Mercredi 22 octobre 2014

0 km

Monywa

N 22°06,9002' E 95°07,5060'

81 m

Jour 664 – Impasse à Labo

Fanch :Ça toussote encore un peu, nous ne sommes pas au plus haut de notre forme mais le temps en terre birmane nous est dorénavant compté. Nous quittons donc Monywa, son hôtel miteux et son ambiance de fête foraine. Les premiers tours de roues nous poussent en dehors du principal axe routier, le calme s’installe progressivement, un calme devenu décidément trop rare depuis que nous sommes en Asie. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, nous nous retrouvons seuls le temps d’une pause. Nous avançons à bon rythme malgré un paysage vallonné et une chaleur qui ne nous quitte plus. C’est en fin de journée que dépassons Yagyi, dernier village avant la colline, là où la route laisse la place à une piste chaotique qui commence à s’incliner sévèrement. Sur notre carte cet amas de terre tassée et de pierres aux angles saillants est appelé « Kalewa Highway »… On comprend dès lors que le passage du col de demain s’annonce délicat. L’obscurité progresse alors que nous sommes en pleine nature, à 85km de l’hôtel à touriste le plus proche. C’est l’occasion rêvé de se dégoter un plan dodo à l’abri du regard indiscret des autorités, encore faut-il trouver un spot dans cette forêt dense. Finalement, en s’enfonçant de quelques mètres dans la jungle, nous découvrons un petit hameau de quelques cabanes dont un toit de paille pour dormir. Pas de flics ce soir, pas de tourism-business, pas de bruit, juste une rivière et des étoiles…

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Je déchante vite le lendemain matin avec cette piste pour VTT bien trop raide pour nos montures chargées. 15 bornes et environ 500 mètres plus haut, après l’effort, le réconfort. Et non, pas pour cette fois. Nous entamons une pente qui a pour seule mérite d’attaquer nos patins de freins, rien d’agréable là-dedans. Pour la première fois dans ce périple, la descente est aussi pénible que l’ascension. Enfin bon, nous arrivons à Labo, un petit village isolé entre deux chaînes montagneuses. La pause s’impose, la baignade dans la rivière aussi puis il faut déjà mettre le pied à l’étrier en direction de Kalewa. Après 5 kilomètres sur une piste en piteux état et apprenant que cela va s’empirer un peu plus loin; nous décidons de rebrousser chemin et de nous renseigner au village si un autre moyen existe pour joindre Kalewa, 100 bornes plus au nord. Après une longue et laborieuse enquête le résultat tombe : Labo est une impasse. Aucun véhicule ne s’engage sur cette route périlleuse excepté les taxis 4×4 à 180 euros la course. Merde, un demi-tour de 120 bornes alors que nous sommes à la bourre, c’est vraiment con.

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Le soleil tombe, ici non plus il n’y a pas d’hôtel, on doit probablement être les premiers blancs-becs à s’arrêter ici. Et forcément, un flic débarque pour la traditionnelle cérémonie des passeports, mais en dehors des routines habituelles, celui-ci ne nous cause pas trop de soucis, il nous indiquera de dormir sur les bancs de la petite cantine devenue notre QG depuis quelques heures.

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12 heures plus tard, les vélos sont solidement amarrés sur le toit du mini-van Toyota. Nous faisons route vers Monywa, un peu blasés de revoir le même film en marche arrière et surtout en accéléré. On ne s’en tire pas si mal avec ce demi-tour express mais on va devoir mettre les bouchées doubles pour arriver à la frontière avant le 25 octobre et donc prendre des transports en commun. À partir de Monywa, nous devrions donc embarquer sur un « river boat » pour (enfin joindre) Kalewa.

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Si l’état des axes secondaires est déplorable, il faut aussi savoir qu’en Birmanie on construit les routes sans bulldozer, sans machine, sans électricité. Forcement, 200 kilomètres à bitumer à la main, ça prends un peu plus de temps et quand on arrive au bout de la route, il faut reprendre au début. Nous avons croisé quelques agents de la « DDE » birmane, généralement de jeunes adolescent(e)s qui accomplissent une tâche difficile en plein soleil dans les vapeurs de goudron bouillant… Allo les Droits de l’Homme ? C’est pas juste, ils devraient être à l’école ces mômes … Ah bah non, c’est pas juste mais quand l’argent est une priorité ou une nécessité, la santé et l’éducation passe bien souvent au second plan.

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Après cela, il n’est pas surprenant d’entendre sortir de la bouche des locaux: « Myanmar my country is underdeveloped and we cannot do anything… ». Forcément, ça sonne tout de suite comme une fatalité, une fatalité qui s’est répandu dans tout le pays suite à 50 ans de répression. Et depuis quelques années, avec l’ouverture économique du pays puis avec l’arrivée en masse d’internet, j’ai l’impression que les birmans prennent conscience de leur existence non seulement comme citoyens d’un pays mais aussi comme citoyens du monde. Pour beaucoup, il en découle un complexe d’infériorité face à l’occident et sa « modernité », pour d’autres il y a beaucoup d’espoir même si l’évolution des mœurs et de leurs droits est encore beaucoup trop lente à leurs goûts.

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Pour la suite, on embarque demain à 4h00 demain matin… Et on va voir comment s’occuper d’ici là.