Mercredi 19 décembre 2012

55 km

Taza

N 34°13,347' W 4°00,528'

417 m

Jour 81 – Taza

Fanch : Réveil en douceur au bord de l’Oued Msoun. J’ai pris l’habitude depuis quelques jours d’invoquer l’astre solaire en jouant un coup de flûte traversière dès les premiers rayons. Pour l’instant ça fonctionne plutôt bien, ou alors c’est l’inverse, je joue parce qu’il fait beau… enfin bref, un peu de musique pour me mettre en jambe et puis c’est reparti, en direction de Msoun puis de Taza. D’après la carte, Msoun est une ville de taille moyenne mais la réalité diffère de sa représentation graphique. Point de ville ici, peut-être est ce le mauvais jour, mais une caserne militaire, un parc de vente de dromadaires et une station service-hôtel bordant la route national menant à Fes. Nous y faisons une courte halte ce midi, histoire de se remplir la panse. Il reste 30 bornes avant Taza, un vent d’ouest s’est levé qui va considérablement nous ralentir, nous ne traînons pas. Tout en pédalant j’élabore une théorie (foireuse certainement et qui restera donc à vérifier) sur le rapport existant entre les différente catégories de routes et la gentillesse et la générosité des marocains.

  1.  Les autoroutes- le vélo y est interdit donc vous ne croiserez personne.
  2.  Les nationales- un véhicule sur deux klaxonne et vous salue d’un geste de la main.
  3.  Les routes secondaires- tout le monde klaxonne, certaines voitures s’arrêtent, d’autres chauffeurs font demi-tour pour vous serrer la main et pour vous demander si tout est ok.
  4.  Les chemins- Rares sont les personnes que l’on y croise mais elle vous invite chez eux pour dormir.

Théorie à vérifier mais pour l’instant, c’est à la fois surprenant et rassurant.

Nous voici arrivés à Taza, la première (relativement) grande ville marocaine à laquelle nous nous confrontons depuis notre arrivée dans ce pays. Chose frappante, contrairement à la campagne que nous venons de traverser, ici les femmes se promènent dans la rue. Certaine ne portent pas de voile et s’habillent en tenue occidentale. En parlant, d’occident, on sens clairement son influence sur la vie du citadin. Je me pose une question concernant l’évolution des moeurs en pays islamique. Il y a forcement une évolution mais je ne saisi pas bien dans quelle direction elle s’oriente. Tradition et islamisation ou modernisation des mentalités et occidentalisation ? Encore une affaire à suivre.

On se paye une nuit d’hôtel ce soir, surement le plus miteux de la ville, le moins chère aussi. Pas de douche mais de l’électricité pour nos batteries et une bonne nuit au chaud.

Barth : En ouvrant la tente ce matin, les battants étaient rigides, pris dans un demi centimètre de givre… Il a fait froid comme toutes les nuits, mais la proximité de l’eau aura accentué le phénomène. Heureusement, le soleil ne tarde pas à réchauffer les corps et le matériel.

Le décollage est un peu retardé, je ne suis pas bien réveillé et il faut repenser la répartition des affaires dans nos sacoches maintenant que nous ne sommes plus que deux. Une vingtaine de kilomètres nous séparent de Msoun, carrefour de deux routes sur les bords de l’oued du même nom. Nous y apercevrons nos premiers dromadaires et trouvons de quoi manger dans l’hotel-restaurant-station service qui se trouve là.

Nous sommes à présent sur la route principale qui relie Guercif à Fes en passant par Taza, notre objectif du soir. La circulation n’est pas trop intense et nous avançons bien, malgré le vent de face qui nous freine de plus en plus. Je pense à Fanchic qui doit zigzaguer dans les montagnes que nous voyons sur notre droite…

A quelques kilomètres de Taza, nous faisons une dernière halte pour acheter quelques fruits secs à un marchand sur le bord de la route. Nous négocions dur le prix au kilo et après avoir payé, l’homme nous invite à passer la nuit chez lui à Taza… je ne peux m’empêcher de penser que la marge qu’il vient de faire paye largement une nuit et un repas, mais celà n’enlève rien à sa gentillesse ! Nous avons prévu de prendre une chambre d’hôtel cette nuit, pour pouvoir recharger nos appareils, faire un peu de lessive et reprendre des forces… Nous lui disons donc que si nous le revoyons à Taza, nous viendrons chez lui…

Taza est une ville, une vraie, la première que nous traversons depuis notre arrivée au Maroc. Après avoir essuyé un refus à l’hôtel de la poste, nous prenons le temps de boire un thé en terrasse et de prendre la température de ce nouvel univers. Quel contraste avec ce que nous avons vu ces derniers jours ! Premier choc, la présence féminine dans les rues, voilées ou totalement occidentalisées, les femmes sont en ville bien plus libres et visibles que dans les petits villages que nous avions croisé. Le nombre de magasins occidentaux, de publicités, les étudiants, les hommes d’affaires, le fait que pour une fois on essaye pas de nous entourlouper sur les prix, tout porte à croire que nous avons changé de pays.

Nous trouvons finalement une chambre au Guillaumetell, un vieil hôtel tenu par cinq soeurs qui reprennent tant bien que mal le relais de leur mère, ancienne gérante aujourd’hui décédée. Pas de douche mais une vieille baignoire où je pourrais me laver à l’eau froide. Après avoir passé quelques coup de téléphone, nous pouvons profiter de la soirée pour aller manger un petit morceau et siroter un dernier thé à la menthe sans avoir à garder un oeil sur les vélos, plaisir bien rare ! Mais la fatigue est là, et je crois que j’ai repris froid la veille, alors au lit !