Mercredi 12 décembre 2012

40 km

Route de Malaga

N 36°48,140' W 4°29,507'

168 m

Jour 74 – Route de Malaga

Fanch : Adios Espana. Tu nous en auras fait bavé avec ton climat, ton relief. Tu me dis dans le creux de l’oreille que ce n’est rien à coté de ce qui nous attends juste là, de l’autre coté de ce que nous surnommons « la Grande Bleu ». Maintenant je te regarde depuis le pont de notre embarcation, tu t’éloignes peu à peu pour disparaître avec grâce dans une demi-brume. Alors, je te dis merci de t’être donnée à nous ces quelques semaines et d’avoir accepté de rentrer dans notre jeu. Merci aussi pour toutes ces rencontres fortuites, pour tes paysages surprenants, pour la douceur de tes oranges. Avec toi, c’est là d’où je viens qui s’efface à l’horizon, la Bretagne, ma famille, mes amis, ma culture, mes racines. Mon cœur travail (au sens propre comme au sens figuré) mais il grandit,il s’assouplit et mes pensées s’étirent de là bas jusqu’ici.

L’horizon est une ligne parfaitement rectiligne, devant, derrière, à gauche, à droite. Elle scinde le paysage en deux surfaces égales, deux monde de nature et de densité différente. Associés, le ciel et la mer ont le pouvoir d’hypnotiser le rêveur, je m’adonne à ce plaisir sans broncher, laissant mes yeux se perdre dans la lumière.

L’espace d’un moment, sur cette mer lisse et noir, je suis l’explorateur qui ne découvre rien et qui sombre avec une allégresse silencieuse au plus profond de ses pensées.
Des lumières au loin. Elles approchent, nous laissant deviner les contours d’un nouveau voyage. Ce sont celles de Melilla, petite enclave espagnole, résidu d’un colonialisme déchu. Noël approchant,la ville suspend fièrement son identité chrétienne qui contraste avec la prière vaporeuse de l’imam projetée du haut d’un minaret situé de « l’autre coté ». Nous ne sommes pas encore sur le sol Marocain mais nous en sentons l’odeur.


Fanchic : Je pourrais presque m’imaginer sur un poste avancée d’une armée en campagne. « Que je serais un stratège que c’est ici que m’installerai! » Pour le coup je ne suis pas Jules César, juste un mec qui apprécie la position sur laquelle il petit-dèj. La rivière en contrebas enlace la falaise sur laquelle nous avons dormis. Forte heureusement je n’ai pas ponctué ma nuit d’une crise de somnambulisme dont je suis coutumier.

Les derniers kilomètres avant Malaga sont aussi jolis qu’escarpés. Le rythme est soutenu, bateau oblige. Celui que nous attendions déjà depuis quelques semaines nous attend sagement. J’ai un peu  de mal à me figurer la fin de notre périple européen. Le Maroc souvent admiré et fantasmé depuis les falaises de Tarifa est à porté d’embarcadère.

Arrivée sur les côtes, seul quelques lumières dessinent des villes éparpillés (je suis loin d’imaginer le foisonnement). Nous rencontrons direct un français, François c’est pas une blague. Il revient d’un voyage en tricycle dans l’est marocain. Il a visiblement apprécié le voyage et nous délivre de petits tuyaux. Il nous dit que la difficulté réside surtout dans le fait de dormir en tente, tellement les propositions d’hébergement sont nombreux. Petite histoire sur François, il s’est mis au vélo couché lors d’un voyage en Amérique du sud sur la route empruntée par le Che. Il met une telle  conviction dans le bref récit de voyage qu’il me donne pas mal d’idées, à suivre…

Un verre au bar, avant de trouver une plage excentrée. La nuit est douce, seul quelques tirs viennent troubler notre quiétude. Nous apprendrons le lendemain que les falaises qui nous surplombe sont un champs de tir de l’armée (il y avait bien quelques panneaux mais nous avions compris qu’il faisait parfois des feux d’artifices), et que des éboulements de roches sont fréquents…

Barth : Record battu ce matin ! Levés un peu avant sept heures nous sommes prêts à décoller une heure plus tard, avant même de voir le soleil. Et coup de chance, il n’a pas fait froid cette nuit et les tentes sont presque sêches ! Seul petit point noir, je tiens une migraine qui m’empêche de sauter de joie à l’idée de tracer les trente petits kilomètres qui nous séparent de Malaga…

A part deux ou trois grimpettes un peu sportives, nous descendons vers la mer en suivant cette vallée encaissée de la veille et arrivons dans le port de Malaga pour 11h. Ça nous laisse le temps de boire un café, d’avaler un cachet pour mon mal de crâne et de faire sêcher les tentes.

Vers midi l’embarquement à lieu. Malgré sa taille imposante, le Juan J. Sister transporte surtout des camions de marchandises et nous sommes tout au plus une quarantaine de passagers sur le pont. Un peu après 13h, le coup de corne de brume du bateau annonce le départ et nous découvrons la côte aux alentours de Malaga qui s’éloigne lentement sous un beau soleil. Adios España ! Au-revoir l’Europe ! Je sens d’un seul coup comme un immense soulagement, peut-être l’espoir de laisser une bonne fois pour toute l’hiver derrière nous?..

Après un casse-croûte, nous installons les chaises longues face au soleil pour une sieste digestive, ce qui nous fait rencontrer une dame de Melilla, notre destination, qui nous donne quelques indications sur notre arrivée… Le ciel s’est couvert et l’air frais du large nous pousse à nous abriter dans le pont couvert, amenagé comme un avion avec des rangées de sièges individuels servant de couchettes à tout le monde. Nous allons essayer de nous réveiller avant la nuit pour apercevoir les dauphins qui devraient rejoindre le bateau aux abords de la côte marocaine…

Quelques heures plus tard, nous changeons de squatte pour le restaurant où les prises de courant sont plus nombreuses. Quitte à patienter, autant en profiter pour recharger tous nos appareils ! Je pars avec Fanch faire une excursion haïku sur le bateau, nous nous faisons un peu remarquer ! Aprés un splendide coucher de soleil sans dauphins, c’est la nuit noire. Nous mangeons un morceau en regardant les lumières de Melilla qui se rapprochent à l’horizon. Nous nous sommes débarassé de nos derniers euros et il nous manque 20 centimes pour pouvoir acheter une bouteille d’eau… Aarrggl !… Plus qu’une petite heure à attendre pour étancher notre soif.

Ça y est nous foulons le sol africain ! Bon, pas vraiment encore puisque Melilla est une enclave espagnole, mais le nombre de marocains et d’algériens qui transitent ici nous font sentir que nous avons changé de monde. En sortant de l’ascenceur qui nous ramène au rez de chaussée de la station portuaire, nous rencontrons François (décidément…), un français d’une cinquantaine d’années qui revient tout juste d’une virée en tricycle couché en Espagne et au Maroc. La discussion s’engage passionnément et nous échangeons nos contacts et quelques bons plans. Un autre personnage vient prendre le relais, marocain vivant à Paris qui nous tient également le crachoir pendant un bon bout de temps !

Difficile de sortir de la station… Mais bon, la nuit est tombée depuis longtemps et nous ne sommes plus vraiment pressés… A tel point que nous allons boire un verre et acheter de l’eau avant de rejoindre l’extrémité d’une des plages de Melilla sur les conseils du serveur. La zone est soit disant dangeureuse du fait de tests de feux d’artifices, c’est du moins ce que nous pensons avoir compris en lisant le panneau en espagnol qui nous barre la route. Impeccable, nois ne serons donc pas dérangés par le voisinage ! Au moment de monter les tentes, quelques pétarades de l’autre côté de la falaise nous procurent un moment de doute, mais finalement pas plus de danger… Et je m’endors donc en songeant à la douche de plage toute proche qui m’attend pour demain matin !


 

Haiku 007 – Juan J. Sister

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Haiku 008 – Transmigration

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