Vendredi 14 décembre 2012

35 km

Route de Zeghanghane

N 35°13,760' W 2°58,743'

596 m

Jour 76 – Route de Zeghanghane

Barth : Les muezzins environnants n’ont pas réussi à nous lever, il faut attendre le chant du coq pour émerger. Le temps de boire un thé et de grignoter les quelques gâteaux qui nous restent et nous quittons le petit village après avoir saluer « JimmyKif », que nous avions vu la veille dans un état d’ébriété plus qu’avancé…

Pour faire les 20kms de montagne qui nous attendent, nous devons manger un peu plus. Un petit déjeuner complet en terrasse nous rassasie et nous redonne du courage pour nous élancer à l’assaut des 800 mètres de dénivelé. Le soleil est déjà haut et nous faisons notre première expérience de suée en plein effort dans un paysage splendide. Quelques pauses pour admirer la vue sur Melilla puis sur Nador que nous surplombons, et au bout de dix kilomètres c’est le sommet ! Sur ce coup là, j’ai appliqué la méthode « marche et pousse », ce qui m’a permis de découvrir la fonction pied-photo sur roue de ma monture… Je ne regrette pas !

Les dix kilomètres de descentes qui enchaînent derrière semblent passer à une vitesse incroyable ! À peine le temps d’avoir un peu frais et nous voilà atterris au beau milieu de l’artère principale de la petite ville de Zeghanghane à l’heure du repas de midi. Après nous être approvisionnés de nos premiers dirams, nous trouvons une table pour manger un morceau de poulet et un thé à la menthe pour 1€75 chacun… On commence à faire des projections sur le budget d’un mois, on va peut être faire moins de courses au Maroc !

Les gens sont aux petits soins avec nous, du policier de garde à la banque qui ne lâchera pas nos vélos d’un oeil pendant que nous sommes attablés, au marchant de modems 3G qui passera une bonne heure à tester en vain tout ses modèles sur notre système Linux, et en passant par le serveur du petit resto qui va nous commander trois thés à la menthe dans le bistrot d’en face..! Je ne suis pas dupe, je sais bien que nous restons des touristes, toujours potentiellement plus rentables que la population locale, mais tout de même. Je mesure à quel point, pour le globe-trotteur débarquant hors-saison sur un vélo étrange que je suis, tout est plus simple ici ! Pas de question à se poser pour savoir où dormir, où manger, où trouver quoi que ce soit… Y’a pas de problème, vraiment !

Je ne compte plus les bonjours et les sourires vus en sortant de la ville, avec le soleil du soir qui nous aveugle, à l’heure où les gens sortent, travaillent, vont aux courses… Nous discutons un peu avec un coiffeur qui nous indique notre route en nous rappelant encore une fois au cas où : « au Maroc, il n’y a pas d’problème ! » Quelques kilomètres plus loin, nous finissons par trouver une petite oliveraie herbue au bord d’un ruisseau avec du bois pour faire un bon feu – important car nous n’avons pas trouvé d’alcool à brûler au Maroc pour le moment, ce qui compromet dangereusement les vertus de notre Canstove…

Je passe du temps sur l’ordinateur pour trier les images des derniers jours et préparer le terrain pour la prochaine mise à jour du site pendant que Fanch et Fanchic préparent le dîner en jouant de la flûte et de l’harmonica… La prometteuse première version de la soupe du soir ayant arrosé les oliviers ( c’est un signe, il faut qu’on aille au resto !), Fanchic se rattrape bien avec une soupe plus clairette mais pas moins ravigotante ! Nous ne traînons pas pour nous coucher, les kilomètres de montée et toutes ces nouveautés, ça fatigue…


Fanchic : Je passe mon temps à sourire, pas seulement pour les paysages. C’est qu’une bonne partie des automobilistes, ils peuvent être beaucoup dans une voiture, nous encouragent, nous interpellent, klaxonnent. Dans la rue c’est idem, ça va du salut à la crise de fou rire. A quasiment chaque pause, des gens échangent quelque mots dans un mélange francoespanoloarabe. Et bizarrement j’ai l’impression de comprendre même si mon arabe se limite à « choukrane ». Dans les boutiques si ils ont pas le produit, un vendeur ou un client t’amène dans un autre magasin. « au Maroc y a pas de problème! » devient notre rengaine. Bon c’est que le début, mais un début souriant…

Fanch : Je me heurte enfin à une nouvelle culture, un nouveau rythme, de nouveaux points de vue sur notre monde. A peine passé cette muraille de grillage séparant l’Europe de l’Afrique, je m’étonne de tout. Ici, tout les sens sont stimulés. La vue bien sûr avec une nouvelle diversité de visages et de paysages naturels ou urbains. L’ouïe, avec un cette étrange langue aspirée, roulée, claquée, avec ces moteur de vieilles mercos, mais aussi avec le silence de la montagne ou vient se perdre le son de la prière. L’odorat avec ces gaz d’échappements qui empoisonnent les sinus jusqu’à vous irriter les yeux, avec les effluves de pin et d’eucalyptus s’échappant de la forêt. Le goût, avec le poulet de ce midi et le classique thé à la menthe. Et puis le toucher avec ce soleil qui vient réchauffer nos corps encore engourdis par le froid de ces dernières semaines.

Nous grimpons dur sur 15 kilomètres. À mi-chemin, nous apercevons en bordure de route, disséminé à  la lisière de la foret, quelques groupes d’Africains venus du sud et qui, eux aussi (voir l’article d’hier) attendent le top départ de Dieu pour rejoindre l’occident. La nationalité française est un privilège, un confort qui nous ouvre pas mal de portes. J’en suis conscient.

La méditerranée nous salue une dernière fois. Nous descendons la dernière montagne qui nous coupera de l’horizon linéaire. En avant toute vers les terres inconnues…