Samedi 18 octobre 2014

0 km

Monywa

N 22°06,7602' E 95°07,8434'

80 m

Jour 660 – Pause forcée à Monywa

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Fanch : Jeudi 16 octobre, nous arrivons en fin de journée à Myinum, une ville ordinaire de taille moyenne. Après un coffe-mix assis à l’ombre d’un toit de taule, le temps de tâter l’ambiance du coin, nous partons à la recherche de l’auberge la plus « cheap cheap » du coin. Rapidement, un flic en civil nous repère et nous fait signe de le suivre, ça n’a rien de surprenant. Puis nous tentons une discussion. Un dentiste casse-couille qui n’écoute rien de ce qu’on lui dit se mêle à la partie et tout devient très compliqué. Les auberges de Myimun ne sont pas autorisées aux touristes… Haha, vas-t-en leur expliquer que nous ne sommes pas la pour faire du tourisme et qu’on a juste besoin de repos. La paranoïa des autorités nous mène donc face à l’absurde. Elles nous interdisent de dormir dehors ou chez l’habitant, mais aussi dans les auberges… En toute logique, la suite se déroule au bureau de police, où après quelques minutes le commissaire nous demande de quitter la ville et de rouler jusqu’à Monywa située à 60 bornes d’ici. Déjà, le soleil se couche et se déplacer sans « surveillance » de nuit est bien sûr prohibé (ce qui après une journée dans les jambes nous arrange bien)… Allô la police, on a un problème, comment on fait ? Ils sont une dizaine à aller et venir autour de nous, alors que cinq d’entre eux, en panique face à ce nouveau « cas » sont affairés à passer des coups de fil à leurs supérieurs qui eux-mêmes doivent probablement contacter leurs supérieurs, etc… J’aimerais bien savoir jusqu’où ça remonte. La situation est franchement drôle, la seule chose qui m’empêche de rire devant ce spectacle de désorganisation c’est ce dentiste collant qui nous fixe de son regard ivre et ne jure que par la Myanmar, la marque de bière la plus populaire du pays. Et ça dure, au moins trois heures !

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Nous aurions espéré tendre nos hamacs dans l’enceinte du commissariat et s’en tirer comme en Indonésie, mais à la place, nos amis les flics nous flanquent – en s’excusant – dans un taudis à 15$ la nuit en nous sommant d’être dans notre « chambre » à 21H et en nous interdisant de sortir sans accompagnement… Ils nous refourguent donc comme chaperon le dentiste alcoolique qui le pauvre, peine de plus en plus à contenir ses ardeurs sexuelles. Bien avant 21H, ses mains baladeuses et les jeux de langue qu’il balance dans le vide auront raison de ma patience et de ma politesse, je m’énerve et menace de faire un scandale dans le petit restau-bistrot. C’est con, mais ce fut le seul moyen pour qu’il nous raccompagne à notre cage à lapin.

Constamment surveillés et obligés de côtoyer les hôtels à touristes, nous observons la plupart du temps une police désemparée quand il s’agit de prendre des responsabilités ou de faire une exception. La loi c’est loi, elle s’applique pour tous quels que soient l’ethnie, les croyances, le niveau de vie, la classe sociale… Et si t’es pas content, tu fermes ta gueule ou… Ou ça va péter (on se souvient tous de la révolution orange en 2007). À l’image du gouvernement, le ministère du tourisme ne fait pas de différence entre un touriste dépensant une fortune pour découvrir les joyaux du Myanmar via un tour opérateur et deux cyclistes « low-budget » qui pour aller d’un point A à un point B sont obligés d’emprunter la route qui relie ces deux points, d’y faire des pauses et parfois de dormir. Il suffit de sortir un peu des clous pour se heurter aux limites de ce système. Je ne compare pas notre condition de voyageurs (à vélo) à celle des ethnies minoritaire birmanes qui se battent tant bien que mal pour obtenir leurs droits, bien sûr, mais ces multiples confrontations avec les autorités en disent long sur la manière dont le pays est gouverné.

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Une main de fer dans un gant de velours. Le gant de velours pour nous voyageurs, c’est certainement ces pagodes couleur or qui poussent par milliers au milieu d’une végétation luxuriante. C’est classe, on est d’accords. Mais pour une bonne partie des locaux la bière et le whisky font largement l’affaire. C’est pas con le coup de l’alcool, ça remplit les caisses de l’état, ça endort les consciences révoltées et en plus ça fait anti-dépresseur ! Et hop, trois en un. Ils sont plus d’un, dès 6h30 alors que nous sirotons notre café, à tenir ferme une pinte de bière ou à enchaîner culs sec les whiskys-eau (ça passe mieux avec de l’eau…) et en Birmanie on ne déconne pas avec ce genre de tradition. Nous avons aussi entendu dire que l’héroïne était une drogue largement consommée. Un gramme pour l’équivalant d’un euro, la moins chère du marché mondiale, à ce prix là on se dit vite que les dealers ne risque pas gros en vendant leur marchandise, étrange non ? Sous héroïne, il doit être vraiment doux le velours… Mais après ?

La Birmanie c’est beau, les gens sont adorables, la tradition fortement ancrée, pour une fois j’ai presque envie de dire que nous ne sommes pas loin de « l’Authentique » – ce gros mot issu de nos stéréotypes d’occidentaux – tant convoité par les voyageurs en tous genres. Mais derrière les magnifiques clichés de Barth se cache une réalité autrement plus complexe et peu réjouissante. Même si depuis ces dernières années on note certaines améliorations, qu’il est aujourd’hui possible de parler politique en public et que certaines voix s’élèvent contre le gouvernement, les peuples du Myanmar portent encore les stigmates d’une dictature répressive et totalement absurde.

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Pour revenir à notre cas, ce n’est ni la premières ni la dernière fois qu’on nous obligera à dormir dans un hôtel bas de gamme dont les tarifs sont disproportionnés, 30$, 25$, 20$. Après négociation, on s’en tire la plupart du temps pour 15$, mais systématiquement on se retrouve dans une chambre insalubre avec climatisation défaillante… Conclusion, alors que trois ou quatre jours de montagne nous attendent, nous sommes bloqué à Monywa, incapables de pédaler puisque que nous avons tout les deux chopé un costaud mélange sinusite bronchite angine. Affaire à suivre…

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