Mardi 28 octobre 2014

5 km

Montagne Manipur

N 25°37,6887' E 94°06,3130'

1511 m

Jour 670 – Premiers pas en Inde

Barth : Dimanche matin, premiers coups de pédales sur le territoire indien dans la fraîcheur du début de journée. Nous n’avons qu’une quarantaine de kilomètres à parcourir pour traverser le petit bout de plaine qui sépare Kakchin de Impahl, ville moyenne située au pied d’une nouvelle chaîne de montagnes. Nous avons choisi d’éviter la route principale pour profiter du relatif calme de la campagne sur une route secondaire. Mais nous sommes bel et bien en Inde et la densité de population n’a plus rien à voir avec celle que nous avions l’habitude de fréquenter en Birmanie ou en Thaïlande. A chaque arrêt une foule de curieux se presse autour de nos étranges montures, grandissant sans cesse tant que nous ne reprenons pas la route, et je réalise à quel point nos deux années d’expérience de la route, principalement en Afrique et en Indonésie, vont nous servir à gérer ce genre de situation. Malgré leur grande curiosité, les indiens n’en sont pas moins adorables et nous nous sentons plus que bienvenus sur ce nouveau territoire. Une question revient souvent, que nous n’avions pas l’habitude d’entendre auparavant : « What is the purpose of your visit ? » Qu’est ce qu’on vient faire ici, en d’autres termes… La réponse est inlassablement la même, ne satisfaisant pas toujours notre auditoire : « Votre région est sur notre route pour rejoindre la France… »

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Nous atteignons Impahl vers midi, première ville de notre parcours, et le temps de trouver un hôtel et de manger un morceau, j’ai déjà l’impression d’avoir changé de monde et d’époque. La crasse, le bruit, les odeurs, les vaches qui déambulent dans les ruelles en broutant des tas d’ordures, et tous ces visages qui se déclinent à l’infini sous mon regard hypnotisé, nous sommes en Inde pas de doute ! Le temps est pluvieux et il fait presque froid, ce qui ajoute à l’effet de dépaysement total en sortant des tropiques. Ici comme ailleurs, la globalisation est visible. Smartphones, fringues fashion et autres accessoires du monde moderne font parti du décor, mais pourtant il y a quelque chose qui n’a pas bougé depuis des siècles, une énergie indescriptible qui recouvre toutes ces apparences et me font me sentir vivant, présent, et à ma place malgré les regards interloqués de la plupart des gens qui nous aperçoivent. La nourriture y est certainement pour beaucoup dans cette sensation de bien être. Je revis en dégustant quelques pâtisseries et un tchai brûlant qui me font instantanément oublier les plats froids baignant dans l’huile de la Birmanie.

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Nous passons deux nuits à Impahl. Le temps de bosser un peu, de discuter du prochain Checkpoint que nous allons bientôt tourner et d’organiser notre nouvelle étape en bus pour traverser la montagne. Le mardi matin, une fois le petit déjeuner avalé, nous arrivons un peu avant l’heure au terminal de bus, anticipant le chargement toujours compliqué de nos bécanes. Quand tout à coup, surgit de nul part, voilà Mithun qui nous retombe dessus ! Incroyable ! Encore une fois nous avons tout juste le temps de partager un tchai, mais c’est sûr, jamais deux sans trois !.. Et c’est parti pour huit heures sur une route défoncée, dans un bus dont les amortisseurs ne sont qu’un lointain souvenir, avec quelques pauses pipi et une crevaison. Nous traversons quelques villes accrochées aux flancs de la montagne et encore une fois je me sens totalement dépaysé.. Les dernières montagnes que nous avons fréquenté n’était habitées que de quelques villages ruraux totalement coupés du monde, alors une ville en pleine montagne, c’est juste incroyable ! Et je reste bouche bée en apercevant au détour d’un embouteillage la profondeur d’une boutique qui semble ouvrir sur une ville souterraine. Je m’étais tellement habitué à ces villes de bord de route où l’on aperçoit les rizières derrière la première rangée de bâtiments…

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Les habitants de cette région sont originaires d’une multitude d’ethnies différentes, pas spécialement typées indiennes mais donnant parfois l’impression de nous balader au Tibet, en Chine, ou d’être encore en Birmanie… Nous arrivons de nuit à Dimapur, à la sortie de la montagne, d’où nous allons enfin reprendre la route à vélo après une bonne nuit de sommeil pour nous remettre de toutes ces émotions.

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