Mardi 18 décembre 2012

35 km

Oued Msoun

N 34°27,620' W 3°44,176'

602 m

Jour 80 – Oued Msoun

Fanch : C’est au levé du soleil, alors que nous devrions encore dormir, que les hautes collines aux formes fluides de l’extrémité Ouest du Riff, se dévoilent tout en splendeur. Tel une peau de caméléon amoureux du soleil, la terre change subtilement de couleur, violet, rose, orangé, rouge puis jaune pâle, ocre et brun. Plus tard, c’est un des premiers monts enneigés du Moyen Atlas qui apparaîtra sous nos yeux à nouveau ébahis. Et c’est au premier coup de pédale de la matinée que je réalise à quel point je suis heureux de participer à ce spectacle. Et voilà, nous y sommes.

C’est trois ventres vides qui prennent la route ce matin (petit problème de gestion des stocks de vivres) et avec l’effort, la faim se fait trop rapidement sentir. Quelques centaines de mètres plus loin (et plus haut), à la lisière d’un hameau, je m’arrête essoufflé devant un jeune homme. Il s’appelle Mohammed, je lui demande s’il est possible d’acheter un peu de pain par ici. Il ne parle quasiment pas français mais je pense que le message est bien passé. Il nous fait signe de le suivre jusqu’au pied de la mosquée où son frère Tamal, moustache et sourire au lèvres, pompe tranquillement (j’insiste sur le « tranquillement ») sur sa pipe de kif (Cannabis). Nous lui (ré)expliquons notre problème puis il disparaît après nous avoir demandé de patienter ici, nous laissant en compagnie d’un veil homme, de Mohammed et d’un garçon avec qui il n’est pas vraiment possible de communiquer. Même si l’on sens un arrière goût de colonialisme français, l’absence de tourisme dans cette région (et particulièrement en campagne) fait que cette langue n’est plus réellement parlée et les conversations se résument souvent à : « ça va? ça va bien! » Tout ça pour dire qu’à cet instant précis, nous restons là, à nous regarder dans le blanc des yeux et personne n’ose ouvrir la bouche pour articuler quelque chose. Jusqu’au moment ou Fanchic a la magnifique idée de sortir ses balles de jonglage. Le môme l’observe, un rictus se dessine au coin de ses lèvres, puis il rigole, puis Mohammed rit à son tour, l’ambiance s’assouplit, d’autres enfants arrivent, un ballon de foot est mis en jeu… c’est partit! Et enfin Tamal revient avec du pain mais aussi des œufs au plat, de l’huile d’olive (du jardin!), des épices et du thé. Un tapis est étalé au sol, la table est dressée.

Cette journée marocaine (comme les précédentes) se ponctue de rencontres en tous genres, surprenantes, courtes, agaçantes, magiques, intenses, désolantes parfois, intéressantes mais toujours spontanées. Seule ombre au tableau, il semble que dans ce coin de Maroc les femmes n’existent pas. Et quand elles nous font honneur de leur présence, aucun échange ne paraît possible. C’est culturel – religieux – je sais, mais la condition de la femme musulmane reste, en règle général, quelque chose de difficilement acceptable pour moi. Affaire à suivre…

Le soleil poursuit son chemin, il va bientôt disparaître derrière la montagne. Fanchic part à sa poursuite, vers l’Ouest, nous partons vers le Sud. Le décor des adieux est planté, somptueux. Comme je l’avais prévu, les séparations sont douloureuses.
Alors, Fanchic. Merci pour ta présence, pour ta bonne humeur inaltérable, pour ce que tu m’as appris sur l’histoire espagnole, merci de nous avoir attendu de si longues heures quand Barth et moi étions occupés à résoudre nos problèmes informatiques. Merci pour ta tolérance, ton honnêteté et pour tout le reste. Ton absence va provoquer un grand vide. Je ne sais pas quand je te reverrais, alors de tout mon cœur, je te souhaite bonne chance mon ami, bonne route et que le vent te porte vers le bonheur de la découverte et plus encore. Et fais moi plaisir, fais gaffe à toi… et mange des légumes! Bonne route mec!

Il n’y a plus que deux tentes plantées sur les rives de l’Oued Msoun, dans une nature toujours plus radieuse. Il est 19h, seuls les aboiements lointains des chiens bavards perturbent le silence des étoiles.


Barth : Deux madeleines et un thé, c’est un peu léger pour démarrer la journée par une série de pentes ! Je commence à avoir quelques vertiges quand nous sommes accueillis par la famille Tabib qui nous offre le thé, du pain et des oeufs au plat baignants dans l’huile ! Nos sauveurs !

La descente jusque Mezguitem se passe beaucoup mieux ensuite, le paysage est splendide et on aperçoit au loin les cimes enneigées du moyen Atlas. Les couleurs de la montagne vont du vert tendre de l’herbe qui commence à pousser suite aux pluies des dernières semaines, sur fond de terre rouge, jusqu’au bleu profond des sommets les plus éloignés quand ils ne sont pas étincellants de neige. Grandiose !

Arrivés à Mezguitem, un agent de la prefecture nous déconseille vivement d’y manger… Sans doute a-t-il des instructions visant à assurer notre sécurité jusque dans notre assiette ! Quoiqu’il en soit, nous restons et commandons quelques sardines grillées avec du pain et du thé, sous la protection d’un inspecteur du ministère du culte islamique en visite dans ce petit village de montagne. La conversation est très intéressante avec cet homme qui semble un peu mieux mesurer la dimension de notre voyage. Un autre homme prend ensuite le relais pour nous assurer un bon prix dans nos achats de provisions.


Nous reprennons la route vers 15h, toujours en descente dans les montagnes. C’est là que Fanchic nous quitte, pour voler à son allure… Nous avons le coeur gros en voyant une dernière fois sa silhouette disparaître dans le lointain. La splendeur du paysage, et le fait d’avoir passé 80 jours si intenses ensemble donne à la scène une dimension cinématographique que je ne saurais décrire… Que d’émotions !
Merci Fanchic pour ta présence joyeuse de ces premiers mois, et pour ta patience face au rythme d’escargot de Geocyclab. Que ta route soit fluide, et pleine de belles surprises !

Après toutes ces émotions, nous nous laissons glisser jusqu’au fond de la vallée, pour trouver un bivouac sur le bord de l’oued Msoun. Pour la première fois depuis longtemps, nous avons de l’eau qui coule près de nos tentes ! Après avoir regardé quelques troupeaux de moutons rentrer avant la tombée de la nuit, nous allumons un petit feu, préparons le dîner et ne tardons pas à nous coucher…

Fanchic : Alors voilà, c’est mon dernier message sur Geocyclab. Aujourd’hui je quitte le navire mais pas le vélo! Un dernier passage de col et c’est parti pour une balade en solitaire. Mes camarades optent pour une voie directe vers Meknès, je pars vers les montagnes, m’enfoncer un peu plus dans le Maroc, qui pour l’instant comble pas mal de mes souhaits. On ne se reverra pas les copains avant un petit moment, à Quimper dans trois ans, ou avant qui sait, si mes humeurs vagabondes ne me quittent pas.

L’expérience du voyage en solitaire me fout un peu les ch’tons (c’est ça qu’est bon!), mais je crois qu’elle s’imposait. J’y vais rassuré par le bout de chemin que nous avons déjà réalisé ensemble. Alors un grand merci les gars.

Et pour les quelques personnes que ça peut intéresser (globalement j’ai la poisse, alors ça risque de devenir sport!), je vais me remettre à écrire de temps à autres sur mon blog fanchstanguennec.blogspot.fr. Au menu, ben les mêmes pays que Fanch et Barth, petit bout de Sahara, Mauritanie, Sénégal puis bateau stop jusqu’à l’endroit où l’on voudra bien m’amener (si par hasard quelqu’un a un tuyau, je suis preneur, je serais à Dakar fin mars, début avril….). Si tout va bien je devrais échouer en Guyane pour travailler un peu.

A suivre… Et comme qui dirait « force et honneur!!! »

 

Haiku 009 – Oued Msoun

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