Samedi 14 février 2015

30 km

Maison Pannalal

N 26°20,835' E 74°25,180'

412 m

Jour 779 – Suite et fin…

Fanch : La légende raconte que les dieux lâchèrent un cygne tenant un lotus dans le bec. Il devait laisser tomber la fleur à l’endroit où le dieu Brahma devait effectuer un Yajna (rituel hindou). Le cygne a lâché le lotus au-dessus du lac de Pushkar qui depuis est devenu le principal lieu de pèlerinage pour qui vénère Brahma. Autre fait historique majeur pour les habitants de Pushkar et qui sonne comme une valeur ajoutée pour l’industrie du tourisme locale, les cendres de Gandhi auraient été dispersées dans les eaux sacrées du lac. L’atmosphère spirituelle combinée au charme vallonné et désertique des paysages environnants firent de Pushkar un point de rendez-vous populaire pour le mouvement hippie dont on peut encore sentir l’omniprésence aujourd’hui.

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Pushkar est ce genre de destination indienne où tout est organisé pour dépayser le backpacker en douceur, avec un peu d’exotisme mais pas trop. Hébergements confortables, abordables et familiaux, formule « camel-safari » aux portes du désert pour le côté aventure, cours de cuisine et de musique classique indienne pour les amoureux de la culture, petit dealers de haschisch à tous les coins de rue pour ceux qui veulent oublier le temps et des dizaines de « roof top » proposant un mix de cuisine internationale, pizza-falafel-tortillas à la sauce palak paneer…

C’est dans cette ambiance que nous avons planté notre atelier pour une quinzaine de jours. Une pause culinaire pour mon estomac qui n’encaisse plus le malai (crème) et le piment des petits restaurants de bord de route. Entre les pauses déjeuner, on tente de rester actifs, d’avancer le boulot malgré une motivation qui en ce moment peine à se manifester.

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Geocyclab s’essouffle, Barth en a parlé dans l’article précédent mais je ressens l’envie d’en remettre une couche en partageant mon point de vue. Et pour ce faire, je m’aventure à comparer ce voyage à un marathon, à une épreuve d’endurance (petit clin d’œil à Thomas, coureur de fond, qui malgré lui m’a soufflé la métaphore lors d’une discussion à Jaipur).

Première phase, quand on se lance et que tout est à faire, c’est l’imagination et l’excitation qui nous pousse en avant. Puis le voyage – la course – nous avale et notre concentration se porte sur le présent, sur nos coups de pédale, sur le travail à effectuer et sur les réalités concrètes liées à notre mode de vie… Petit à petit, nous prenons conscience que le rythme dans lequel nous nous sommes installé n’est pas évident à maintenir. Alors nous adaptons notre souffle pour ne pas passer outre les limites physiques et psychologiques de l’un ou de l’autre… Ce qui arrive parfois et qui induit par la suite un ralentissement de cadence ou une pause forcée.

Enfin, depuis quelques mois, nous sommes entrés dans la troisième phase du marathon, nous en sommes au moment où nous réalisons qu’il ne reste plus que 7 ou 8 kilomètres avant la ligne d’arrivée et que l’énergie et la hargne s’amenuisent progressivement. Dans cette période difficile à accepter, où bien souvent action rime avec effort, la seul chose qui nous maintient en marche est une image mentale de la ligne d’arrivée. A cet instant précis, il n’est pas évident de s’ouvrir sur le présent alors que nous sommes concentrés sur le futur… Le bon côté des choses est qu’il est sage d’appréhender le retour de manière à ce qu’il ne soit pas trop brutal, le mauvais côté est que nous ne sommes déjà plus en Inde.

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Le marathon n’épargne pas notre matériel qui lui aussi commence à montrer des signes de fatigue. Mon enregistreur numérique présente quelques troubles du comportement, nous avons toujours quelques pépins avec la carte wifi de l’ordinateur, le temps et le sable s’incrustent aussi dans l’équipement de Barth. Côté vélo, nous passons trois jours à les nettoyer, à démonter les pièces les plus sensibles et à graisser le tout avant de remonter le puzzle. On espère ainsi tenir jusqu’en Georgie où nous espérons dégoter quelques pièces de rechange difficiles à se procurer en Inde. Les sacoches commencent à accuser le temps et le poids qu’elles transportent. Les coutures lâchent et la colle néoprène ne lutte plus contre la poussière. Tant qu’il ne flotte pas on devrait s’en sortir, mais… On ne restera pas éternellement dans le désert du Rajasthan et les abords de la mer noire promettent d’être humides.

Enfin voilà… Nous nous préparons pour rouler environs 300 kilomètres vers le sud qui devraient nous mener jusqu’à Udaipur. En espérant que le désert et ses occupants nous aident à faire le deuil du Pakistan et de l’Iran et nous permettent de mettre un peu d’ordre dans nos idées. La suite au prochain épisode.