et mitraille comme je peux parmi les frimousses grimaçantes qui attirent mon attention par tous les moyens possibles. La règle du jeu est simple, à chaque cliché, je suis tenu de montrer le résultat sur le petit écran de l’appareil, manquant à chaque fois de me le faire arracher par la centaine de mains qui s’y agrippent pour pouvoir apercevoir quelque chose.

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On file ensuite à une cinquantaine de mètre vers une sorte de cabane flottante en bambou qu’un homme me désigne comme sujet potentiel pour un cliché. La horde d’enfants ne me lâche pas d’une semelle et c’est reparti pour une séance de shoot ! Ainsi de suite.. Pendant ce temps, Fanch s’est embarqué dans une partie de ballon avec les plus grands, et au moment où nous faisons sentir que nous n’allons pas tarder à décoller, une des femmes qui étaient en train de creuser le sol pour récupérer du limon servant surement pour les cultures, me fait comprendre par quelques gestes qu’elle veut que je la photographie avec son amie. L’émotion avec laquelle elle me fait cette demande, et la réaction entre terreur et fou rire de son amie m’impressionne, mais je m’exécute avec plaisir. Impossible d’en savoir plus sur les raisons de l’intensité de ce moment. Le rapport à l’image, le statut de la femme, ou simplement le premier contact aussi direct avec un étranger ?.. Sans doute un peu des trois…

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Dans le soleil couchant, les bye-bye n’en finissent pas jusqu’au moment où nous retrouvons le vacarme et la poussière de la route qui met fin à cette bulle de fraîcheur. Des moments comme celui-là sont trop rares quand on voyage à vélo sur les axes principaux d’un pays, mais il suffit de pas grand chose pour les provoquer et nous remettrons sûrement ça !

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