Jeudi 13 décembre 2012

25 km

Melilla

N 35°17,872' W 2°56,181'

1 m

Jour 75 – Melilla

Fanchic : La méditerranée nous offrent un réveil chaud comme ça faisait bien longtemps. Petite douche face à la mer, mon corps le réclamait, mon odorat aussi.

Melilla est très décor carton pâte. On s’y sent comme à disney, avec étalage de grosses voitures en prime. Les rues commencent à parler arabe, le Maroc on le touche, juste là derrière la ceinture de barbelés. Le premier poste frontière est fermé pour les non résidents, ce qui nous oblige à longer entièrement Melilla, le long de la frontière. Un épais mur de câbles, de grilles défilent à nos coté. A la frontière, la foule se densifie, déplace de nombreux sacs, sur les épaules, les bras, les vélos. C’est un énorme bordel. La route se rétrécit, une camionnette tente de me doubler. Déjà je trouve la manœuvre périlleuse, mais entre nous déboule un type sur son vélo qui doit se répéter à longueur de temps « ça va passer, ça va passer ». Ben non, ça passe pas, enfin pas complètement! Le sac d’un mètre de large qu’il traîne sur son porte bagage reste coincé. Lui m’engueule pendant que la camionnette continue à forcer. C’est n’importe quoi, mais je me marre. On évite sans problème la première arnaque qui consiste à te faire payer une fiche gratuite au poste frontière. Sensation de dépaysement complet cette frontière. Les abords sont noir de mondes qui transite, attende de le faire, commerce. Beaucoup de personnes d’Afrique noir. La vie à l’air très dur ici… C’est d’ailleurs ce qu’il nous disent en rêvant d’un occident paradisiaque. Arrivé là je pense qu’ils sont près à tout pour passer, de toute façon rester ici c’est survivre sans perspective…

Plantage de chemin, pas de sortie de ville, on prend un chemin au pif. Temps de latence, ou qu’on va? Qu’est ce qu’on fait? Un bonne vingtaine de gamins sont sur nous, cause les quelques mots français qu’ils connaissent. Il nous indique un spot. Il s’avère génial, des ados nous rejoignent et reste avec nous une partie de la soirée oscillant entre observation, conversation et gestion de <Jimmy> le bourré du village…

Barth : Les soit-disant feux d’artifices que nous craignions la veille sont en fait des tirs de mortiers de l’armée espagnole qui s’entraîne juste au-dessus de nos têtes sur la falaise. A chaque explosion, les goélands qui nichent s’éparpillent en criant, mais aucun rocher ne tombe… Nous prolongeons donc un peu notre bivouac, le temps de nous doucher, de faire un peu de tri dans nos affaires et de profiter du soleil qui nous a tant manqué. Pour la première fois je sors la flûte irlandaise que Fanch m’avait légué avant de partir pour un duo avec la traversière !

Un peu avant midi, nous regagnons le centre ville et établissons un camp de base à la terrasse d’un café. Je pars en vain à l’autre bout de la ville dans l’espoir de trouver le magasin de sport qu’on m’a indiqué pour y trouver une paire de Krocs, pendant que Fanch cherche une carte du Maroc et de quoi manger. Nous prenons ensuite le temps de pique-niquer dans le parc resplendissant de la ville avant de nous décider enfin à entrer au Maroc !

Melilla est une toute petite ville dont le centre très chic a des allures de Disneyland et qui est entourée de zone militaires, commerciales et de friches, le tout encerclé d’une immense muraille de grillages et de barbelés. Ce petit morceau d’Europe aux portes de l’Afrique est physiquement enclavé. Nous tentons de sortir par une des ouvertures de cette souricière mais la Guardia nous indique qu’il nous faut aller de l’autre côté de la ville pour pouvoir faire tamponner nos passeports… Nous longeons alors cette impressionnante frontière sur quelques kilomètres. À notre gauche, la ville et le port de Melilla, tout ce qu’il y a de plus occidental, et à notre droite, derrière trois couches de grillages, le Maroc avec les appels à la prières qui résonnent de toutes parts…

Nous finissons par arriver sur notre objectif, le poste de douane, petite brèche dans la muraille où transitent tous les trafics possibles ! Une véritable fourmilière ! Les marocains habitant les environs de Melilla disposent d’un laisser-passer qui leur permet d’aller et venir pour faire des achats essentiellement, de préférence à pied ou en vélo pour ne pas payer de taxe en voiture. Nous nous insérons donc dans ce flot continu de marchandises et d’humains jusqu’à atteindre le poste de frontière où nous obtenons sans trop de difficultés nos tampons.

D’un seul coup nous changeons de monde. C’est bien le Maroc, du bruit partout, des moutons dans chaque petit coin d’herbe entre les constructions, des boutiques collées les unes aux autres tout le long de la route, et surtout une chaleur humaine tellement incroyable ! Je ne pensais pas que le changement serait si direct. Ici les gens nous disent bonjour en nous serrant la main avant de nous poser des questions sur nos vélos ou notre provenance.

Nous filons ainsi sur une bonne quinzaine de kilomètres et le soleil déjà bien bas nous fait vite chercher un bivouac. En suivant une piste qui s’écarte de la route, nous arrivons dans un petit hameau, accueillis par une ribambelle de gamins qui ont tôt fait d’encercler nos montures. Pendant que Fanch et Fanchic discutent avec deux Guinéens qui cherchent à passer en Europe et nous indique une forêt à 10kms pour passer la nuit, je fais une démonstration des principes de base du vélo couché à mes spectateurs de plus en plus nombreux. Quelques uns des enfants parlent un peu français et nous font comprendre qu’ils peuvent nous conduire à un jardin pour planter nos tentes. Nous les suivons donc jusqu’à l’entrée d’une immense propriété occupée seulement le week-end par des espagnols de Melilla. Une terrasse couverte nous y attend, merci les enfants !!

La soirée se passe tranquillement, entre préparation du repas, duo de flûte traversière et de guimbarde (le Maroc m’inspire…!), toujours sous le regard de quelques jeunes du village qui se relaient par groupe de deux ou trois pour nous tenir une assez silencieuse compagnie. Le réchaud à alcool fera son petit effet tout de même, un peu plus que la musique, sans doute pas assez industrielle à leur goût si j’en crois les morceaux qui s’échappent parfois de leur téléphones portables… Le petit feu qu’on allumé nos hôtes suffira à faire chauffer le thé mais pas à nous éterniser, il est l’heure de se coucher…

Fanch : Un imposant rideau de fer se dresse comme frontière entre l’Europe et l’Afrique. Nous sommes au poste de douane, dans un sas de transition. L’Espagne est derrière, le Maroc, devant nous. Le calme dans notre dos et le tourbillon approche. Les moteurs de vieilles mobylettes crachent bruyamment une épaisse fumée noir, ça se bouscule, ça gueule dans tous les sens. Des va et vient de véhicules de toute sorte, des piétons mettent mes sens en éveil. Je subis une petite montée d’adrénaline face à ce remue ménage, mais j’ai le sourire aux lèvres. Enfin, on y est.

Après quelques kilomètres sur une mauvaise route, il est déjà l’heure de se trouver un coin ou dormir (il faut dire que nous avons pris notre temps aujourd’hui). La question reste la même ici qu’ailleurs. Nous quittons la route principale pour nous hasarder sur un chemin caillouteux. On s’arrête pour je ne sais quelle raison, peut être pour réfléchir… Et d’un coup, je vois Barth entouré d’une bonne vingtaine de petits curieux se demandant bien ce que ces trois touristes sont venu chercher dans le coin. Héhé… Au même moment, deux jeunes hommes guinéens viennent à notre rencontre et pendant que Barth attire l’attention des mômes, Fanchic et moi prenons le temps de discuter avec les deux garçons. Ils sont en attente de passer la frontière. C’est dur, Les conditions de vie sont rudes sans rien d’autre qu’un peu d’espoir pour combattre l’ennui. Leur rêve est de rejoindre la France. Quand ils nous ont demandés notre avis sur ce pays, j’avoue avoir été relativement désemparé. Mais comme ils le disent « nous passerons si dieu le veux ». J’espère que leurs vœux seront exaucés et que la France leur offrira autre chose qu’une triste désillusion. Enfin, tout cela mène à la réflexion…

Bon, on a un plan un plan pour dormir… cool.